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Arts

Vendredi 7 avril 2006 5 07 /04 /2006 00:00


Sa vie
Né dans une famille modeste, son père
Harmen Gerritszoon étant meunier sur le Rhin, Rembrandt a 14 ans quand il entre à l'université de Leyde. Le jeune homme étudie par la suite la peinture auprès d'artistes comme Pieter Lastman, Jacob Van Swanenburgh et Jan Lievens. Dès 1631, fort de sa notoriété, il s'installe dans un atelier à Leyde où il reçoit de jeunes élèves. Fin 1631 Rembrandt s'installe à Amsterdam chez le peintre et marchand de tableaux Hendrick Van Uylenburgh, ce qui lui ouvre les portes vers de riches mécènes qui lui commandent de nombreux portraits. Sa carrière artistique est plutôt prospère alors que sa vie privée est malheureuse : Saskia, sa femme, meurt à l'âge de 30 ans en 1642. De 1643 à 1649 , Rembrandt vit avec Geertje Dirx puis épouse Hendrickje Stoffels qui lui servira souvent de modèle. Son célèbre 'Ronde de nuit' est l'un des chefs oeuvre de cette époque. L'influence du classicisme se reflète dans de nombreux tableaux des années 1640. Mais en 1656, ses dettes le mettent en faillite, sa collection et ses oeuvres sont mises aux enchères. Le chagrin marque sa vie privée.

Ils ont dit de lui
 

THÉOPHILE GAUTIER

Rembrandt comparé à Titien.
«Rarement le peintre d’Amsterdam a fait un Portrait de femme qu’on puisse comparer pour la beauté relative du type à celui qui est placé dans le grand Salon près de la maîtresse de Titien, dont le voisinage formidable ne lui nuit point. C’est une jeune femme de vingt-cinq ans à peu près, avec des traits réguliers, un peu forts, des yeux bruns, des lèvres épaisses et vermeilles, des cheveux abondants et crespelés d’un marron tirant sur le roux, un physionomie tranquille, avenante et douce. Une casaque bordée de fourrures lui couvre les épaules et laisse voir son col gras et souple, sa poitrine rebondie que couvre à demi une chemisette plissée. On ne saurait imaginer l’incroyable puissance de vie que Rembrandt a su prêter à cette figure baignée dans l’or fluide d’un coloris magique. Les ombres des joues, le clair-obscur du col, le ton blond du linge, le bitume chaleureux et transparent de la fourrure et des cheveux dont le brun semble pénétré de soleil, la lumière du front et du nez, le travail étonnant de la brosse qui, avec son martelage, rend le grain de la peau et la solidité de la chair, font de ce portrait un des chefs-d’œuvre de l’art, une peinture sans rivale. Titien lui-même n’a pas cette force profonde de couleur et cette intensité de lumière. Son ambre pâlit un peu à côté de cet or.»

PAUL VALÉRY

Rembrandt et la lumière de la chair.
«Rembrand sait que la chair est de la boue dont la lumière fait de l'or. Il supporte et accepte ce qu'il voit: les femmes sont ce qu'elles sont. Il n'en trouve guère que d'obèses ou de décharnées. Même les quelques belles qu'il a peintes le sont par je ne sais quelle émanation de vie plus que par forme. Il ne crait pas les ventres pesants, plissés en tabliers de peau épaisse et grasse, les membres gros, les mains rouges et lourdes, les visages très vulgaires. Mais ces croupes, ces panses, ces tétines, ces masses charnues, ces laiderons et ces servantes qu'il fait passer de la cuisine à la couche des dieux et des rois, il les imprègne ou les effleure d'un soleil qui n'est qu'à lui, il mélange comme personne le réel, le mystère, le bestial et le divin, le métier le plus subtil et le plus puissant, et le sentiment le plus profond, le plus solitaire que la peinture ait jamais exprimé.» (Degas Danse Dessin)

JULES MICHELET

Un regard qui fait oublier la laideur
«Le baron qui a voulu me faire lui-même les honneurs de sa galerie, m'introduit, à la fin, dans son cabinet. Là, un tableau unique, mais de quel prix !... C'est un portrait de femme par Rembrandt. Elle est sur le retour, et laide, marquée de la petite vérole. Et pourtant, vous ne pouvez en détacher vos yeux. C'est que le magicien a su tout racheter par l'attitude, le regard, ce regard qui vous suit, où que vous alliez, qui vous pénètre, vous fait oublier la laideur ou plutôt la supprime. Quelle beauté, dites-moi, vaudrait un tel regard?...» 

