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Courts récits (atelier d'écriture)

Dimanche 24 février 2008 7 24 /02 /2008 08:00
Texte écrit selon la contrainte de l'Atelier d'Ecriture Créative ci-dessous :

"Dans l’Antiquité, le sept était porteur de mystère et considéré comme un chiffre sacré (les sept péchés capitaux, les sept jours de la création, les sept sacrements...).
Il s’agit donc depuis longtemps d’un nombre magique, énigmatique aussi,  qui est omniprésent autour de nous (les sept jours de la semaine, les sept merveilles du monde, le nombre des couleurs de l’arc en ciel, etc.).
Ce chiffre, dans la littérature, a souvent été associé à des contes (Blanche Neige et les sept nains, l’âge du petit poucet, le nombre de sa fratrie et le nombre des filles de l’ogre, etc.).
Ainsi, que ce soit au cinéma (Sept ans au Tibet, les Sept Samouraïs....), dans les sciences (le nombre d’unités du système international...), l’histoire (la guerre de sept ans),  la géographie (les sept continents...), la peinture (le groupe des sept), dans la littérature ancienne et moderne également, ce chiffre s’impose tout naturellement dans notre vie. Voyez plutôt .
Partant de cette constatation, nous vous demandons de rédiger un texte où la riche symbolique du chiffre sept, ou bien le chiffre sept lui-même, sera le fil conducteur de votre récit. Il pourra s’agir d’un conte, d’une œuvre fantastique, d’un poème, d’un récit... tous les styles sont admis.
Si vous optez pour la poésie, pourquoi pas ne pas en profiter pour vous essayer au septain ?! Si au contraire, vous préférez la prose, pourquoi ne pas vous imposer sept paragraphes ?"




Pour un morceau de verre

Dans un pays reculé, le long d’un petit cours d’eau se dandinant entre deux vallées, se dressait un petit village qui avait été jadis frappé d’une grande malédiction.

En effet, le seul et unique miroir du village, devant lequel les femmes vérifiaient que leur beauté était toujours intacte malgré les années,  avait été brisé par Margaux, une pauvre mais si jolie étrangère qui avait pris possession d’un petit manoir dans les terres intérieures, un jour de l’An 777. Personne n’a jamais su comment elle était arrivée, mais sa présence était un mystère pour certains, ou annonciatrice de malheur pour les autres. Et chacun faisait en sorte de l’éviter lors de ses rares présences dans le village.

Un jour, la curiosité l’amena à s’aventurer devant le miroir qui lui était interdit d’accès... Et les autres femmes, jalouses de sa beauté sauvage, l’empêchèrent violemment de s’y mirer. Dans la panique, le miroir fut brisé, et l’âme de la déesse vengeresse s’en évada...

-         Sept ans de malheur, voilà ce qu’il va nous arriver maintenant, disaient certains.

-         Il ne nous reste plus qu’à jeter tous les morceaux dans l’eau courante qui emportera le malheur avec elle, avait décrété le Chef du Village.

C’est ainsi que tout un village assista avec émotion au jet des morceaux de verre dans la rivière.

-         Maintenant, c’est fini, rentrez tous chez vous, avait annoncé le Chef. Et toi, Margaux, au cachot pendant sept ans !

Pourtant, quelques semaines plus tard, un premier phénomène inexpliqué vint troubler à nouveau le village : une lueur sombre dans le ciel inonda subitement le village de cendres. Tout le monde prit peur. Les maisons étaient toutes recouvertes d’une épaisse couche noire, comme un manteau de deuil. Mais le Chef ne se laissant pas impressionner, hâta ses fidèles à nettoyer tout ça et le village reprit une apparence normale. Puis un deuxième phénomène inexpliqué ne se fit pas attendre : Sept petits démons descendirent de nulle part avec une faux chacun et coupèrent tous les blés qui se transformèrent en poussière orangée. Le Chef du village incita la population à semer à nouveau et à se servir des réserves de l’année précédente.

Puis un troisième, et enfin un quatrième phénomène inquiétant poussa les habitants à la révolte !

-         C’en est trop ! Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? clamaient les uns.

-         Faut libérer Margaux, c’est elle qui nous envoie le malheur ! clamaient les autres.

-         Non, il doit y avoir quelque chose qui nous a échappé... répondit le Chef se grattant la tête d’un air pensif.

Non loin de toute cette agitation, une petite fille sale et poussiéreuse, agenouillée à terre, regardait avec malice la scène qui se déroulait devant ses beaux yeux noirs, tandis qu’elle grattait le sol avec un petit objet...

-         bien fait, répétait-elle sans cesse, bien fait !

