Edito


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En vers et à contre-pied

(espace de création littéraire)

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Courts récits (atelier d'écriture)

Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /2008 07:29
Dans le cadre d'Ecriture Créative, un nouveau texte sur le thème de  "la  première fois".


Jeanne avait la gorge sèche de soif, de fatigue et d’émotion. Elle se sentait terriblement vulnérable. La petite fourgonnette bleue qui descendait la route accidentée au lointain soulevait derrière elle un épouvantable filet de poussière. La campagne était belle en ce matin ensoleillé, mais les vibrations de cette petite tache bleue titubant sans cesse dans un décor presque fantasmagorique étendaient maintenant leurs lourds battements jusque dans ses propres tempes. Devant le portail rouge fatigué de l’école primaire, coincée entre la maîtresse et le Directeur d’école, elle l’attendait, les dents serrées, le cœur démonté, des frissons d’angoisse lui parcourant tout le corps comme une ultime secousse.

Quelques semaines auparavant, la petite fille studieuse et au parcours sans faute jusque là, avait été sélectionnée dans son école pour participer au concours de poésie de la ville la plus proche, organisé par l’organisme interne de Prévention Routière. Chaque école avoisinante envoyait son meilleur élève pour ce concours qui avait pour but à peine déguisé, de sensibiliser les plus jeunes aux règles de sécurité routière. Elle avait réussi à détrôner sa rivale, Pascale, sur quelques vers de Jacques Prévert, et cette dernière, qui avait toujours eu de meilleures notes que Jeanne en dictée, ne décolérait pas de ne pas être la digne représentante de son école pour le concours de poésie.  Mais Jeanne avait un don incontestable pour déclamer les poésies les plus difficiles avec une fougue et une vivacité surprenante qui n’avait pas fait hésiter sa maîtresse une seconde. Et Jeanne en était très fière, bien que consciente du challenge inhabituel que cela représentait pour elle. Jeanne allait enfin passer de l’ombre à la lumière...

Naître enfin !

Et la fourgonnette bleue se rapprochait… lentement mais inéluctablement.

Lorsqu’elle arrêta enfin sa course effrénée devant l’école, deux hommes en uniforme bleu et au képi noir invitèrent Jeanne à monter à l’intérieur de l’engin lugubre où d’autres enfants avaient déjà pris place en rang d’oignons. Le banc métallique sur lequel reposaient leurs fessiers laissait transparaître des traces de rouille qui témoignaient, dans l’esprit perturbé de Jeanne, d’une présence ancienne et indéniable de nombreux prisonniers menottés…

Le cœur de Jeanne se mit à battre la chamade en abandonnant sa maîtresse sur le parvis de l’école, tandis que ses compagnons de classe lui lançaient un au revoir de la main depuis la cour où ils étaient parqués comme des moutons pour l’occasion.

Lorsque la fourgonnette reprit sa route, Jeanne sentit deux petites larmes vouloir s’échapper de ses grands yeux de biche. Elle reprit son souffle, jeta un œil autour d’elle, puis les refoula. Que le temps passait lentement dans cette fourgonnette… ! Elle en profita pour réviser dans sa tête la poésie qu’elle devait réciter par cœur devant les représentants de toutes les écoles de la ville. Une fois le contrôle effectué, et qui du reste, s’avéra positif, Jeanne se rassura peu à peu et son cœur s’apaisa. Mais elle resta fort impressionnée par les deux hommes en uniforme bleu et au képi noir. Pire, du haut de ses 10 ans, elle prit la mesure de ce que signifiait le mot « arrestation ». Car pour elle, s’en était une. Elle se sentait aussi honteuse que si elle avait commis un délit impardonnable. Elle se souvint même des regards insistants des gens en ville qui scrutaient les enfants dans cette fourgonnette comme si ils avaient tué leurs propres parents. Que devaient-ils penser ?

Le petit fourgon bleu, enfin, s’arrêta dans une cour d’école. Jeanne descendit la dernière. Tous les enfants furent conduits dans une salle minuscule et sombre où de nombreux instituteurs et représentants de la Prévention Routière prenaient place derrière les bureaux des élèves. Il parait même que le maire était là !

-« Jeanne Faber, vous pouvez commencer », lança une voix au timbre glauque et funèbre à l’attention de la petite fille.

