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En vers et à contre-pied

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Samedi 12 juillet 2008
Consigne d'Ecriture Créative : Ecrire un texte dont le thème est "quand j'étais petit(e), je croyais que...


Quand j’étais petite, je cherchais des signes. Des signes de l’existence. Des signes de vie. Des phénomènes perceptibles comme autant d’indices sur mon avenir. Des manifestations observables que je considérais comme de bons ou de mauvais augures. Ainsi, si l’orage grondait, c’était un rappel à l’ordre, si je n’avais pas été sage. Si la pluie tombait, c’est que le monde était sale, et qu’il fallait le laver de fond en comble. Si le soleil pointait son nez, c’est que la journée s’annonçait belle. La nature était mon univers. Je l’écoutais, je la regardais, toujours avec attention. Je la scrutais, exigeant d’elle la moindre réponse à mes interrogations.  Elle dictait la vie, Ma Vie. Tout devait avoir une signification. Tout devait avoir un sens. J’étais en communion avec Mère Nature. Sinon, pourquoi serions-nous sur terre, si nous n’avions pas une mission bien précise à remplir ? En cela, et avec du recul, je me sens proche de la civilisation indienne, qui lisait dans la sève des arbres les souvenirs des anciens ou bien encore dans le murmure des eaux, les gémissements de leurs ancêtres. Rien ne m’échappait. Et c’est comme cela que mon imagination s’est développée au fil des années. De la même façon que si une guêpe me piquait, c’est que j’avais forcément fait quelque chose de mal ou bien encore si un nuage épais et ténébreux s’avançait vers moi, c’est qu’il allait se passer un évènement triste. Tout ce que la nature offrait de mauvais, était une punition. Tout ce qu’elle offrait de bon avait une portée bienveillante.  Je l’associais à un Dieu. C’était lui qui dictait tout ça.

En grandissant, j’étudiais toujours le moindre présage, en me détachant peu à peu de la nature... Mais le mal était fait, et toute image (poster, tableau, inscription, ou je ne sais qu’elle autre empreinte du temps, comme un carreau fendillé sur le sol ou bien encore un mur lézardé) était un signe. Mais leur interprétation était déjà beaucoup plus abstraite et s’avérait plus compliquée.

Je me souviens en particulier de ce tableau qui trônait dans le salon de la maison en maître. Van Gogh. Les Tournesols. J’y voyais non seulement, comme j’ai pu le lire par la suite en me documentant sur ce tableau, des têtes échevelées et barbues, un œil, une bouche, des cœurs, mais ce qui me frappait surtout, c’était  l’inscription sur le vase : Vincent. Pour moi, il était évident que c’était un signe. Ce prénom, inscrit là, n’était autre qu’un indice dans la construction de mon avenir. Mon mari s’appellerait Vincent, il n’y avait aucun doute puisque c’était inscrit. D’ailleurs, j’avais un jour demandé à toute la famille, mon frère compris, qu’ils m’expliquent ce qu’ils voyaient à travers ce tableau. Des tournesols. Forcément. Quelle question débile ! Oui, mais l’inscription, vous l’aviez vue sur le vase ? Non, personne. J’étais donc seule à l’avoir vue, cela me confortait alors dans mon interprétation. Ce message était pour moi. Ce bouquet de tournesols fanés était l’image de la vie elle-même, de ce qui allait être plus tard ma propre vie. Est-ce pour cela, l’adolescence venue,  que je n’ai jamais pu rester longtemps avec mes fiancés ? Aucun n’avait ce prénom. Mais intérieurement, j’avais passé mon adolescence à chercher ce Vincent, le seul homme qui pourrait me rendre heureuse. C’était écrit. C’était certain. En plus il y avait douze tournesols... Le douzième fiancé serait le bon et s’appellerait Vincent.

En me penchant plus en détail sur l’œuvre, j’appris que  ces tournesols étaient destinés à orner la chambre de Gauguin dans la maison que Van Gogh avait louée pour eux. Première fausse route. En fait, mon fiancé s’appellerait peut-être Paul.  Alors, j’ai fini par oublier l’inscription et me suis rapprochée du tableau en lui-même : ce motif, cette fleur solaire, qui fane rapidement, unique en son genre, ce n'était pas innocent. Symbole du temps qui passe et qui se fane trop vite. Symbole d’amours qui ne durent qu’un temps. En boutons, épanouies, fanées, en graines... je me représentais ces fleurs de tournesol comme une image de la vie qui passe, et c'est sans doute ce qui m’a profondément touchée dans ce tableau, et qui m’a mise mal à l'aise la première fois que je l’ai vu au mur, du haut de mes dix ans.

