Samedi 2 décembre 2006
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Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, je vais vous parler un peu de moi... enfin, d’une infime partie..
Pourquoi aujourd’hui ? Tout simplement parce qu’à bientôt 40 ans, on a toujours ce besoin de faire le point, surtout quand on découvre qu’un nouveau cap se dessine, malgré soi, et qu’il faut tenter de l’appréhender avec le plus de calme et de sérénité possible.
Depuis plus de 15 ans maintenant, je travaille en tant qu’assistante commerciale dans l’industrie papetière. J’ai connu déjà trois changements de direction au sein de ma société, qui malheureusement n’ont pas réussi à nous sortir du marasme économique dans lequel nous nous trouvons.
Depuis début janvier, nous sommes en procédure de sauvegarde, entendez par là que, nous ne sommes pas loin de la fin. Le 10 janvier (dans un mois jour pour jour), le Tribunal de Commerce doit statuer sur notre sort. Trois hypothèses : la première est qu’on sort de la procédure de sauvegarde, auquel cas nous pourrons espérer continuer notre activité, la deuxième, est que nous y restons encore pour une période de 6 mois de sursis pendant laquelle il faudra encore faire nos preuves, et enfin la dernière est que nous cessons toute activité. Pour l’instant, au vue de la situation, la première solution est impossible, et la 2ème ou la 3ème probables..
Tout ça pour dire, que le stress gagne et que les fêtes de Noel risquent de ne pas être très cool.
Tout ça pour dire, que cette situation me rend malade, pas forcément pour la perte de mon boulot, mais plutôt pour la perte d’une famille pour laquelle j’ai énormément d’affection et qui m’a beaucoup apporté, tant sur le plan personnel que professionnel.
L’industrie du papier comme les autres industries anciennes, est pour moi un monde totalement vivant, palpable, fort d’histoire et qui a une âme que vous ne retrouverez jamais dans les sociétés de biens ou de service.
Déjà petite, je sillonnais les allées des tanneries avec mon père (je vous renvoi d’ailleurs à mon texte "L'âme des peaux" sur la question pour que vous puissiez vous imprégner de ce que je ressens aujourd’hui). J’ai donc eu la chance de me retrouver, quasiment pour mon premier emploi, au centre même de la fabrication du papier, au cœur de cette machine formidable qui nous permet aujourd’hui d’écrire et d’écrire des milliers de lignes.
J’aime aller me ressourcer dans cet atelier où cette machine trône depuis plusieurs siècles déjà... Imaginez le monde à cette époque : les conditions de travail... chez nous il y avait même une école pour les enfants des ouvriers. Il plane toujours ce parfum du passé, les odeurs surannées de cette époque révolue.
L’ambiance y est donc bien particulière, très paternaliste, très familiale, et c’est ce qu’il me plait. A l’époque des familles entières (parents, enfants, oncles, tantes, cousins...) y travaillaient. Il en reste encore aujourd’hui et je me délecte d’entendre leurs histoires, toutes liées à cette industrie.
Ces vieux bâtiments remplis de poussière aux fenêtres à moitié cassées, cette monstrueuse machine qui ne s’arrête jamais de produire des tonnes de bobines de papier à l’état brut qui seront ensuite transformées par nos clients.., tout ça font que je m’y suis attachée au fil des années.
Chaque fois que je passe à côté, mon cœur se remplit d’une émotion indescriptible.
Aujourd’hui, une industrie française de plus est en train de tomber sous la concurrence féroce de l’Asie ou même de l’Europe.
Aujourd’hui, une partie de moi s’écroule avec. Le papier, que ce soit dans mon activité professionnelle ou mes loisirs est un joyau inestimable. Le papier a toujours accompagné l’activité et le développement de l’homme. N'oublions pas que le papier est né d'une nécessité d'inventer un support pour l'écriture. Au début, l'homme des cavernes écrivait sur la pierre, il avait alors découvert une forme d'encre, mais pas encore un support.
Le papier est le support privilégié de nos œuvres. Elles s'y créent, s'y reproduisent, s'y conservent. On pense avant tout à l'écriture et au dessin, mais le temps lui-même, et la musique, y sont couchés. Le papier est notre mémoire, fermer cette usine revient à fermer mon cœur.
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