Elle sentit ses jambes se dérober, ses mains suinter et son cerveau exploser. Quel était donc le titre de ce poème, déjà ? Une histoire de feux tricolores, c’est ça ? Mince… le trou noir. Aussi noir que le képi du monsieur qui maintenant la regardait avec insistance.

Le cerveau de Jeanne se brouilla. Elle vit les vers du poème s’éparpiller en l’air comme pour former un enchevêtrement inextricable de lambeaux, se déposant ça et là aux parois de son esprit désormais totalement embué.

Aucune phrase ne sortit de sa bouche. Aucun mot. Le silence total. Une solitude terrible. Pesante. Insurmontable.

Ses « tortionnaires » comme Jeanne les nomma plus tard dans sa biographie, furent attendris par la panique de la petite fille, l’aidèrent calmement à trouver ses mots, la rassurèrent comme ils purent, avec beaucoup de patience… Mais rien n’y fit. La peur paralysa Jeanne définitivement. Et la déception aussi. Elle fut écartée, tandis que les autres enfants récitèrent tour à tour leur poésie, sans même un oubli ni une hésitation.

C’est dans un silence terrible que la fourgonnette bleue la ramena à son école quelques heures plus tard. La mine attristée et le regard défait, alors qu’une horde d’élèves l’attendait dans la cour pour l’ovationner, elle bafouilla juste ces quelques mots :

-« J’ai raté ». Et elle se mit à pleurer. Sortant de la masse, elle entendit un faible « bien fait pour toi, c’était à moi d’y aller »….

Et cette première expérience fut malheureusement la première d’une longue série…  Jeanne, toute brillante qu’elle était, obtint des résultats décevants au bac, et lors de tous les examens qu’elle dut passer par la suite …

Elle ne prit plus jamais la parole en public. Elle s’effaça tout simplement, traînant avec elle le qualificatif indélébile de « brave fille » comme un lourd fardeau, elle qui cherchait la lumière et les projecteurs.

Si vous la croisez un jour, vous la trouverez difficilement, en retrait toujours certainement, préférant désormais la douceur de l’ombre à l’aveuglement de la lumière et l’écriture aux longs discours.

Et les mots dans l’histoire ? ! Ils furent son échappatoire, sa bouée d’oxygène. Elle put enfin s’exprimer aux yeux de tous, trouver sa place sur le chemin escarpé où trotte toujours une petite fourgonnette bleue…
 



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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Vendredi 25 janvier 2008 5 25 /01 /2008 07:48
Exercice d'Ecriture Créative sur le thème de la "Première fois".



"Sa Meijesté"(*).

La première fois que j’ai vu une montagne me sourire, c’était en hiver.

Je me trouvais devant l’un des plus beaux massifs des Alpes qui domine, du haut de ses presque quatre mille mètres, la haute vallée de la Romanche où se blottissent deux charmants villages dans un décor somptueux.

J’étais assise sur un rocher, en face de cette montagne et, le soleil sur ma gauche me brûlait le visage. Un peu rêveuse devant le spectacle féerique qui s’offrait à moi, où la neige, dans son habit de lumière scintillait de mille feux sous les rayons ardents du soleil, où la glace semblait sculpter quelques chemins improbables à travers les rochers, et le ciel déverser son azur sur cette palette de coton, je sentis ma gorge se serrer doucement. 

C’est là, que je l’ai vue me sourire pour la première fois. 

Tout simplement. Naïvement. Comme un enfant. Un sourire impromptu, à la volée, à peine esquissé. Quelques secondes seulement. Délicieux instant, aussi silencieux que le vol de l’aigle planant sur la vallée, aussi rafraîchissant que les eaux souterraines d’un lac gelé, et aussi apaisant qu’un parterre de fleurs sauvages au printemps.

Oui, perdue devant cette immensité sauvage et désertique, j’ai vu la montagne me sourire… comme l’on perce un secret si longtemps gardé et que l’on referme aussitôt. Un bouquet de bonheur en toile de fond, une terre immaculée prête à défier tous les sommets, où de grandes combes tranquilles et ensoleillées comme autant de couloirs ombragés et poudreux promènent leurs ombres à l’infini.

Elle semblait me susurrer un mot : « Eternité... » …. Une éternité que je lisais sur ses lèvres pulpeuses et à laquelle je voulais bien me raccrocher le temps d’un baiser….  Nous étions en harmonie… seules au monde à nous comprendre. Le temps d’un sourire. Une rencontre exceptionnelle. A défaut d’accoucher d’une souris, ma montagne à moi accoucha d’un sourire.

