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Arts

Jeudi 10 août 2006 4 10 /08 /2006 18:16

Dans ma quête d'artistes en tout genre et de ces écrivains qui passent d'un art à l'autre, je vous présente

FEDERICO GARCIA LORCA

Pour faire suite à un article précédent où je présentais l'écrivain Federico Garcia Lorca, je voudrais vous présenter maintenant le dessinateur.. Ca n'a pas été facile de retrouver ses dessins, ni même beaucoup d'articles sur le net parlant de son talent de dessinateur, mais je souhaitais quand même vous en livrer certains :

 

 

D'autres dessins sont visibles à ces adresses là :
http://www.garcia-lorca.org/Tiendas/Categorias/1.3.html
http://www.geocities.com/hispanofanaticos/lorca_dibujos

 

 

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Vendredi 21 juillet 2006 5 21 /07 /2006 00:00

Encore une artiste hors du commun, puisqu'elle était à la fois peintre, poéte et sculpteur. Je voulais ici vous faire découvrir la G. Sand aquarelliste, et surtout, son style "dendrite" ou encore "aquarelle à l'écrasage". Ces informations sont issues d'un dossier pédagogique du Département pour l'éducation artistique et l'action culturelle.

Sa mère lui donna très tôt le goût du dessin, qu'elle pratiqua assidûment pendant toute sa jeunesse ; elle raconta, dans Histoire de ma vie, sa découverte émerveillée de la peinture ancienne chez son oncle, l'abbé de Beaumont et au couvent des Augustines anglaises. C'est de sa grand-mère, Marie-Aurore de Saxe, qu'elle hérita sa prédilection pour le XVIIIe siècle, celui de Rousseau, de Mozart et des portraits de famille. Dès son arrivée à Paris, en 1830, elle courut au Louvre et au musée du Luxembourg et fut éblouie, surtout par les maîtres flamands et italiens. « Je contemplais, j'étais dominée, j'étais transportée dans un monde nouveau [...] Il me semblait avoir conquis je ne sais quel trésor d'infini dont j'avais ignoré l'existence. Je n'aurais pu dire quoi, je ne savais pas de nom pour ce que je sentais se presser dans mon esprit réchauffé et comme dilaté ; mais j'avais la fièvre, et je m'en revenais du musée, me perdant de rue en rue, ne sachant où j'allais, oubliant de manger... » Séparée de son mari, elle se trouva devoir subvenir à ses besoins et pensa gagner sa vie en devenant portraitiste ou en décorant de motifs floraux et d'animaux des boîtes et tabatières de bois de houx, qu'on appelait alors « boîtes de Spa », du nom de la ville d'eaux qui les avait mises à la mode. Mais elle était sans illusion sur ses talents de dessinatrice, et le succès d'Indiana, dès sa publication en mai 1832, en décida autrement : elle serait donc romancière. Du même coup, elle décida que son fils Maurice, qui avait à peine dix ans, ferait la carrière de peintre à laquelle elle renonçait. Ce qui ne l'empêcha pas de continuer à pratiquer épisodiquement l'aquarelle : on la voit ainsi l'été 1841 « barbouiller » inlassablement des fleurs et des papillons avec Maurice. Mais c'est à la fin de sa vie qu'elle devait revenir vraiment au dessin, et dans des formes inédites.
C'est le 7 février 1874 qu'est mentionné pour la première fois dans la correspondance un nouveau jeu, la dendrite, qu'elle appelle aussi « aquarelle à l'écrasage ». 
