Samedi 27 mai 2006
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Saviez-vous que Picasso était aussi un poète ?
Figurez-vous qu’en 1935, suite à une crise amoureuse, Picasso arrête de peindre pendant plusieurs mois. Il développe alors un travail d’écriture qui donnera jour, d’ici 1959, à plus de 340 textes de poésie et trois pièces de théâtre : Le désir attrapé par la queue [1941, Gallimard 1945], Les quatre petites filles [1948, Gallimard 1967], L’enterrement du comte d’Orgaz [1957-1959, 1969 Ediciones de
la Cometa, Gallimard 1978].
L’ensemble de ces écrits, parmi lesquels de nombreux inédits, est réuni pour la première fois en 1989 sous le titre Picasso, ´Ecrits [RMN - Gallimard 1989] (*).
Voici un extrait de l'article lu sur http://www.qvividis.com :
"Les textes sont présentés dans un ordre chronologique, en français et en espagnol. Picasso utilisait les deux langues pour écrire comme nous pouvons le voir sur les reproductions originales qui accompagnent cette œuvre. Dans tous les cas, les textes sont proposés dans les deux langues.
Ecrits entre 1935 et 1941, Picasso utilisait l'écriture comme moyen d'expression dans un des moments les plus difficiles de sa vie. Sa façon de travailler sur un texte ne diffère de celle utilisée pour la peinture ou la sculpture. Picasso travaillait de nuit, dans n'importe lieu comme dans un train par exemple.
Ses écrits seront empreints de liberté. Picasso créait ses propres règles en marge de la grammaire, la logique et la ponctuation. Quelque soit l'art, la peinture, la sculpture ou la littérature abordé par Picasso doit passer par un processus de création primitif, reprenant le chemin parcouru depuis l'origine au résultat final afin de présenter de nouvelles propositions.
De manière formelle, la littérature de Picasso pourrait se confondre avec l'écriture automatique surréaliste mais les points communs se perdent dans les limites thématiques du surréalisme.
Les écrits de Picasso sont plus proches de l'évolution de sa peinture, que ce soient les sujets ou les mouvements, que des limites du surréalisme. Quelques textes sont plus influencés par le cubisme que par le surréalisme. Les textes qui relatent une scène, une corrida par exemple, de différents points de vue. Pour se faire, il utilise les verbes. D'un autre côté, Picasso retravaille ses textes, en y apportant ajouts, rayures et corrections. Les textes évoluent et se reproduisent comme des êtres organiques ; nous sommes les témoins, parfois, de rajouts de mots, de lignes, de dessins et de changement d'ordre, de genre, de nombre.
Les mots de Picasso défilent comme pris dans les fils d'une argumentation impossible, une idée faisant place à une autre, une image faisant place à une autre. Les combinaisons sont impossibles à cerner et Picasso ne fait rien pour donner un rythme qui nous permette de reprendre notre souffle, prendre de la distance et savoir où nous allons. Trop tard, nous sommes déjà au milieu de la corrida ou au centre d'une goutte d'eau ; nous sommes le taureau, la femme, la page et même le véritable Picasso qui nous parle à la première personne. Nous sommes tout à la fois.
Picasso écrit ses vérités comme des coups de poings, une fois introduit dans son monde, il dit ce qui est la vérité et ce qu'il ne l'est pas, ce qui existe et ce qui n'est qu'un monologue sans fin ni temps défini, le présent d'un verbe, maintenant, et dans sa forme négative, jamais jusqu'à un future certain.
Le fil de la narration se fait épais, corde et les deux mains sont nécessaires pour le soutenir, d'autres se font fins et invisibles et glissent entre les doigts. Litanie de la religion de tous les jours, énumérations difficiles, petites choses, quelques fois insignifiantes, soupirs et applaudissements, conscience de la vie artistique, force qui modifie les choses, le ciel bleu, affirmations et répétitions. »
Voici un écrit de Picasso : « miette
de pain posée si gentiment par ses doigts sur le bord du ciel autant bleu soupirant que le coquillage enchaîné joueur de flûte battant des ailes à chaque goutte fleurit au printemps à l'accroc que fait dans sa robe la fenêtre que se gonfle et remplit la pièce et l'emporte flottant au vent ses longs cheveux. »
(*) Si cet article vous intéresse, faites vous offrir le livre de Marie-Laure Bernadac et Christine Piot (Ed.) : Picasso, Écrits, préface de Michel Leiris ; textes en espagnol traduits par Albert Bensoussan,Paris, Réunion des Musées nationaux / Gallimard, 1989, 454p, ISBN 2-07-011151-2.
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