Puis survint un cinquième phénomène, plus terrible que les quatre autres : une bête à sept têtes et dix cornes à chaque tête fit le ménage dans la petite communauté, blessant et tuant de nombreuses personnes...

-         Il faut arrêter ce massacre ! Hurlaient les survivants.

-         Non, il ne reste plus que deux phénomènes à survenir, et tout sera terminé, réparé, dit le Chef. C’est notre croix, nous devons la porter.

-         Ces phénomènes sont de plus en plus terribles, Chef, reprit le plus courageux des hommes, ils vont tous nous disséminer !

Mais voilà que la petite fille aux yeux noirs, emplis de malice, fit son apparition et jeta le trouble :

-         Vous êtes sûr, Chef ?.... dit-elle de sa petite voix.

-         Que tiens-tu dans la main, salle gamine ?

-         Un éclat de verre, Chef...

-         Grand dieu, c’est ça, c’est l’éclat de verre que l’on a oublié de jeter à la rivière ! Donne le moi, petite, reprit-il d’un ton plus doux.

-         D’accord, Chef, mais à une condition, répondit la petite fille, des éclairs dans les yeux.

-         Laquelle ?

-         Tu libères maman, et j’arrête ce carnage tout de suite !

 


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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /2008 07:02
Voici un texte que j'ai écrit en 2006, à l'occasion d'un atelier d'écriture et dont le thème était : "Quand une obsession domine la vie. Histoire ou portrait : La groupie, le collectionneur … "




Milagros était une petite femme discrète, au regard sombre, rigide mais bienveillant, qui passait le plus clair de son temps à épousseter, laver, cirer et récurer tous les coins et recoins de la grande battisse bourgeoise des De la Cueva, qui avait été construite à l’époque de la grandeur politique et économique de l’Espagne, dans la 2ème moitié du 16ème siècle.

Du fait de sa proximité d’avec le monastère royal de l’Escurial, elle était régulièrement témoin des passages dans la région d’un grand nombre d'hommes d'État, d'aristocrates et de membres du clergé venant de toute l'Europe pour commander des portraits à un certain Diego Velazquez, peintre de la cour de Philippe IV.

Milagros avait déjà 39 ans bien tassés, et n’avait jamais vraiment connu l’amour ni la maternité. Cela lui avait permis de conserver un corps finement sculpté et un visage lisse totalement exempt de rides. Par ailleurs, les allées et venues dans la grande demeure, ne lui laissaient guère le temps de prendre des kilos superflus, d’autant que la nourriture à laquelle elle avait droit n’était point à envier..

Cette immense demeure qui se languissait à l’abri d’un parc majestueux garni de cèdres du Liban, abritait une vieille connaissance de la famille, un certain Pablo Ramatero, lequel avait été expulsé de la pension où il vivait quelques mois auparavant pour tapage nocturne.  On l’avait logé, lui et tout son attirail,  dans une des dépendances de la maison. Pablo n’avait rien d’un aristocrate, bien au contraire ! Il était de ceux qui voyaient la vie en couleur et en poésie : la peinture était sa seule nourriture d’esprit.

Mme De La Cueva avait vu d’un bien mauvais œil l’arrivée de cet élément perturbateur chez eux. Mais Monsieur lui avait fait comprendre qu’il n’avait pas le choix, s’agissant d’un homme qui jadis avait sauvé la vie de son propre père alors qu’il participait à une chasse à courre dans le comté. Il lui disait toujours « Allons, ma mie, dites-vous que nous faisons une bonne action et que vous en serez plus tard récompensée lors de votre ascension vers Dieu… et puis si cet homme vient à être célèbre, n’éprouverez-vous pas une certaine fierté de l’avoir abrité ?». Derrière ces paroles généreuses, Monsieur De La Cueva ne parvenait toutefois pas à dissimuler son ambition de pouvoir un jour accéder à la Cour de Philippe IV par l’intermédiaire de Pablo.

