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Pastels secs
Anne Fabregoul
Juin 2008

Texte de ENRIQUETA
Aux rives imprécises
Où la mer et la terre
Ne se distinguent plus
Un monde où tu n'es plus
Est un monde sans espoir
Où mon coeur s'est noyé
De te chercher en vain
Je t'attendrais pourtant
Sur une plage incertaine
Où les vagues viendront
Pour engloutir ma peine
Esseulée à la table
De l'amour illusoire
Devenue courant d'air
Mon âme hantera
Les rivages vascillants
Du hasard à venir
Et l'écume de mes rêves
Submergera mes doutes.
Une table seule, devant l'immensité de la mer.qu'attent-elle ?
Des amoureux qui se bécottent sur son banc ?
Des petits vieux éblouis par leur dernière vision du monde ?
Un morceau de bois qui s'est enfui vers d'autres horizons ?
Elle se sent si seule et si triste qu'elle se défait de ses racines et part elle aussi au grès des vents.
Poème de SCOOBYDU41
Sérénité
Cette mer qui s'élève à l'horizon
Si belle, si came et reposante
Dévastée de toute population
Et si riche de sensations.
Profitant de chaque minute, chaque instant
Perdue dans ses pensées, immobile
Émerveillée, elle reste là un moment
Admirant ce paysage, sans bouger un cil.
Respirant l'air pur, fermant les yeux
Elle se rappelle tous ses moments heureux
Une sensation de bien-être l'envahit
Elle se sent sereine, épanouie.
Mais demain, il faudra retourner
Le stress, le bruit, il faudra affronter
Adieu cette sensation de sérénité
Pour retrouver la réalité.
assombrissent le ciel lentement.
La mer, si calme jusqu'à présent,
offre ses vagues au firmament.
La table qui attendait les gens,
reste seule désespérément...
L'eau salée apporte sous son banc,
des algues d'un vert trop voyant.
Et des morceaux de bois pourrissants,
accentuent la langueur du temps.
La marée haute fait fuir les gens,
qui quittent la plage d'un pas pesant.
Poème de Capitainelli
Rumeur
En moi
La respiration immuable
De l'océan
Sur une table
En bois
Graver des mots amants
"sur ta peau des papillons doux..."
Déroulant
Le fil palpable
De mes émois
Sous le sable
Des pensées talisman
Tracent ma foi
Poème de Laura
Un banc entre terre et mer
Entre mer et ciel
Entre ciel et air
Un banc pour reposer
Son âme et ses pieds
Son coeur épuisé
Un banc entre terre et mer
Entre mer et ciel
Entre ciel et air
Un banc pour admirer
L'infini salé
Et la ronde des marées
Un banc entre terre et mer
Entre mer et ciel
Entre ciel et air
Un banc pour sentir
L'air iodé
Sur son corps fatigué
Un banc entre terre et mer
Entre mer et ciel
Entre ciel et air
Un banc pour penser
Aux rêves brisés
Sur les rochers
Un banc entre terre et mer
Entre mer et ciel
Entre ciel et air
Un banc pour rêver
A un futur idéalisé.
Pouvoir espérer
Un banc entre terre et mer
Entre mer et ciel
Entre ciel et air
Sur une idée de la Communauté Ecriture Ludique à laquelle j'appartiens, il s'agissait dans cet exercice, à partir de la courte phrase "IL ETEINT LA LUMIERE (...) ET FERMA LA PORTE LENTEMENT (...)", d'écrire un texte qui viendrait s'insérer dans les ... (il y a donc deux parties à écrire), en incluant les 7 mots suivants (les verbes peuvent être conjugué, comme toujours) : fenêtre, vent, changer, rester, ramasser, corné, dehors.
Cet exercice me donne l'occasion, suite à mon licenciement économique récent des Papet's, entendez par là, des Papeteries dans lesquelles je travaillais depuis 17 ans en tant qu'assistante commerciale export, d'exorciser toute la peine que je ressens aujourd'hui.Pour en savoir plus, vous trouverez un court reportage vidéo ici.(ensuite, cliquez à droite de l'écran).
Machine à papierCaisse de tête
Papet's
© Nanou 2008
Il éteint la lumière, regarda une dernière fois au travers de l’atelier dans lequel il venait de passer les vingt dernières années de sa vie, et soupira un bon coup laissant échapper de ses poumons une plainte abyssale. Soudain il sentit une vague de froid l’envahir. Peut-être était-ce le vent qui s’évanouissait au travers des fenêtres fatiguées ? Peut-être...
Il avait tout donné dans cette usine à papier. Tout. Son temps, d’abord, n’hésitant pas à faire des heures supplémentaires pour régler un détail mécanique sur la « grande Dame », son énergie aussi, à courir en tous sens du matin au soir et parfois jusque tard dans la nuit. Enfin, il y avait laissé toute sa sueur. « La grande Dame » était le joli nom que les ouvriers et autres employés des Papeteries donnaient à leur machine à papier. Elle avait vécu, la « grande Dame ». Crachant du papier à longueur d’année, tantôt blanc, tantôt écru, s’emballant à chaque mise au bon, puis reprenant son souffle en maintenant des cadences régulières. .. Elle en avait connu des familles entières. Tous ses collègues avaient connu au moins une personne dans leur famille ou parfois même plus qui avait travaillé ici sur des générations et des générations... Il faut dire que l’usine avait vu le jour en 1821. Avec elle était né le petit village Isérois à la périphérie duquel elle s’inscrivait dans une fière allure. A l’époque, il y avait même sur le site un dortoir pour que les ouvrières puissent se reposer, une crèche pour leurs enfants et même une école. Et ce décor n’avait pratiquement pas changé au fil du temps. Les ateliers étaient restés les mêmes, les fenêtres ébréchées par les souillures des intempéries, les murs lézardés ; quelques coups de peinture ça et là avaient à peine suffit à étouffer les stigmates du passé.
Parfois lorsqu’il faisait une pause, Vincent se remémorait les histoires que lui racontait son grand-père, et il était fier d’être aux petits soins de la « grande Dame » comme l’avaient été avant lui ses ancêtres. Cette usine avait une âme, et c’est pour cela qu’il l’aimait. Mais la « grande Dame » avait fait son temps, les pages de son histoire étaient toutes cornées, le contexte économique étant difficile, avec le prix des matières premières qui avait totalement flambé, la concurrence qui devenait de plus en plus forte, il fallu un jour l’arrêter et refermer définitivement la porte d’un passé dont Vincent écornerait les pages encore certainement longtemps.
Alors, il reprit son souffle, les yeux rougis par trop de larmes amères et injustes, et ferma la porte lentement. Là, il observa la cour qui se vidait de voitures. Il voulait partir le dernier. Prendre son temps. Respirer une bonne fois pour toutes ces odeurs de papier qui l’avaient accompagné tout au long de son parcours. Dehors la vie semblait continuer. Mais il n’en voulait pas. Célibataire endurci, il n’y avait personne pour l’accueillir et apaiser sa tristesse. Aucun autre avenir que celui des Papeteries qui lui avait été tout tracé dès l’âge de 16 ans. Dans l’enceinte de l’usine, il s’assit à côté du vieux locotracteur Gaston Moyse qui gisait là depuis l’époque de la reconstruction, après la Seconde guerre mondiale, et ramassa un bout de papier qui tournoyait à ses pieds. Un bout de sa vie. Il le tritura, le froissa, puis le déchira dans un sanglot profond.