J’ai commencé à moins faire attention aux signes le jour où nous avons déménagé.  Maman en avait profité pour changer la décoration du salon, et les tournesols avaient été remplacés par une vulgaire marine. Du jaune ocré nous passions au bleu outre-mer. De l’étroitesse du vase des tournesols, nous étions passés à l’immensité de l’océan. Une ouverture, enfin, sur un autre horizon plus vaste.

 

Aujourd’hui, ces signes, lorsqu’ils s’imposent à moi, je les fuis. Ils sont encore de temps en temps présents et viennent troubler mon âme et mon existence, mais en grandissant j’ai appris à les contrôler. Ou à m’en moquer. Mais le chemin a été difficile. Je me suis imprégnée longtemps de ce tableau, inconsciemment sans doute puisque je m’aperçois en écrivant ces lignes la puissance qu’il a eue sur ma vie, et ces fleurs qui ont l'air de n'en faire qu'à leur tête, surgissant dans tous les sens, à toutes les hauteurs, me ressemblent beaucoup. Leur couleur, aussi. Jaune-orangé éclatant. Mes couleurs fétiches. Aujourd’hui je me dis que j’ai accouché d’un tableau !

 

Parler. Cette expérience prouve qu’il est primordial de parler avec les enfants dès leur plus jeune âge. Pour qu’ils ne s’inventent pas une double-vie, un univers qu’ils pensent être seuls à connaître, à comprendre, qui les rend différents des autres, et qui les laisse sur le bas-côté. J’ai vécu jusqu’à la fin de l’adolescence dans un monde dont je m’étais persuadée qu’il était mien, uniquement mien et qui faisait de moi quelqu’un d’autre. Surtout ne pas être comme les autres. Se dire que l’on a une perception du monde différente est intellectuellement beaucoup plus enrichissant. Mais à quel prix ?

Aujourd’hui encore, je me sens « autre ». Mais je le paye. Je ne savais pas qu’il y avait un prix à payer pour devenir adulte. Sinon, je serais restée enfant.


Jeudi 10 juillet 2008
Théodore Aubanel (né le 26 mars 1829 à Avignon, mort le 2 novembre 1886 à Avignon) est un imprimeur et poète d'expression provençale. Son nom en provençal est Teoudor Aubanèu.

Né dans une famille d'imprimeurs (imprimeurs « de Sa Sainteté le Pape et de l'Archevêque d'Avignon » au XVIIIe siècle quand Avignon était encore une partie des États de l'Église), Théodore Aubanel fait ses études chez les pères à Aix-en-Provence avant de revenir travailler dans l'imprimerie familiale. Très catholique, comme toute sa famille, il suit les réunions de la Société de la Foi où il rencontre Joseph Roumanille. Celui-ci lui fait rencontrer ses amis Frédéric Mistral et Anselme Mathieu. Tous se retrouvent au château de Font-Ségugne pour créer vers et chansons. C'est là qu'Aubanel rencontre en 1850 Jenny Manivet, dite Zani. Amoureux tous les deux, les jeunes gens n'arrivent pas à s'avouer leur flamme et en 1854, la jeune fille entre au couvent des Filles de la Charité. C'est l'année où les amis de Font-Ségugne fondent le Félibrige dont Aubanel sera le poète le plus profond et désespéré. En 1860, il publie La mióugrano entre duberto (La miugrano entreduberta, La grenade entr'ouverte) qui reçoit un accueil enthousiaste du monde littéraire et où il chante son amour pour Zani. Mais l'ouvrage est mis à l'index par les catholiques avignonais dont il se sent si proche et met en danger l'imprimerie familiale très liée à l'archevêché d'Avignon. Marié en 1861, il retrouve un certain bonheur de vivre mais ne publie plus toutes ses œuvres. Des malentendus avec Roumanille en 1878, au moment où le Félibrige est accusé de séparatisme par certains journaux, l'éloignent du mouvement à partir de 1880. C'est la sortie confidentielle en 1885 d'un autre recueil, ouvertement sensuel, Li fiho d'Avignoun (Li filhas d'Avinhon, Les filles d'Avignon) qui précipite sa fin : il est violemment attaqué par le milieu dévôt, blâmé par l'archevêque et meurt d'une crise d'apoplexie en octobre 1886. Il est enterré au cimetière Saint Véran d'Avignon.

 

Extrait  de « La Venus d'Avignoun », premier poème du recueil Li Fiho d'Avignoun.

