Très jeune, Baudelaire s'intéressa à l'art, et plus particulièrement à la peinture, encouragé par son père lui-même artiste peintre amateur. Baudelaire visite les ateliers d'amis de son père, et très tôt il arpente les musées. Bientôt il se ruine en acquérant de nombreuses toiles de maîtres. C'est à travers les critiques d'art qu'il réunit ses passions pour l'écriture et la peinture. Ainsi, voici comment il voit « le portrait » dans « le Salon de 1846 ».
« Il y a deux manières de comprendre le portrait, – l’histoire et le roman.
L’une est de rendre fidèlement, sévèrement, minutieusement, le contour et le modelé du modèle, ce qui n’exclut pas l’idéalisation, qui consistera pour les naturalistes éclairés à choisir l’attitude la plus caractéristique, celle qui exprime le mieux les habitudes de l’esprit; en outre, de savoir donner à chaque détail important une exagération raisonnable, de mettre en lumière tout ce qui est naturellement saillant, accentué et principal, et de négliger ou de fondre dans l’ensemble tout ce qui est insignifiant, ou qui est l’effet d’une dégradation accidentelle. Les chefs de l’école historique sont David et Ingres; les meilleurs exemples sont les portraits de David qu’on a pu voir à l’Exposition Bonne-Nouvelle, et ceux de M. Ingres, comme MM. Bertin et Cherubini.
« La seconde méthode, celle particulière aux coloristes, est de faire du portrait un tableau, un poème avec ses accessoires, plein d’espace et de rêverie. Ici l’art est plus difficile, parce qu’il est plus ambitieux. Il faut savoir baigner une tête dans les molles vapeurs d’une chaude atmosphère, ou la faire sortir des profondeurs d’un crépuscule. Ici, l’imagination a une plus grande part, et cependant, comme il arrive souvent que le roman est plus vrai que l’histoire, il arrive aussi qu’un modèle est plus clairement exprimé par le pinceau abondant et facile d’un coloriste que par le crayon d’un dessinateur. Les chefs de l’école romantique sont Rembrandt, Reynolds, Lawrence. Les exemples connus sont








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