Il suffit d'une feuille de papier ou de carton d'un pouvoir absorbant déterminé, de préférence du bristol pas trop gras, qu'on presse fortement sur une ou des taches de couleur (beaucoup de vert, du brun et du bleu) préalablement jetées au pinceau sur une feuille de papier à dessin. La feuille supérieure retirée, on obtient une tache étalée et de forme aléatoire, dont la surface présente des ramifications et des arborescences, par diffusion du liquide dans le papier.
L'aspect brut évoque une texture végétale, avec de fines nervures, comme les empreintes fossiles sur une matière minérale, ce qui est selon Littré la définition de la dendrite (« pierre arborisée », qui représente des arbres). « Cet écrasement produit des nervures parfois curieuses. Mon imagination aidant, j'y vois des bois, des forêts ou des lacs, et j'accentue les formes vagues produites par le hasard.»
L'imagination de la dessinatrice s'empare de la tache ; elle tourne dans tous les sens cette forme pour l'instant abstraite, comme le montrent les taches non utilisées que sa petite-fille Aurore dit avoir trouvées à sa mort, sur son bureau. Elle choisit le sens qui lui convient pour y lire un paysage : un vallon, une rivière, un versant escarpé, un ciel. Elle accuse certaines formes au crayon ou à la plume ; elle utilise la réserve blanche du papier pour compléter par d'autres éléments de paysage, à l'aquarelle parfois rehaussée de gouache.
Le tout demande un véritable apprentissage : « Pour le paysage il faut beaucoup d'essais avant d'obtenir un résultat qui permette l'interprétation car on voit tout ce qu'on veut, comme dans les nuages dans ces résultats de hasard. » 
Quand elle est satisfaite - tout cela se passe à Nohant, véritable atelier familial, souvent avec son fils ou ses petites-filles, Aurore et Gabrielle, qui sont chargées de préparer les taches -, elle ajoute dans un coin, généralement en bas, un motif minuscule et plus coloré qui constitue une manière de signature : le groupe formé par les deux fillettes et leur inséparable chien Fadet.
Entre le mur de Léonard de Vinci, les taches du graveur anglais Cozens et la « décalcomanie sans objet préconçu » des surréalistes, les dendrites de Sand s'inscrivent dans l'histoire des images naturelles et accidentelles, utilisées ou produites par les artistes pour stimuler leur imagination. Mais loin de toute tentation onirique ou symbolique, à la différence de Victor Hugo par exemple, qui utilise des techniques analogues de taches aléatoires, elle n'use du hasard que pour créer des paysages, pour « faire de la nature » et pour la faire vraie.
Dans ses promenades, ses voyages, ses décors de romans ou ses dessins, George Sand aime une nature plutôt sauvage, ne portant pas ou presque pas de traces humaines, d'habitat par exemple, avec des reliefs marqués, de l'eau et un mélange de roche et de verdure. Le caractère peut en être soit riant et fleuri, soit plus grave, avec des escarpements montagneux, des torrents et une prédominance de la roche sur la végétation.
La nature nous offre donc le modèle de la beauté. Modèle unique, décliné sous ses différents règnes, dont l'harmonie cosmique faisait déjà l'admiration de Jean-Jacques Rousseau. George Sand, « barbouillant » ses dendrites en rêvant au roman qu'elle est en train d'écrire, ne cherche rien moins qu'à recréer cette harmonie du règne minéral et du règne végétal qui est pour elle un acte de foi.

