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Courts récits (atelier d'écriture)

Samedi 4 octobre 2008 6 04 /10 /2008 07:10
Sur l'exercice N°58 d'Ecriture Ludique, voici un texte répondant à la consigne d'insérer des mots imposés.




La petite fille qui est en moi.


Je sens sa présence. Elle est toujours là au fond de moi. Avec l’âge qui va grandissant, on pourrait penser que son activité diminuerait. Bien au contraire, elle est plus proche encore qu’avant. Elle glisse sans cesse dans mon sang, se propage dans mon corps, et ressort, nonchalante, au moment où je m’y attends le moins. Sa silhouette est parfois éphémère, mais son cortège de blessures fait ressurgir en moi des états excessifs ou des doutes soudains. Souvent lorsque je m’apprête à prendre une décision, je l’entends ronchonner dans un écho embué au point de venir jusqu’à me tordre les boyaux à coup de lames saccadées. C’est une bête, vicieuse, arrogante et sauvage, qui ne masque jamais son désir de m’écarteler. Elle me renvoie des images insensées, sous forme d’arabesques enchevêtrées dans les limbes et les nervures d’un passé pourtant immuable.

Avec l’âge, nous apprenons à vivre ensemble, mais elle n’arrive pas à se détacher de moi et vice-versa. Elle est toujours là, plus forte qu’avant, plus vivante, plus soudée. Une sorte d’ombre péremptoire. Parfois je l’ignore. Mais elle n’aime pas ça. Sa vengeance peut-être alors terrible. Et je me replis dans la tranchée des souvenirs perdus. Pas besoin de boussole, j’en connais parfaitement chaque contour, chaque carrefour, chaque détour. De toute façon, elle vient toujours m’y retrouver. Elle sait. Elle sait tout. Je ne peux rien lui cacher.

Je suis à elle comme elle est à moi. Tapie à jamais dans mon corps. Tatouée à jamais dans ma vie. L’être humain est double, toujours. La part de son enfance est un tout. Un tout immuable. Contrôlant chaque mouvement, chaque pensée. Nous ne sommes que ce que nous avons été. Et nous portons cette croix toute notre vie. Après ? Je ne sais pas. Sera-t-elle là encore à épier le moindre de mes mouvements, à rectifier le moindre de mes sentiments, à embrumer mon esprit ?

Pour tout vous dire, je n’ai pas envie de le savoir. Tout bien réfléchi, je préfère vivre à deux que de mourir seule.

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Communauté : Ecriture Ludique - Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 07:07
Dans le cadre de l'atelier d'écriture Créative, la consigne était d'écrire une lettre folle....
La voici.


Lettre à Adèle H.

Chère Adèle H.,

Il ya si longtemps que j’ai envie de prendre la plume pour vous dire combien votre vie m’a passionnée et a longtemps hanté mes amours.

 J’aime votre père pour son œuvre toute entière. Je sais que vous l’aimiez aussi,  mais vous avez regretté sans doute que le décès de votre sœur, Léopoldine, ait accaparé toute son âme, l’éloignant ainsi de vous.  Pas facile d’être la fille d’un écrivain célèbre et d’y trouver sa place ; sans doute auriez-vous préféré être née de père inconnu, et être une fille unique.

 Mais vous, Adèle, je vous dois toute mon admiration. L’on écrira plus tard bien des choses désarmantes sur votre amourette avec ce jeune lieutenant anglais, Albert Pinson, qui vous en fera perdre la raison, mais sachez que pour moi, il s’agit d’un acte d’amour que je ne qualifierai pas d’insensé. Il ne vous aimait pas, certes, pour lui vous n’étiez qu’une femme parmi d’autres  et il vous traitait de façon méprisante et insensible. Et pourtant vous l’avez suivi jusqu’à Halifax, incognito, pour  vous rapprocher de lui. Vous êtes allée même jusqu’aux îles de la Barbade, épuisée et sans ressource, malade, pour le convaincre de votre amour.  En cela vous êtes une femme exceptionnelle, Adèle, vous qui n’avez pas hésité à aller jusqu’au bout de votre passion, qui avez traversé les flots aveuglément, bravant les tempêtes jusqu’au naufrage. Certains diront que vous couriez après le fantôme d'un père auquel vous aviez retiré toute réalité pour ne conserver que le trait qui vous avait détruite: l'absence d'amour. Mais vous étiez belle dans votre folie, Adèle.

