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La poesía Y fue a esa edad ... Llegó la poesía a buscarme. No sé, no sé de dónde salió, de invierno o río. No sé cómo ni cuándo, no, no eran voces, no eran palabras, ni silencio, pero desde una calle me llamaba, desde las ramas de la noche, de pronto entre los otros, entre fuegos violentos o regresando solo, allí estaba sin rostro y me tocaba. Yo no sabía qué decir, mi boca no sabía nombrar, mis ojos eran ciegos, y algo golpeaba en mi alma, fiebre o alas perdidas, y me fui haciendo solo, descifrando aquella quemadura, y escribí la primera línea vaga, vaga, sin cuerpo, pura tontería, pura sabiduría del que no sabe nada y vi de pronto el cielo desgranado y abierto, planetas, plantaciones palpitantes, la sombra perforada, acribillada por flechas, fuego y flores, la noche arrolladora, el universo. Y yo, mínimo ser, ebrio del gran vacío constelado, a semejanza, a imagen del misterio, me sentí parte pura del abismo, rodé con las estrellas, mi corazón se desató en el viento. |
La poesía Et ce fut à cet âge... La poésie vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où elle surgit, de l'hiver ou du fleuve. Je ne sais ni comment ni quand, non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas des mots, ni le silence: d'une rue elle me hélait, des branches de la nuit, soudain parmi les autres, parmi des feux violents ou dans le retour solitaire, sans visage elle était là et me touchait. Je ne savais que dire, ma bouche ne savait pas nommer, mes yeux étaient aveugles, et quelque chose cognait dans mon âme, fièvre ou ailes perdues, je me formai seul peu à peu, déchiffrant cette brûlure, et j'écrivis la première ligne confuse, confuse, sans corps, pure ânerie, pur savoir de celui-là qui ne sait rien, et je vis tout à coup le ciel égrené et ouvert, des planètes, des plantations vibrantes, l'ombre perforée, criblée de flèches, de feu et de fleurs, la nuit qui roule et qui écrase, l'univers. Et moi, infime créature, grisé par le grand vide constellé, à l'instar, à l'image du mystère, je me sentis pure partie de l'abîme, je roulai avec les étoiles, mon coeur se dénoua dans le vent. (Mémorial de l'île Noire, 1964)
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Communauté : Espagne et flamenco - Publié dans : Poétes espagnols








Rafael Alberti
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