 

     

 "Aquarelles à l'écrasage". George Sand

 

 


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Mercredi 19 juillet 2006 3 19 /07 /2006 00:00

Je voudrais vous faire part de cet article, fort intéressant puisqu'il relate ces écrivains qui manient plusieurs arts en même temps, et qui me passionnent (déja parus : POESIE et TEXTES de Picasso, DESSINS de V. Hugo, Dessins de G. LORCA) - Suite à cet article, je vais tâcher de vous dégoter d'autres oeuvres sympas..)

Ces écrivains qui vont d'un art à l'autre
par Catherine Argand, Marie Gobin,
Lire, mai 1999

Ils se destinaient à la peinture, à la musique, au cinéma, et finalement se sont voués à la littérature. De quelle façon cet art différent a-t-il nourri et nourrit-il encore leur écriture?
T
races noires sur papier blanc, disait Stéphane Mallarmé; empire des signes, écrivait Roland Barthes... De la même façon que le musicien jette ses notes sur la partition, que le peintre marque la toile ou que le photographe fait advenir dans la chambre noire un peu de matière, l'écrivain, à coups d'alphabet et de phrases, lui aussi met du noir sur du blanc sans relâche.
"
Suis-je né peintre ou musicien?» se demandait l'Allemand Hoffmann en oubliant qu'il écrivait des contes. «Peindre, composer, écrire, me parcourir, là est l'aventure de la vie», confiait Henri Michaux, poète célèbre aujourd'hui pour ses aquarelles, ses gouaches et ses encres.
«Au fond, jouer de la musique, écrire, peindre, c'est la même chose. Il y a des gens, comme ça, qui ont besoin de dire», confie le romancier Christian Gailly, dont le dernier opus, La passion de Martin Fissel-Brandt, s'ouvre sur une citation de Beethoven.
Dans le monde grec, un seul mot, eidos, signifiait «image» et «idée». Jusqu'au siècle des Lumières, littérature et musique étaient inséparables. L'aède grec comme le scalde du Nord récitaient leurs poèmes en s'accompagnant d'une lyre ou d'une harpe. Jusqu'à Ronsard qui publia ses premières Odes avec une partition de luth. Pour l'homme de la Renaissance comme pour les romantiques, pour l'homme de qualité et les surréalistes, l'artiste est de tous les territoires, un sans-papiers pour qui les arts procèdent soit du même (longtemps la peinture fut considérée comme une «poésie muette»), soit de l'écart. Michel-Ange était à la fois peintre, sculpteur et poète, George Sand, compagne de Liszt et de Chopin, aquarellait jusqu'aux boîtes à gants, Antonin Artaud laissa des dessins d'une beauté qui égale la puissance foudroyante de ses textes.

Sur tous les continents, les écrivains s'échappent de leur catégorie. Les Œuvres complètes de Federico García Lorca publiées en espagnol comportent aussi bien ses dessins et ses compositions musicales (il fut l'élève de Manuel de Falla dans sa jeunesse) que son œuvre poétique. Anthony Burgess, l'auteur du Royaume des mécréants et de Mozart et Amadeus, fut maître de musique toute sa vie. Le romancier allemand Günter Grass, d'abord tailleur de pierre et apprenti sculpteur, publia plusieurs livres de dessins au fusain ou à la pointe sèche, le Cubain Severo Sarduy, qui mania la page et la toile, est aujourd'hui, quelques années après sa mort, un peintre exposé dans le monde entier. Paul Auster, l'auteur de La trilogie new-yorkaise, publie encore après avoir réalisé son premier film, Lulu on the bridge. Quant au poète roumain Miron Kiropol, qui ne met rien au-dessus des mots, «car Dieu nous a parlé, il n'a pas peint ni même joué de la musique», il maroufle, ponce, fabrique ses pigments et expose régulièrement depuis son exil en France il y a trente ans. «L'écriture m'a sauvé de trop jouer avec la couleur. Je maltraitais tout. Elle m'a conduit vers une autre peinture, plus proche de l'homme.»

C'est dire à quel point l'art du divers - celui de l'outil, de la matière et du geste qui s'en saisit - est inscrit au cœur de la création, bien en amont de la question des catégories.
Pour autant, chaque écrivain-artiste, lorsqu'il choisit de varier les registres, a ses propres raisons d'agir.

Si Claude Simon, élève avant la guerre de l'académie de peinture André Lhote, devint un jour écrivain et prix Nobel de littérature tout en poursuivant son travail photographique, c'est que les cataclysmes de la guerre d'Espagne et de la Seconde Guerre mondiale firent monter en lui des «dispositifs plus élaborés, une vision périscopique des événements de la mémoire, un besoin d'ensembles à plus grande échelle», explique Denis Roche, dans sa préface à Claude Simon, photographies. Dès lors, Claude Simon devient, à l'image du peintre, un romancier bâtisseur d'espace, plus proche de Cézanne ou de Braque que des impressionnistes. De la même façon, ses textes «issus de l'école du gros œil», comme les qualifièrent certains critiques, tranchèrent le temps romanesque avec le geste du photographe: «Le roman est une tentative de description de tout ce qui peut se passer en un instant, en fait de souvenirs, d'images et d'associations dans un esprit», précisait-il à l'occasion de la parution de La route des Flandres.

H
enri Michaux l'a déclaré moult fois: s'il a dessiné puis peint, c'est pour échapper au sens qui aimante les mots et les rive dans la phrase. Pour dénouer une écriture d'avant l'alphabet, d'avant la crétinisation de l'enfant par l'apprentissage des codes de la communication. Pour remonter à l'origine, à la nuit remuante. Dès 1938, il s'abandonne à la part obscure de la main et expose ses dessins à fond noir. «Dans la peinture, le primitif, le primordial, mieux se retrouve», écrit-il dans Emergences-Résurgences. Vitesse, mouvement, pulsion, énergie: c'est cela sans doute que la peinture combla chez ce poète à l'écriture profondément lucide et maîtrisée et qui vécut son corps comme un lieu d'ébranlement. De l'une à l'autre il ira, toujours reconnaissable dans son désir de culbuter, de dissoudre, de propulser l'autre hors de ses frontières habituelles en pratiquant l'écart, le froid, l'invraisemblance préméditée.