Vous avez vécu, dans la passion et la rage d’un amour impossible. D’autres n’auront jamais cette chance. Vous y avez cru, et c’est bien normal puisque ce Pinson profitait de vous pour vous soutirer de l’argent afin d’éponger ses dettes de jeu. Mais peu importe. Vous êtes allée même jusqu’à lui payer des filles de joie, vous avez fait échouer ses fiançailles avec une jeune fille fortunée et proclamé la célébration de vos propres noces. Quelle imagination fertile vous a permis de survivre dans cette situation intenable ! Vous vous êtes battue jusqu’à ce que vos forces vous abandonnent, et dans cet asile où vous avez fini votre vie, vous n’avez cessé de penser et de croire en lui, même si lui, vous avait déjà oubliée dès lors que son régiment fut envoyé dans La Nouvelle Ecosse. Cet amour vous a aveuglée, vous a aigrie, vous a détruite, et personne ne vous a jamais comprise. Sauf moi. Et je tenais à vous le dire, ce soir avant que je ne commette l’irréparable aux yeux de tous, avant que je ne me jette sur les rails du train dans la petite gare où j’ai rencontré Victor la première fois.

Victor, qui ne veut pas de moi. Comme ce Pinson ne voulait pas de vous. De la même façon que vous avez refusé plusieurs mariages, j’ai repoussé plusieurs garçons. Au nom de l’amour. Mon cœur n’était qu’à lui. Qu’à nous. Lorsqu’il est parti dans le Maquis rejoindre ses compagnons, je l’ai suivi aussi. Je suis même rentrée dans la Résistance pour lui. Mais il m’a repoussée une fois de plus. Un de ses compagnons m’a même ramenée chez moi de force. Une fois la guerre terminée, je l’ai retrouvé.  Une jeune-femme se tenait à ses côtés. Il lui tenait la main. Nous nous sommes entraperçus, mais il a tourné la tête. Je n’ai jamais trouvé votre journal intime, Adèle, Dieu sait pourtant que je l’ai cherché partout. Mais je suis certaine que nos vies sont très similaires. Je ne connais que ces quelques lignes de votre journal qui ont conduit toute ma vie : « Cette chose incroyable de faire qu’une jeune fille, esclave au point de ne pouvoir aller acheter du papier, aille sur la mer, passe de l’ancien monde au nouveau monde pour rejoindre son amant, cette chose-là, je la ferai. Cette chose incroyable de faire qu’une jeune fille qui n’a pas aujourd’hui d’autre morceau de pain que celui dont son père lui fait l’aumône, ait d’ici quatre ans, dans ses deux poches de l’or honnête, de l’or à elle, cette chose-là, je la ferai. »

 

Je ressens aujourd’hui tout ce que vous avez vécu.  Je ne regrette rien. N’était-ce point votre père qui disait : « Le plus grand ennui c'est d'exister sans vivre". Votre  vie comme la mienne a été un feu permanent. Une obsession. L’obsession de vivre pour une seule personne. Vivre entièrement sa passion, sa rage, jusqu’à la déraison. Ce n’est pas donné à tout le monde. Et nous l’avons fait. Aimer c’est vivre. Ne pas vivre c’est s’ennuyer. Et si aimer c’est souffrir,  le choix est vite fait.

Nos routes se séparent, Adèle. Contrairement à vous, la raison ne m’a pas abandonnée. Alors je préfère m’abandonner à la déraison, comme je l’ai fait tout au long de ma vie.