Lorsque Pablo sortait, Milagros, elle, trouvait toujours un prétexte pour aller faire un brin de ménage dans l’atelier du peintre. Femme du peuple, totalement inculte et illettrée, elle ressentait pourtant d’étranges vibrations dans son corps en voyant les œuvres du peintre ça et là, posées à même le sol ou bien encore enchevêtrées les unes aux autres. Elle pouvait rester des heures entières à imaginer le regard de Pablo posé par-dessus son chevalet, décryptant chacune de ses veines, chacun de ses muscles à coup de pinceaux. Les paupières closes, le regard tourné vers un ailleurs lointain, elle s’imaginait être sa muse, dégrafant lentement son chemisier, le laissant glisser sensuellement le long de son corps. Parfois même, elle croyait sentir le pinceau effleurer des paysages en elle encore vierges, lui caressant voluptueusement ses courbes gracieuses et la laissant presque agoniser de plaisir…

Ses passages à l’atelier devenaient au fil des jours de plus en plus fréquents et incontrôlés. Cette atmosphère de gouache, de couleurs et de désordre l’appelait sans cesse, pire, elle se sentait totalement happée par elles. Et puis vint le jour où elle dû se résoudre à l’évidence qu’elle ne pouvait plus se passer de Pablo et de l’atmosphère étrange qui régnait dans son atelier. Elle était devenue totalement et passionnément envoûtée par ce lieu fascinant. Ce décor anarchique lui ouvrait les portes d’un monde neuf, énigmatique et jusque là inaccessible, lui procurant un plaisir abyssal, démesuré, comme venu d’outre-tombe qui n’appartenait qu’à elle. Jusque dans sa couche de bonne, elle sentait son corps se dissoudre sur une palette de couleurs multicolores…

 

Pablo, lui, de son côté, continuait à mener une vie de bohème, et rentrait souvent au beau milieu de la nuit totalement ivre et désœuvré.  De ses débauches nocturnes, il ramena deux ou trois des femmes de mauvaise vie chez les De La Cueva. Milagros en était folle de rage. Qu’avait-il besoin de ramener ces créatures alors qu’il avait devant lui une femme totalement soumise, séduisante de surcroît, qui ne demandait qu’à s’épanouir sous ces coups de pinceaux..

Mme De La Cueva, devant ces scènes répétées, et malgré une légère appréhension de finir en enfer et de rater une chance de devenir indirectement célèbre, finit par convaincre son charitable de mari de mettre Pablo dehors.

Ni l’un ni l’autre ne comprirent vraiment pourquoi les jours qui suivirent cette expulsion, Milagros entra dans une dépression dont elle ne sortit jamais. Elle mourut à l’asile, oubliée de tous.

 C’est ainsi que depuis des générations, l’on raconte dans le comté l’histoire de cette servante morte d’avoir trop espéré que ce peintre lui fasse l’amour au lavis, au pastel ou bien encore à l’huile. Certains racontent même, que par les nuits de pleine lune, son fantôme hante parfois l’ancien atelier du peintre…



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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Dimanche 10 février 2008 7 10 /02 /2008 07:45
Texte proposé pour un exercice de la Commauté Ecriture Ludique où il fallait caser les mots :

Assassin - Crime - Viol - Défoncer - Lacérer - Immoler - Dévastation - Poignard - Napalm - Hémoglobine - Tripes - Eventration - Egorger - Piétiner - Scalp - Génocide - Massacre - Baisers - Caresse - Tendresse - Câliner - Etreinte - Enlacer - Jouir – Symbiose



Plaidoyer pour un monde meilleur.


Le monde et toi pouvez être en parfaite symbiose. Mais cela ne dépend que de toi. Apprends à t’aimer et tu aimeras les autres. Apprends à vivre et tu donneras la vie. Apprends à offrir et tu recevras. Apprends à jouir de la vie dans le respect de l’autre, sans jalousie et sans course au pouvoir. C’est aussi simple que ça. Cela s’appelle des actes d’amour.

Mais si tu apprends à égorger, tu piétineras les cadavres jonchés le long de ton chemin et boiras leur hémoglobine  jusqu’à ce que tes propres tripes s’immolent de remords. Si tu lacères celui qui fait un pas vers toi, le mal s’enlacera dans tes entrailles et se répandra jusqu’au dernier neurone de ton cerveau.

Cet enfant n’a besoin que de caresses.

Que crois-tu ?

Que les viols, les génocides, et les poignards sont la solution pour rendre ce monde meilleur ? Le nettoyage intégral du monde à coup de napalm ou autre bombe dévastatrice ne le sauvera pas de lui-même...

Mais tu n’as rien compris. Tu te trompes de cible. Le sauvetage du monde ne passera que par ton propre sauvetage. Apprends déjà à ne plus être un assassin, à préférer aider plutôt qu’à regarder ton nombril, et remplace les éventrations par des étreintes. Un regard parfois suffit à changer le monde, mais de tes yeux ne sortent que souillure et déchéance à force de vouloir noircir le monde.

