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Ecrits de Victor Hugo

Mercredi 4 janvier 2006 3 04 /01 /2006 00:00

Âme ! être, c'est aimer...
Victor Hugo

Il est.

C'est l'être extrême.
Dieu, c'est le jour sans borne et sans fin qui dit : j'aime.
Lui, l'incommensurable, il n'a point de compas ;
Il ne se venge pas, il ne pardonne pas ;
Son baiser éternel ignore la morsure ;
Et quand on dit : justice, on suppose mesure.
Il n'est point juste ; il est. Qui n'est que juste est peu.
La justice, c'est vous, humanité ; mais Dieu
Est la bonté. Dieu, branche où tout oiseau se pose !
Dieu, c'est la flamme aimante au fond de toute chose.
Oh ! tous sont appelés et tous seront élus.
Père, il songe au méchant pour l'aimer un peu plus.
Vivants, Dieu, pénétrant en vous, chasse le vice.
L'infini qui dans l'homme entre, devient justice,
La justice n'étant que le rapport secret
De ce que l'homme fait à ce que Dieu ferait.
Bonté, c'est la lueur qui dore tous les faîtes ;
Et, pour parler toujours, hommes, comme vous faites,
Vous qui ne pouvez voir que la forme et le lieu,
Justice est le profil de la face de Dieu.
Vous voyez un côté, vous ne voyez pas l'autre.
Le bon, c'est le martyr ; le juste n'est qu'apôtre ;
Et votre infirmité, c'est que votre raison
De l'horizon humain conclut l'autre horizon.
Limités, vous prenez Dieu pour l'autre hémisphère.
Mais lui, l'être absolu, qu'est-ce qu'il pourrait faire
D'un rapport ? L'innombrable est-il fait pour chiffrer ?
Non, tout dans sa bonté calme vient s'engouffrer.
On ne sait où l'on vole, on ne sait où l'on tombe,
On nomme cela mort, néant, ténèbres, tombe,
Et, sage, fou, riant, pleurant, tremblant, moqueur,
On s'abîme éperdu dans cet immense coeur !
Dans cet azur sans fond la clémence étoilée
Elle-même s'efface, étant d'ombre mêlée !
L'être pardonné garde un souvenir secret,
Et n'ose aller trop haut ; le pardon semblerait
Reproche à la prière, et Dieu veut qu'elle approche ;
N'étant jamais tristesse, il n'est jamais reproche,
Enfants. Et maintenant, croyez si vous voulez !

 

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- Publié dans : Ecrits de Victor Hugo
Mercredi 21 décembre 2005 3 21 /12 /2005 00:00

Victor HUGO (1802-1885) 
(Recueil : Les contemplations)


 

A celle qui est voilée 
Tu me parles du fond d'un rêve 
Comme une âme parle aux vivants. 
Comme l'écume de la grève, 
Ta robe flotte dans les vents.  
 

 

Je suis l'algue des flots sans nombre, 
Le captif du destin vainqueur ; 
Je suis celui que toute l'ombre 
Couvre sans éteindre son coeur. 

Mon esprit ressemble à cette île, 
Et mon sort à cet océan ; 
Et je suis l'habitant tranquille 
De la foudre et de l'ouragan. 

Je suis le proscrit qui se voile, 
Qui songe, et chante, loin du bruit, 
Avec la chouette et l'étoile, 
La sombre chanson de la nuit. 

Toi, n'es-tu pas, comme moi-même, 
Flambeau dans ce monde âpre et vil, 
Ame, c'est-à-dire problème, 
Et femme, c'est-à-dire exil ? 

Sors du nuage, ombre charmante. 
O fantôme, laisse-toi voir ! 
Sois un phare dans ma tourmente, 
Sois un regard dans mon ciel noir ! 

Cherche-moi parmi les mouettes ! 
Dresse un rayon sur mon récif, 
Et, dans mes profondeurs muettes, 
La blancheur de l'ange pensif ! 

Sois l'aile qui passe et se mêle 
Aux grandes vagues en courroux. 
Oh, viens ! tu dois être bien belle, 
Car ton chant lointain est bien doux ; 

Car la nuit engendre l'aurore ; 
C'est peut-être une loi des cieux 
Que mon noir destin fasse éclore 
Ton sourire mystérieux ! 

Dans ce ténébreux monde où j'erre, 
Nous devons nous apercevoir, 
Toi, toute faite de lumière, 
Moi, tout composé de devoir ! 

Tu me dis de loin que tu m'aimes, 
Et que, la nuit, à l'horizon, 
Tu viens voir sur les grèves blêmes 
Le spectre blanc de ma maison. 

Là, méditant sous le grand dôme, 
Près du flot sans trêve agité, 
Surprise de trouver l'atome 
Ressemblant à l'immensité, 

Tu compares, sans me connaître, 
L'onde à l'homme, l'ombre au banni, 
Ma lampe étoilant ma fenêtre 
A l'astre étoilant l'infini ! 