Je vous embrasse tendrement et vous donne rendez-vous dans l’au-delà très bientôt. Nous aurons tant de choses à raconter sur les amours impossibles et désespérés ! Je m’en réjouis d’avance.

Clothilde.

 




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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Samedi 2 août 2008 6 02 /08 /2008 07:03
Consigne d'écriture : écrire un texte à partir des mots indiqués dans la liste ci-dessous. Les verbes peuvent être conjugués et les mots utilisés au pluriel comme au singulier.

tumeur
jogging
enivrant
surgelés
ménage

candide

émoustillé

darder

obséquieux

hachure

 

électricité

mère

préserver

dettes

combines


Par ailleurs, deux mots "joker" vous sont proposés en remplacement de deux autres mots dans la liste qui ne vous inspireraient pas. Il s'agit de :


enlacer
baise-main




Le prix de la liberté


Ma mère m’a toujours préservée du monde qui m’entourait. Le modernisme, comme elle disait toujours, c’est le fléau de la vie. Chez nous, nous vivions sans électricité, comme dans le temps.  Pas de téléphone non plus ni bien entendu de machine moderne dont chaque ménage peut se targuer de disposer sans que cela n’engage trop de dettes dans le budget familial. Elle n’était pourtant pas radine, ma mère, non, elle refusait tout simplement de vivre au présent.

L’homme nait bon et heureux, c’est la société qui le corrompt et le rend malheureux. Ca vous rappelle quelque chose ?...  Ce cher Rousseau…  Il a gâché mon enfance  à un tel point qu’aujourd’hui je passe ma vie à « bouffer » goulument de la société et de ses attraits….

Je vis à New York, j’achète mes surgelés comme les 19 millions de citoyens toujours pressés par le temps,  à qui un petit jogging chaque matin  dans Central Park, le poumon de la ville, permet d’évacuer le stress de la vie moderne, ainsi que le vertige engendré par les gratte-ciels géants et autres bâtiments tout aussi démesurés. Je rattrape le temps perdu en traversant le pont de Brooklyn, en « brunchant »  au "boat house" de Central Park, tantôt me perdant dans Chinatown, tantôt m'émerveillant dans les musées de New York ou bien encore dans les boutiques de luxe de la 5ème avenue... C’est enivrant ! Je revis enfin dans une ville superficielle, exubérante, séductrice et mythique, dans une ambiance toujours survoltée, au milieu du flot incessant des voitures, des taxis et piétons formant un ballet perpétuel orchestré par le hurlement des sirènes et des klaxons. Le tumulte de la mégapole. Douce liberté.

Fini le temps où il ne fallait surtout pas aller de l’avant, où il fallait admirer la nature, le soleil darder ses rayons, le vent caresser la campagne candide, la pluie lessiver les tumeurs de ce monde malsain et ne pas prendre part à toutes les combines de la société. La vie ce n’est pas la luxure, ma chérie, me répétait-elle sur un ton obséquieux, le même ton qu’elle employait d’ailleurs avec tout le monde. La vie, c’est bien plus que cela. Savoir ce contenter de peu, et s’émoustiller des mille trésors que recèle la nature plutôt que de se perdre dans la grisaille et les hachures des villes.

J’ai longtemps subi ce discours et j’ai du le fuir pour pouvoir renaître et profiter de ce monde si malsain ; Avec le temps, et non sans appréhension, j’ai appris à  apprivoiser cet univers si fou qui faisait tant peur à ma mère. Je ne vous cache pas que cela a été difficile pour moi de rompre avec la nature et la monotonie de la vie que nous avions lorsque j’étais enfant ! Il a fallu aussi que je cesse toute relation avec ma mère. Cela s’est passé le jour de mes 18 ans, et forcément dans la douleur. J’ai fait une fugue. Et me voilà embarquée avec mon prof d’anglais, de 15 ans mon cadet pour les States… Inutile de vous dire qu’une fois là-bas, je l’ai largué, car depuis petite je rêvais de Liberté, de Vie, et tous les moyens étaient bons y arriver. Au début, on devait me prendre pour une demeurée, mais très rapidement, je me suis noyée dans la masse et je suis désormais comme un poisson dans l’eau ! Aujourd’hui je dévore les hamburgers et les frites, me gave de soda, et de glaces ; Oubliés les haricots, tomates et autres plantations sauvages du jardin !