JOSEPH JOUBERT

Rembrandt et la lumière
«C’est une si belle chose que la lumière, que Rembrandt, presque avec ce seul moyen, a fait des tableaux admirables. On ne conçoit point de rayons et d’obscurité qui appellent plus puissamment les regards. Il n’a, le plus souvent, représenté qu’une nature triviale, et cependant on ne regarde pas ses tableaux sans gravité et sans respect. Il se fait, à leur aspect, une sorte de clarté dans l’âme, qui la réjouit, la satisfait et la charme. Ils causent à l’imagination une sensation analogue à celle que produiraient les plus purs rayons du jour, admis, pour la première fois, dans les yeux ravis d’un homme enfermé jusque-là dans les ténèbres. Dans ses belles figures, comme son Rabbi, la lumière, il est vrai, n’est plus l’objet principal dont l’imagination soit occupée; mais elle est encore le principal moyen employé par l’artiste pour rendre le sujet frappant. C’est elle qui dessine ces traits, ces cheveux, cette barbe, ces rides et ces sillons qu’a creusés le temps. Ce que Rembrandt a fait avec le clair-obscur, Rubens l’a fait avec l’incarnat. Rubens a régné par les couleurs, comme Rembrandt par la lumière. L’un savait rendre tout éclatant, l’autre tout illuminer; l’un est splendide, l’autre est magique; et si l’âme n’est pas toujours charmée par eux, l’œil humain leur doit, du moins, ses plus brillantes illusions. » (Pensées, maximes, essais et correspondance de J. Joubert, recueillis et mis en ordre par Paul Raynal. Paris, Didier et Cie, 1861, tome II, p. 20-21)  

 

 

Liste des œuvres de Rembrandt triées par date

 

 

 

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Dimanche 5 mars 2006 7 05 /03 /2006 00:00



Bain Turc - Ingres




A Paris, du 24/02 au 15/05/06, au Musée du Louvres, vous trouverez une rétrospective unique d’Ingres avec 80 tableaux et 104 dessins. On suit ce passionné de violon (de là, l’expression « le violon d’Ingres »), grand prix de Rome et élève de David, depuis Montauban, sa ville natale, jusqu’au célibrissisme Bain Turc (en photo), bouleversant de sensualité. On croise son portrait de Napoléon1er, qui surprit même son modèle et l’illustre grande odalisque. On le disait froid (*) , académique, et l’on découvre un peintre plein de doutes, d’élans novateurs et de vie.

(*) Baudelaire, observant certains portraits d'Ingres, parle de sa «rigueur de chirurgien»

 


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Samedi 14 janvier 2006 6 14 /01 /2006 00:00
 Une nouvelle fois, dans son "Salon de 1845", Baudelaire se fait critique de quelques oeuvres dont celle-ci, "La Madeleine dans le désert", l'une des oeuvres de Delacroix qui avait fortement intrigué Baudelaire. Et le commentaire qui lui consacre souligne avec beaucoup de justesse le caractère insolite de la composition, où le visage énigmatique de cette femme resplendit d'une lumière venue d'ailleurs. Il faut dire que c'est l'une des plus exceptionnelles des oeuvres de Delacroix lors de sa période d'inspiration religieuse. Elle figura parmi les oeuvres choisies par Delacroix pour être présentée à l'expositoin universelle de 1855.
Voici donc la critique de cette oeuvre, vu par Charles Baudelaire :

   "C'est une tête de femme renversée dans un cadre très étroit. A droite dans le haut, un petit bout de ciel ou de rocher - quelque chose de bleu; - les yeux de la Madeleine sont fermés, la bouche est molle et languissante, les cheveux épars. Nul, à moins de la voir, ne peut imaginer ce que l'artiste a mis de poésie intime, mystérieuse et romantique dans cette simple tête. Elle est peinte presque par hachures comme beaucoup de peintures de M. Delacroix; les tons, loin d'être éclatants ou intenses, sont très doux et très modérés; l'aspect est presque gris, mais d'une harmonie parfaite. Ce tableau nous démontre une vérité soupçonnée depuis longtemps et plus claire encore dans un autre tableau dont nous parlerons tout à l'heure; c'est que M. Delacroix est plus fort que jamais, et dans une voie de progrès sans cesse renaissante, c'est-à-dire qu'il est plus que jamais harmoniste."

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Samedi 7 janvier 2006 6 07 /01 /2006 00:00

l’Exposition Bonne-Nouvelle (critique de Baudelaire sur l’œuvre de David, Marat Assassiné)

 "Le divin Marat, un bras pendant hors de la baignoire et retenant mollement sa dernière plume, la poitrine percée de la blessure sacrilège, vient de rendre le dernier soupir. Sur le pupitre vert placé devant lui sa main tient encore la lettre perfide: “Citoyen, il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre bienveillance.” L’eau de la baignoire est rougie de sang, le papier est sanglant; à terre gît un grand couteau de cuisine trempé de sang; sur un misérable support de planches qui composait le mobilier de travail de l’infatigable journaliste, on lit: “A Marat, David.” Tous ces détails sont historiques et réels, comme un roman de Balzac; le drame est là, vivant dans toute sa lamentable horreur, et par un tour de force étrange qui fait de cette peinture le chef-d’oeuvre de David et une des grandes curiosités de l’art moderne, elle n’a rien de trivial ni d’ignoble. Ce qu’il y a de plus étonnant dans ce poème inaccoutumé, c’est qu’il est peint avec une rapidité extrême, et quand on songe à la beauté du dessin, il y a là de quoi confondre l’esprit. Ceci est le pain des forts et le triomphe du spiritualisme; cruel comme la nature, ce tableau a tout le parfum de l’idéal. Quelle était donc cette laideur que la sainte Mort a si vite effacée du bout de son aile? Marat peut désormais défier l’Apollon, la Mort vient de le baiser de ses lèvres amoureuses, et il repose dans le calme de sa métamorphose. Il y a dans cette oeuvre quelque chose de tendre et de poignant à la fois; dans l’air froid de cette chambre, sur ces murs froids, autour de cette froide et funèbre baignoire, une âme voltige."

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