Cette histoire est vraie pour qui veut y croire. La nature est « habitée »  pour qui sait la regarder. Si par hasard un jour vous voyez une montagne vous sourire, rappelez-vous surtout qu’elle était là bien avant vous, et qu’elle mérite le respect.

Nanou, 10 janvier 2008

(*) La Meije, pour ceux qui ne le savent pas, est une montagne.... comment dire.... majestueuse et souriante !


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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /2008 07:40
Exercice d'Ecriture Créative sur le thème de "la première fois".



Le rendez-vous

Je me rappelle, le soir du onze…  Je ne l’attendais pas si tôt.  Je n’étais pas prête. Une date, c’est une date ! Ca se respecte ! Et je ne pouvais concevoir que ce rendez-vous fût avancé ou retardé, ni même d’une seule journée ! Le moindre changement de plan dans ma vie si organisée pouvait me mettre dans une rage épouvantable et faire échouer chacune de mes journées méticuleusement planifiée. Et je n’étais pas assez en forme pour devoir supporter quelque changement que ce soit.

Sept mois déjà que je vivais seule. J’avais fait fuir mon compagnon et je ne pouvais lui en vouloir, finalement. Il n’y avait pas de place pour lui dans ma vie d’écrivain… Je vivais recluse comme une sauvage… Je sortais peu, voyageais peu, et ne rencontrais pour ainsi dire les personnes de mon village (la boulangère, le boucher, le facteur….) que lorsque la faim me faisait sortir de mon trou. Alors, l’idée de recevoir de la visite me comblait de joie…D’autant que cette visite-là allait changer le cours de ma propre vie… Mais dans la mesure où ce changement était annoncé, prévisible et suffisamment longtemps pensé et accepté, cela ne me posait aucun souci.

J’écrivais beaucoup en ce temps-là et mes journées étaient rythmées par les chapitres du livre que j’étais sur le point d’achever. Depuis plus d’un an, j’écrivais à raison d’une page par jour. Organisée, oui, mais perpétuellement insatisfaite… ! Alors je passais parfois la journée entière à la correction de la dite page ! Pour revenir bien souvent à l’idée de départ… mais les derniers préparatifs avant mon rendez-vous n’étaient pas tout à fait terminés… et j’avais pris déjà un peu de retard...

A l’origine, le rendez-vous avait été fixé le 31, et cette date m’allait bien car j’avais calculé que j’apposerais le mot « fin » sur mon livre aux alentours du 25, ce qui me laissait 5 à 6 jours de battement  pour régler les derniers détails de mon rendez-vous.

Mais le 31, ce n’est pas le 11 !

Donc, panique à bord. Vingt jours d’avance sur le calendrier et un roman inachevé, c’était la catastrophe ! Surtout que j’avais horreur des surprises !

Et pourtant, je me souviens de ce soir du onze… avec beaucoup de tendresse et de joie, lorsque nos regards se sont croisés pour la première fois. Le stress accumulé les dernières heures s’est soudain évaporé. Deux grosses billes noires, scintillantes de malice, et roulant sur un visage encore un peu flétri par le « voyage intra utérin» semé d’obstacles, se reflétèrent dans les larmes de mes yeux gris comme les facettes d’un diamant bien taillé. Je me vis « mère » dans son regard, et désormais prête à vivre enfin.

Depuis cette rencontre « anticipée », j’ai appris à appréhender les imprévus, et à regarder le monde sous un autre regard, mais je n’ai jamais été éditée pour autant.... Seul le regard que pose dorénavant cet enfant sur mes mots m’emplit de joie, surtout lorsque je vois ces petites billes noires scintiller comme pour la première fois.


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- Publié dans : Courts récits (atelier d'écriture)
Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /2008 07:11

Pour cet exercice d'écriture, il s'agissait de rédiger un texte en deux parties distinctes, en utilisant deux listes de moits imposés.