Sis iue d'enfant, founs e verdau,

Si grands iue pur vous dison: Dau !

Un pau risènto, un pau mouqueto;

Tèndri, se duerbon si bouqueto;

Si dènt, pu blanco que lou la,

Brihon.... Chut ! qu'arribo : vès-la !

Tout-just s'a quinge an, la chatouno.

 

Passes plus, que me fas mouri,

O laisso-me te devouri

De poutouno !

 

Arrage, soun péu negrinèu

S'estroupo à trenello, en anèu;

Un velout cremesin l'estaco;

Fouita dóu vènt, de rouge taco

Sa caro bruno e soun còu nus :

Dirias qu'es lou sang de Venus,

Aquéu riban de la chatouno.

 

Passes plus, que me fas mouri,

O laisso-me te devouri

De poutouno !

 

Oh ! quau me levara la set

De la chato ? ... A ges de courset :

Sa raubo, fièro e sèns ple, molo

Soun jouine sen que noun tremolo

Quand marcho, mai s'arredounis

Tant ferme, que subran fernis

Voste cor davans la chatouno.

 

Passes plus, que me fas mouri,

O laisso-me te devouri

De poutouno !

 

TRADUCTION :

Ses yeux d'enfant, profonds et verts, ses grands yeux purs vous disent: Va ! Un peu souriantes, un peu boudeuses, tendres, ses lèvres s'entr'ouvrent; ses dents, plus blanches que le lait, brillent.... Chut ! elle arrive : Voyez-la ! Elle a quinze ans à peine, la jeune fille.

Ne passe plus, car tu me fais mourir, ou laisse-moi te dévorer de baisers !

Vagabonde, sa chevelure noire se retrousse en torsades, en boucles; un velours cramoisi l'attache; fouetté par le vent, il tache de rouge son visage brun et son cou nu; on dirait le sang de Vénus, ce ruban de la jeune fille.

Ne passe plus, car tu me fais mourir, ou laisse-moi te dévorer de baisers !

Oh ! qui m'ôtera la soif de la jeune fille ? ... Elle n'a point de corset : sa robe, fière et sans plis, moule son jeune sein qui ne tremble pas quand elle marche, mais s'arrondit si ferme, que soudain frémit votre cœur devant la jeune fille.

Ne passe plus, car tu me fais mourir, ou laisse-moi te dévorer de baisers !

 

Source : Wikipedia

Mardi 8 juillet 2008

Mallarmé peint par Manet 1876

Mallarmé, peint par Manet en 1876

 

A voir le site : http://www.direz.org/site/Main/HomePage, ponctué de toiles intéressantes et de dossiers sur ses contemporains, ses inspirateurs et ses disciples.


Il perd sa mère en 1847 et est confié à ses grands-parents. Mis en pension dès 1852, il se montra un élève médiocre, et fut renvoyé en 1855. Pensionnaire au lycée de Sens, il fut marqué par le décès de sa sœur Maria en 1857. À cette même époque, il composa ses premiers poèmes d'adolescence, recueillis dans Entre deux murs, textes encore fortement inspirés par Victor Hugo, Théodore de Banville ou encore Théophile Gautier. La découverte des Fleurs du mal de Charles Baudelaire en 1860 fut marquante et influença ses premières œuvres. Cette même année, Mallarmé entre dans la vie active en devenant surnuméraire à Sens, « premier pas dans l'abrutissement » selon lui. En 1862, quelques poèmes paraissent dans différentes revues. Il fait la connaissance d'une jeune gouvernante allemande à Sens, Maria Gerhard, née en 1835, et quitte son emploi pour s'installer à Londres avec elle, ayant l'intention de devenir professeur d'anglais.

Réformé du service militaire en 1863, Stéphane Mallarmé se marie à Londres avec Maria le 10 août et obtient en septembre son certificat d'aptitude à enseigner l'anglais. En septembre, il est nommé chargé de cours au lycée impérial de Tournon (Ardèche), où il se considère comme exilé. Il ne cesse durant cette période de composer ses poèmes, comme Les fleurs, Angoisse, «Las d'un amer repos...». Durant l'été 1864, Mallarmé fit la connaissance à Avignon des félibres, poètes de langue provençale : Théodore Aubanel, Joseph Roumanille et Frédéric Mistral, avec qui il entretint une correspondance. Sa fille Geneviève naît à Tournon le 19 novembre 1864.

L'année suivante, il compose L'Après-midi d'un faune, qu'il espère voir représenter au Théâtre-Français, mais qui fut refusée. Il se lie avec le milieu littéraire parisien, notamment avec Leconte de Lisle et José-Maria de Heredia.