Parfois, comme au fond d'une tombe, 
Je te sens sur mon front fatal, 
Bouche de l'Inconnu d'où tombe 
Le pur baiser de l'Idéal. 

A ton souffle, vers Dieu poussées, 
Je sens en moi, douce frayeur, 
Frissonner toutes mes pensées, 
Feuilles de l'arbre intérieur. 

Mais tu ne veux pas qu'on te voie ; 
Tu viens et tu fuis tour à tour ; 
Tu ne veux pas te nommer joie, 
Ayant dit : Je m'appelle amour. 

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre, 
Si nul devoir ne le défend ; 
Viens voir mon âme dans son antre, 
L'esprit lion, le coeur enfant ; 

Viens voir le désert où j'habite 
Seul sous mon plafond effrayant ; 
Sois l'ange chez le cénobite, 
Sois la clarté chez le voyant. 

Change en perles dans mes décombres 
Toutes mes gouttes de sueur ! 
Viens poser sur mes oeuvres sombres 
Ton doigt d'où sort une lueur ! 

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J'entrevois les choses divines... -
Complète l'apparition !

Viens voir le songeur qui s'enflamme
A mesure qu'il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d'où l'esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s'éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d'être sur cette terre,
Je sens que jadis j'ai plané ;
J'étais l'archange solitaire,
Et mon malheur, c'est d'être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d'un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C'est de pendre aux deux éléments,
C'est d'avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c'est d'être un homme ;
C'est de songer que j'étais beau,
D'ignorer comment je me nomme,
D'être un ciel et d'être un tombeau !

C'est d'être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C'est de porter la hotte humaine
Où j'avais vos ailes, mon Dieu !

C'est de traîner de la matière ;
C'est d'être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m'écrie : Amour !

 

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- Publié dans : Ecrits de Victor Hugo
Samedi 10 décembre 2005 6 10 /12 /2005 00:00

A la fenêtre, pendant la nuit
Victor Hugo

Les étoiles, points d'or, percent les branches noires ;
Le flot huileux et lourd décompose ses moires
Sur l'océan blêmi ;
Les nuages ont l'air d'oiseaux prenant la fuite ;
Par moments le vent parle, et dit des mots sans suite,
Comme un homme endormi.

Tout s'en va. La nature est l'urne mal fermée.
La tempête est écume et la flamme est fumée.
Rien n'est, hors du moment,
L'homme n'a rien qu'il prenne, et qu'il tienne, et qu'il garde.
Il tombe heure par heure, et, ruine, il regarde
Le monde, écroulement.

L'astre est-il le point fixe en ce mouvant problème ?
Ce ciel que nous voyons fut-il toujours le même ?
Le sera-t-il toujours?
L'homme a-t-il sur son front des clartés éternelles ?
Et verra-t-il toujours les mêmes sentinelles
Monter aux mêmes tours ? [...]

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- Publié dans : Ecrits de Victor Hugo
Mercredi 30 novembre 2005 3 30 /11 /2005 00:00

Victor Hugo – l’année terrible
A ceux qu'on foule aux pieds  
(extrait)

 
Ou, l'actualité, vu par les anciens....  

"...Ce n'est pas le canon du noir vendémiaire, 
Ni les boulets de juin, ni les bombes de mai, 
Qui font la haine éteinte et l'ulcère fermé. 
Moi, pour aider le peuple à résoudre un problème, 
Je me penche vers lui. Commencement : je l'aime. 
Le reste vient après. Oui, je suis avec vous, 
J'ai l'obstination farouche d'être doux, 
Ô vaincus, et je dis : Non, pas de représailles ! 
Ô mon vieux coeur pensif, jamais tu ne tressailles 
Mieux que sur l'homme en pleurs, et toujours tu vibras 
Pour des mères ayant leurs enfants dans les bras. 
Quand je pense qu'on a tué des femmes grosses, 
Qu'on a vu le matin des mains sortir des fosses, 
Ô pitié ! quand je pense à ceux qui vont partir ! 
Ne disons pas : Je fus proscrit, je fus martyr. 
Ne parlons pas de nous devant ces deuils terribles ; 
De toutes les douleurs ils traversent les cribles ; 
Ils sont vannés au vent qui les emporte, et vont 
Dans on ne sait quelle ombre au fond du ciel profond. 
Où ? qui le sait ? leurs bras vers nous en vain se dressent. 
Oh ! ces pontons sur qui j'ai pleuré reparaissent, 
Avec leurs entreponts où l'on expire, ayant 
Sur soi l'énormité du navire fuyant ! 
On ne peut se lever debout ; le plancher tremble ; 
On mange avec les doigts au baquet tous ensemble, 
On boit l'un après l'autre au bidon, on a chaud, 
On a froid, l'ouragan tourmente le cachot ; 
L'eau gronde, et l'on ne voit, parmi ces bruits funèbres, 
Qu'un canon allongeant son cou dans les ténèbres. 
Je retombe en ce deuil qui jadis m'étouffait. 
Personne n'est méchant, et que de mal on fait !" [...]  

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- Publié dans : Ecrits de Victor Hugo
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