Marguerite Duras a signé près de quarante livres et a tourné dix-neuf films. «Parce que j'ai envie de voir et d'entendre dehors ce que je voyais et ce que j'entendais dedans. Je voulais voir si c'était communicable.» Dans la biographie qu'elle lui a consacrée, Laure Adler explique: «Le cinéma n'est pas pour elle un choix esthétique mais une nécessité biologique. Ça parle trop en elle, ça déborde de partout, ses voix, ses personnages.» C'est aussi, sans doute, son refus de la solitude qui poussa Duras à tourner «en famille». Mais toujours elle considéra qu' «il n'y a de véritable confrontation avec soi-même que dans l'écriture, que seule celle-ci obéit à une exigence absolue et implique le risque suprême». Même si elle déclarait aussi: «On est toujours débordé par l'écrit, par le langage; quand on traduit en écrit, ce n'est pas possible de tout rendre, de rendre compte de tout. Alors que dans l'image vous écrivez tout à fait, tout l'espace filmé est écrit, c'est au centuple l'espace du livre.»

Pour autant, Duras l'inimitable reste la même, transportant d'un art à l'autre les mêmes personnages (Anne-Marie Stretter, Lol V. Stein, Nathalie Granger...), les mêmes lieux (la mer, la forêt, sa maison de Neauphle-le-Château) et surtout la même façon de ne faire aucun mouvement, de rester au même endroit, de chérir le plan fixe.

Recherche d'un rapport plein à l'espace, besoin de se dépayser, de se risquer ou d'aller autrement, envie aiguë d'une autre appréhension du temps: c'est tout cela qui conduit des écrivains en proie au mouvement perpétuel à agrandir le champ de leur intervention, vaguant d'une matière à l'autre pour combler leur désir ou pousser plus avant leur quête. Car si l'écriture s'offre toujours comme réversible, elle ne saurait capturer l'instant. Et moins encore tout englober puisqu'elle ne cesse, par définition, de choisir et d'éliminer. Eugène Delacroix ne dit pas autre chose lorsqu'il confie dans son Journal cette réflexion: «Le poète se sauve par la succession des images, le peintre par leur simultanéité.»

De la même façon, en opposant la transcendance de la littérature à l'immanence de la peinture et plus généralement de l'image, Julien Gracq marque la limite des territoires: «Alors que la fiction est par essence proposition d'un possible, d'un possible qui ne demande qu'à se changer éventuellement en désir ou en volonté, le tableau ne propose rien. Toute peinture, par essence, est rétrospective.»

Il est une autre catégorie d'écrivains polyglottes de la muse. Ceux pour qui la pratique d'un autre art ne relève pas de la double vie mais d'un itinéraire singulier.
Sait-on que Max Jacob, l'un des premiers amis de Picasso, a vécu quelques années de sa peinture bien avant que sa poésie soit connue? Et que Sacha Guitry semble avoir sérieusement hésité entre le métier de dessinateur de presse et la carrière théâtrale? Qu'Eugène Fromentin fut célèbre pour ses toiles orientalistes avant d'écrire un unique roman, Dominique? Aujourd'hui encore, de nombreux écrivains furent dans une vie antérieure danseur (Claude Pujade-Renaud), musicien (Christian Gailly, Nancy Huston, Pascal Quignard), peintre (Jean Dutourd) ou comédien (Pascale Roze) et abandonnèrent leur premier mode d'expression parce qu'ils s'y sentaient irrésolus, incapables, ou qu'ils désiraient depuis longtemps écrire. Quels que soient leurs motifs - et la difficulté qu'ils éprouvent à les expliciter -, il est fascinant de constater à quel point leurs textes gardent la trace de ce passage. Comme si leur art premier et sa grammaire s'étaient transformés en matériau littéraire.