J’ai écris plusieurs lettres à ma mère, en vain. Elle s’est sentie trahie. Abandonnée. Perdue. Et sans doute n’a-t-elle pas compris à quel point j’étouffais dans sa vie de misère. Elle n’est pas la seule, d’ailleurs. En quittant mon pays, j’ai tout perdu, sauf une chose primordiale, la liberté de vivre ma vie. Aujourd’hui j’ai une fille, quinze ans, qui rêve de campagne, de verdure, de tranquillité, et qui prône un certain retour aux sources … Sommes nous destinés à toujours devoir courir après ce que nous n’avons pas ? Mais c’est décidé, l’année prochaine, elle ira voir sa grand-mère. Et adviendra ce qui adviendra…


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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Samedi 12 juillet 2008 6 12 /07 /2008 07:27
Consigne d'Ecriture Créative : Ecrire un texte dont le thème est "quand j'étais petit(e), je croyais que...


Quand j’étais petite, je cherchais des signes. Des signes de l’existence. Des signes de vie. Des phénomènes perceptibles comme autant d’indices sur mon avenir. Des manifestations observables que je considérais comme de bons ou de mauvais augures. Ainsi, si l’orage grondait, c’était un rappel à l’ordre, si je n’avais pas été sage. Si la pluie tombait, c’est que le monde était sale, et qu’il fallait le laver de fond en comble. Si le soleil pointait son nez, c’est que la journée s’annonçait belle. La nature était mon univers. Je l’écoutais, je la regardais, toujours avec attention. Je la scrutais, exigeant d’elle la moindre réponse à mes interrogations.  Elle dictait la vie, Ma Vie. Tout devait avoir une signification. Tout devait avoir un sens. J’étais en communion avec Mère Nature. Sinon, pourquoi serions-nous sur terre, si nous n’avions pas une mission bien précise à remplir ? En cela, et avec du recul, je me sens proche de la civilisation indienne, qui lisait dans la sève des arbres les souvenirs des anciens ou bien encore dans le murmure des eaux, les gémissements de leurs ancêtres. Rien ne m’échappait. Et c’est comme cela que mon imagination s’est développée au fil des années. De la même façon que si une guêpe me piquait, c’est que j’avais forcément fait quelque chose de mal ou bien encore si un nuage épais et ténébreux s’avançait vers moi, c’est qu’il allait se passer un évènement triste. Tout ce que la nature offrait de mauvais, était une punition. Tout ce qu’elle offrait de bon avait une portée bienveillante.  Je l’associais à un Dieu. C’était lui qui dictait tout ça.

En grandissant, j’étudiais toujours le moindre présage, en me détachant peu à peu de la nature... Mais le mal était fait, et toute image (poster, tableau, inscription, ou je ne sais qu’elle autre empreinte du temps, comme un carreau fendillé sur le sol ou bien encore un mur lézardé) était un signe. Mais leur interprétation était déjà beaucoup plus abstraite et s’avérait plus compliquée.