La 1ère liste de mots imposés utilisée pour mon texte est celle-ci :  

humain
, paroxysme, massacre, animal, tumeur, dévaster, âme, corbeau, cadavre, survivant, catastrophe, brume, poudre, crâne, survivre, meurtrier, cruauté, implorer, victime, destruction, barbare, éternité, vertige, vacarme, carnassier

La 2ème liste de mots imposés utilisée pour mon texte est celle-ci :  
désastre, folie, perdurer, chercher, s'envoler, s'effondrer, se relever, se noyer, offrande, sacrifice, déchiqueter, coups, exploser, profondeur, sang, eau, lumière, feu, terre, cercueil, emmurer, poison, noir, éclatant, brulures




TITRE DU TEXTE : Destruction annoncée (ou les derniers moments d'un condamné)

Sur la lande de mon désespoir, la brume recouvre l'éternité. Une brume opaque de poussières.
Comme un survivant, j'erre à travers ce monde dévasté, l'âme en
peine de n'avoir pas su aimer.
A la traîne, les yeux baissés. Seul dans ce désert dont l'immensité me noie, ni être humain ni animal ne se disputent la terre. Pas même un corbeau ne survole les cadavres jonchés à même le sol âpre et stérile.
Je cherche un rayon pour illuminer ma vie, un bout de soleil pour accrocher à mon regard, j'implore les astres de m'ouvrir leurs bras, mais comment survivre quand on est le dernier ?
Je fouille en moi des souvenirs joyeux,
D'avant la catastrophe,
Et la conséquence de tous ces massacres,
D'avant la
tumeur
Qui a rongé le monde
Jusque dans les entrailles
De la cruauté.
Mon crâne douloureux me donne le
vertige, et comme un meurtrier le remord m'habite. Mes pieds se dérobent, un cratère abyssal se forme alors dans lequel je plonge les yeux fermés. Victime ou barbare ? Dans ma chute longue et interminable, j'entends alors un vacarme surdimentionné. Des bribes de conversation viennent me hânter. Des images aussi violentes qu'immorales, aussi indignes que répugnantes prennent mon cerveau en otage. Les hommes sont des carnassiers, et veulent sans cesse se nourrir de ce qu'ils n'ont pas. Ils croient que le pouvoir leur donnera des ailes, et pourtant, rien n'est plus fragile qu'un homme au paroxysme de son hégémonie.. Et pourtant, ne suis-je pas comme eux ? J'ai mordu la poudre tel un mourant s'aprète à mordre la poussière. 



Ma descente est interminable. Je tournois dans tous les sens, mon corps à moitié déchiqueté déja, se choque contre les parois de l'inadmissible. Je sens mon coeur exploser de hônte et s'enliser dans une détresse insoutenable. Serait-ce que j'arrive aux portes de l'Enfer ? J'ai peur et froid. Mon sang ne circule plus et me voilà maintenant emmuré à ma propre image. Pire que mon reflet dans le miroir, je vois un homme réduit à sa plus simple expression. Une sorte de carcasse rongée par la morbidité. Combien de temps va encore durer cette folie ? Je cherche une lumière, mais l'endroit est sombre. Beaucoup de personnes qui sont revenues d'un côma profond racontent toujours cette chose incroyable qui fait que l'on nage dans une sorte de bonheur juste avant d'être happé par une lueur éclatante et de rentrer dans un tunel. Mais ici tout est noir. Profondément noir comme dans un cercueil. Sauf que j'entends des coups qui frappent dans ma tête.
Je ne cherche plus à lutter d'ailleurs. Ma carcasse tout entière s'est maintenant effondrée à terre. J'attends. Comme un animal sur l'autel des sacrifices Apportez-moi vos offrandes et mon sort sera jeté !
Il ne vous manque plus que le poison à m'administrer, et comme ça je pourrais enfin m'envoler vers les miens. A moins que vous me réserviez encore d'autres surprises ? C'est donc à ça que ressemblent les dernières minutes d'un condamné qui s'est brûlé les ailes sur la vie terrestre ? Mais pourquoi moi ? Ai-je été le seul à saccager notre monde, à en faire une terre de feu et de misère ? Je ne suis pas responsable de tout le désastre de notre
planète ! Si l'eau a manqué, si les forêts ont brulé, si le monde entier s'est noyé dans le mal et la cruauté, est-ce par ma faute ? Je suis le dernier, c'est donc à moi de payer pour les autres, c'est ça ? 
Ne plus penser,
Oublier les brûlures du temps,
Et ne plus jamais se
relever.
Dans les profondeurs de mon âme blessée, je voudrais hurler ce silence abyssal. Mais l'écho ne me répondrait certainement pas. Je n'en vaux pas la peine. Je ne sais combien de temps mes facultés vont perdurer, je compte les minutes avant ma déchéance annoncée. 
Demain, c'est sûr, j'arrête de boire et je me consacre au sauvetage de notre planète !

 

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