N’oublie pas, chaque scalp que tu ramèneras ne sera que le trophée de la honte. Tu sais, la mémoire de l’homme demeure malgré les siècles et les temps, et les écrits sont sa force. Si l’homme ne survit pas à toutes ces exactions, la mémoire, elle, oui. Et du crime, même enfoui dans les plus profondes fosses communes, resurgira le mal, plus terrible encore, plus destructeur, plus vicieux. La dévastation du monde n’est pas une solution ni une fatalité. Arrête de te défoncer à coup de billets verts et d’infecter la vie de particules néfastes.

Nos enfants ont besoin de baisers, pas d’ecchymoses. Couvre-les de tendresse,  câline-les, car seul l’amour sera un frein à ce massacre annoncé.   

 



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Communauté : Ecriture Ludique - Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /2008 07:20
Pour un exercice d'Ecriture Créative, sur le thème de LA PREMIERE FOIS, j'ai essayé de rendre un extrait d'une conversation que j'ai eue avec ma grand-mère, quelques années avant qu'elle ne s'en aille tout là-haut....



La première fois que je l’ai quitté, très bizarrement, ça m’a fait beaucoup de bien. Je me suis sentie soudain plus légère, lestée de tout tracas. Comme si j’avais fait un bond vers un ailleurs jusqu’alors inconnu. J’ai eu l’impression même, de me retrouver, d’être apaisée par le monde extérieur, d’être moi-même.

Le pire, c’est que c’est arrivé banalement, sans raison apparente. Ca m’a prit comme ça, sans prévenir. Je n’ai rien décidé du tout. Je l’ai quitté. Point.

Te dire que je n’ai pas eu peur, serait un mensonge.

Et j’en ai encore honte, aujourd’hui.

D’ailleurs, c’est la première fois que j’en parle. A mon époque, ce genre de choses ne se divulguait pas... maintenant on pourra dire que je suis victime de la folie, après tout, c’est de mon âge... à 98 ans, tout est désormais possible.

Je l’ai donc quitté, je te dis.
Je me souviens très bien de ce jour particulier, parce qu’il pleuvait et que la chaussée était glissante... si glissante d’ailleurs, que je suis tombée. Quelques contusions, rien de grave. Etait-ce annonciateur de ce jour exceptionnel ? Encore aujourd’hui je me pose beaucoup de questions... mais à mon âge, c’est normal. Tout est désormais normal.

J’étais rentrée à la maison, un peu molle. Très fatiguée. Charles, ton grand-père, mon cher et tendre, après m’avoir nettoyé délicatement et amoureusement les plaies sur le visage, m’a donc invitée à aller faire une petite sieste pour me remettre de mes émotions. Il était adorable, Charles. Le meilleur mari avec qui l’on puisse un jour espérer faire un bout de chemin. Attentionné, aimant, fidèle, très joueur avec ses petits-enfants. Que Dieu ait son âme.

Alors que mes yeux devenaient lourds, et que mes rêves allaient me rattraper, je l’ai quitté. Par quelle magie, je ne sais. Mais je me suis envolée. Tout était coton autour de moi. L’apaisement total. La sérénité. Lorsque je me suis retrouvée au plafond, après ce sentiment de plénitude qui m’accompagnait le long de la « montée », j’ai cru perdre pied. Mais je ne suis pas tombée, je volais ! Au-dessus de mon propre corps. Je pouvais très bien distinguer cette vieille masse toute ridée, allongée sur le lit, qui semblait dormir profondément. Je regardais la pièce tout autour. J’avais peur que ton grand-père ne rentre. Mais m’aurait-il vue ? J’étais totalement consciente du monde réel autour de moi et pourtant j’avais l’impression d’être dans une autre dimension. Une espèce de cordon me reliait tout de même à mon corps, celui qui se brisera certainement lorsque je partirai définitivement... Là, ce deuxième corps dans lequel soudain je me retrouvais semblait totalement agile et me permettait de me déplacer d’un bout à l’autre de la pièce à une vitesse incroyable. J’étais bien. Heureuse. Mais ne me demande pas comment j’ai repris possession de mon vieux corps inerte sur le lit, je n’en sais rien !

Et bien des années plus tard, je n’ai jamais parlé de cette expérience à ton grand-père. Quitter son corps n’est pas chose courante... avoue ! Il ya des tas de gens qui essaient des techniques plus ou moins folles pour y arriver... et bien moi, je n’en ai pas eu besoin, et ne me demande pas pourquoi. Loin de moi l’idée d’avoir voulu jouer au Chaman pour accompagner les défunts vers la terre de leurs ancêtres ! Je n’ai pas été élevée comme ça ! Le non-dit, les peurs assénées, les principes catholiques, voilà comment j’ai été élevée...

Alors, à mon âge, un peu de fantaisie... ça fait tout de même du bien !

 






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