Je me souviens en particulier de ce tableau qui trônait dans le salon de la maison en maître. Van Gogh. Les Tournesols. J’y voyais non seulement, comme j’ai pu le lire par la suite en me documentant sur ce tableau, des têtes échevelées et barbues, un œil, une bouche, des cœurs, mais ce qui me frappait surtout, c’était  l’inscription sur le vase : Vincent. Pour moi, il était évident que c’était un signe. Ce prénom, inscrit là, n’était autre qu’un indice dans la construction de mon avenir. Mon mari s’appellerait Vincent, il n’y avait aucun doute puisque c’était inscrit. D’ailleurs, j’avais un jour demandé à toute la famille, mon frère compris, qu’ils m’expliquent ce qu’ils voyaient à travers ce tableau. Des tournesols. Forcément. Quelle question débile ! Oui, mais l’inscription, vous l’aviez vue sur le vase ? Non, personne. J’étais donc seule à l’avoir vue, cela me confortait alors dans mon interprétation. Ce message était pour moi. Ce bouquet de tournesols fanés était l’image de la vie elle-même, de ce qui allait être plus tard ma propre vie. Est-ce pour cela, l’adolescence venue,  que je n’ai jamais pu rester longtemps avec mes fiancés ? Aucun n’avait ce prénom. Mais intérieurement, j’avais passé mon adolescence à chercher ce Vincent, le seul homme qui pourrait me rendre heureuse. C’était écrit. C’était certain. En plus il y avait douze tournesols... Le douzième fiancé serait le bon et s’appellerait Vincent.

En me penchant plus en détail sur l’œuvre, j’appris que  ces tournesols étaient destinés à orner la chambre de Gauguin dans la maison que Van Gogh avait louée pour eux. Première fausse route. En fait, mon fiancé s’appellerait peut-être Paul.  Alors, j’ai fini par oublier l’inscription et me suis rapprochée du tableau en lui-même : ce motif, cette fleur solaire, qui fane rapidement, unique en son genre, ce n'était pas innocent. Symbole du temps qui passe et qui se fane trop vite. Symbole d’amours qui ne durent qu’un temps. En boutons, épanouies, fanées, en graines... je me représentais ces fleurs de tournesol comme une image de la vie qui passe, et c'est sans doute ce qui m’a profondément touchée dans ce tableau, et qui m’a mise mal à l'aise la première fois que je l’ai vu au mur, du haut de mes dix ans.

J’ai commencé à moins faire attention aux signes le jour où nous avons déménagé.  Maman en avait profité pour changer la décoration du salon, et les tournesols avaient été remplacés par une vulgaire marine. Du jaune ocré nous passions au bleu outre-mer. De l’étroitesse du vase des tournesols, nous étions passés à l’immensité de l’océan. Une ouverture, enfin, sur un autre horizon plus vaste.

 

Aujourd’hui, ces signes, lorsqu’ils s’imposent à moi, je les fuis. Ils sont encore de temps en temps présents et viennent troubler mon âme et mon existence, mais en grandissant j’ai appris à les contrôler. Ou à m’en moquer. Mais le chemin a été difficile. Je me suis imprégnée longtemps de ce tableau, inconsciemment sans doute puisque je m’aperçois en écrivant ces lignes la puissance qu’il a eue sur ma vie, et ces fleurs qui ont l'air de n'en faire qu'à leur tête, surgissant dans tous les sens, à toutes les hauteurs, me ressemblent beaucoup. Leur couleur, aussi. Jaune-orangé éclatant. Mes couleurs fétiches. Aujourd’hui je me dis que j’ai accouché d’un tableau !

 

Parler. Cette expérience prouve qu’il est primordial de parler avec les enfants dès leur plus jeune âge. Pour qu’ils ne s’inventent pas une double-vie, un univers qu’ils pensent être seuls à connaître, à comprendre, qui les rend différents des autres, et qui les laisse sur le bas-côté. J’ai vécu jusqu’à la fin de l’adolescence dans un monde dont je m’étais persuadée qu’il était mien, uniquement mien et qui faisait de moi quelqu’un d’autre. Surtout ne pas être comme les autres. Se dire que l’on a une perception du monde différente est intellectuellement beaucoup plus enrichissant. Mais à quel prix ?

Aujourd’hui encore, je me sens « autre ». Mais je le paye. Je ne savais pas qu’il y avait un prix à payer pour devenir adulte. Sinon, je serais restée enfant.


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