L'année 1866 marqua un tournant pour Mallarmé, lors d'un séjour à Cannes chez son ami Eugène Lefébure où il fut l'objet d'une période de doute absolu qui dura jusqu'en 1869. Nommé professeur à Besançon, il débuta en novembre une correspondance avec Paul Verlaine. En 1867, nommé à Avignon, il commença la publication de ses poèmes en prose, il alla plusieurs fois chez Frédéric Mistral à Maillane. Il débuta en 1869 l'écriture de Igitur, conte poétique et philosophique, laissé inachevé, qui marque la fin de sa période d'impuissance poétique débutée en 1866. En 1870, il se met en congé de l'éducation pour raisons de santé et se réjouit de l'instauration de la République en septembre. Son fils Anatole naît le 16 juillet 1871 à Sens et, nommé à Paris au Lycée Condorcet, il s'installe rue de Moscou.

Mallarmé fait brièvement la connaissance d'un jeune poète en 1872, Arthur Rimbaud, puis, en 1873 du peintre Édouard Manet, qu'il soutint lors du refus des œuvres de celui-ci lors du Salon de 1874 et qui lui fait rencontrer Zola. Mallarmé publie la revue La dernière mode qui aura huit numéros et dont il fut le correcteur. Nouveau refus en juillet 1875 pour la publication de sa nouvelle version de L'après-midi d'un faune, qui parut tout de même l'année suivante, illustrée par Manet. Il préface la réédition du Vathek de William Beckford. Dès 1877, les réunions du mardi sont organisées chez Mallarmé. Il fait la rencontre de Victor Hugo en 1878 et publie en 1879 un ouvrage sur la mythologie Les dieux antiques. Cette année est marquée par la mort de son fils Anatole, le 8 octobre 1879.

Depuis 1874 Mallarmé de santé fragile, effectuait de fréquents séjours à Valvins près de Fontainebleau: il louait pour lui et ses proches, le premier étage d'une ancienne auberge au bord de la Seine. Il finira par l'acquérir et l'embellira de ses mains pour en faire son "home". Là, entre deux parties de pêche avec Nadar ou d'autres illustres hôtes; devant la forêt miroitant dans la Seine, les journées s'écouleront, et le poète alors de dire:«  J'honore la rivière qui laisse s'engouffrer dans son eau des journées entières sans qu'on ait l'impression de les avoir perdues. »

En 1884, Paul Verlaine fait paraître le troisième article des Poètes maudits consacré à Mallarmé ; cette même année, Joris-Karl Huysmans publie À rebours, dont le personnage principal, des Esseintes, voue une vive admiration aux poèmes de Mallarmé. Ces deux ouvrages contribuèrent à la notoriété du poète. Stéphane Mallarmé est nommé au lycée Janson-de-Sailly. En 1885, Mallarmé évoque l'explication orphique de la Terre. Son premier poème sans ponctuation paraît en 1886, M'introduire dans ton histoire. La version définitive de L'Après-midi d'un faune est publiée en 1887. En 1888, sa traduction des poèmes d'Edgar Allan Poe paraît. De nouveau atteint de rhumatisme aigu en 1891, Mallarmé est en congé et obtient une réduction de son temps de travail. Il rencontre Oscar Wilde, Paul Valéry qui devient un invité fréquent des Mardis. En 1892, à la mort du frère d'Édouard Manet, Mallarmé devient tuteur de sa fille, Julie Manet, dont la mère est la peintre Berthe Morisot. C'est à cette époque que Claude Debussy débute la composition de sa pièce Prélude à l'après-midi d'un faune, qui fut présentée en 1894. Mallarmé obtient sa mise à la retraite en novembre 1893, donne des conférences littéraires à Cambridge et Oxford en 1894. Mallarmé assiste aux obsèques de Paul Verlaine, décédé le 8 janvier 1896, il lui succède comme Prince des poètes.

En 1898, Mallarmé se range aux côtés d'Émile Zola qui publie dans le journal L'Aurore, le 13 janvier, son article J'accuse en faveur du Capitaine Alfred Dreyfus (cf. Affaire Dreyfus). Le 8 septembre 1898, Mallarmé est victime d'un spasme du larynx qui manque de l'étouffer. Il recommande dans une lettre à sa femme et à sa fille de détruire ses papiers et ses notes, déclarant : « Il n'y a pas là d'héritage littéraire... ». Le lendemain, victime du même malaise, il meurt. Il est enterré auprès de son fils Anatole au cimetière de Samoreau.

Source : Wikipedia
 
 
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