C'est le cas de Christian Gailly, né dans une famille où l'émotion ne servait à rien, et pour qui le jazz, sous forme de hasard déguisé en occasion, devint «une langue maternelle», une langue qui le fit naître à la vie, à l'épanouissement, à la conscience de soi. Musicien pendant huit ans, il range finalement son saxo ténor faute d'avoir suffisamment adhéré à une identité musicale pour pouvoir s'y impliquer toute sa vie: «Si j'avais pu, avec la musique, construire une image de moi nommable, je n'aurais pas abandonné», explique-t-il tout net. Tous ses textes travaillent sur le motif, enchaînent les arpèges, font swinguer les non-histoires, ménageant des solos avec impro. Quitte à carrément mettre en scène des musiciens comme dans Be-Bop. Ou à jouer l'œillade musicale comme dans K.622.

«Ça coûte cher d'être peintre: toiles, couleur. Je n'avais pas d'argent. Et il fallait vraiment que je choisisse.» Après avoir «barbouillé tant et plus» Jean Dutourd se met à écrire.
«Depuis, je n'ai plus jamais touché un pinceau, par superstition. Ça ne me gêne pas. Tout ce que j'ai à dire, je le dis par les moyens de la littérature. Si j'étais peintre au lieu d'être écrivain, mon pinceau transposerait exactement la même chose que ce qu'on trouve dans mes livres.» C'est tout de même grâce à la peinture de Cézanne et de Raphaël (à un petit miracle qui eut lieu dans une église aussi) que l'auteur de Pluche ou l'amour de l'art un jour est redevenu croyant.

Claude Pujade-Renaud, élève de Martha Graham puis chorégraphe et professeur, raccrocha ses chaussons à quarante ans parce que le corps est éphémère. «Je crois que la danse et la littérature ont en commun le même souci de structuration, de rigueur, de discipline. De mes vingt ans de danse, j'ai conservé le goût de l'effort, de la volonté, la recherche aussi d'un rythme fluide, ou en apposition, qui s'apparente à la construction chorégraphique. Mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est la façon dont l'écriture, contrairement à la danse, permet le détachement et la distance.»

Pascal Quignard, lui, a joué du piano, de l'orgue, de l'alto et du violoncelle. «J'aime la façon dont le corps est pris, convoqué par la musique. Il y a un ici mystérieux dans la musique qui n'existe pas dans le langage. Mais je n'étais pas assez doué.»

Au pôle sud de ce pôle nord qui rassemble les écrivains-artistes et les artistes devenus écrivains, une joyeuse et pagailleuse cohorte pratique la peinture, la musique ou la photographie en amateur.

C'est le cas de Bernard Clavel, aquarelliste perpétuel, de Michel Tournier, fasciné depuis toujours par la photographie au point que, s'il renâcle à montrer ses tirages, sa passion se retrouve aisément dans un texte comme La goutte d'or. C'est le cas aussi, si l'on remonte le temps, de Victor Hugo, tachiste avant la lettre, de Proust qui gribouillait, de Saint-Exupéry auteur d'un Petit Prince blond comme les blés, de Théophile Gautier aux portraits oubliables ou de Gide qui pianotait Chopin sous les toits.

La légende voudrait que le plus célèbre fût Cocteau, qui se définissait lui-même bravement comme le «Paganini du violon d'Ingres»: il écrivait, peignait, mettait en scène et déclamait avec une aisance renversante. A la Renaissance , cet homme-là aurait profité de critiques purement esthétiques. Au milieu du XXe siècle, c'est sa réputation qui toujours le précéda. Sur le mode: «Qui trop embrasse mal étreint», les préjugés à son encontre firent l'opinion. Jugé éclectique donc inconstant, pluridisciplinaire donc amateur, il est encore considéré comme le plus célèbre touche-à-tout du siècle.

Henri Michaux, Severo Sarduy ou Paolo Pasolini, cinéaste qui fut d'abord l'un des plus grands poètes italiens du XXe siècle, connurent la même difficulté à se faire reconnaître pour ce qu'ils étaient: des écrivains sans profession, des artistes complets pour qui la liberté de circuler est intrinsèque à la condition du créateur. Des littérateurs aussi qui savaient qu'écrire, c'est chercher les questions autant qu'encercler les réponses.

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Mercredi 14 juin 2006 3 14 /06 /2006 00:00

Dora Maar, photographe et peintre

A lire : Moi Dora Maar, N. Avril
A voir : les gouaches de Dora Maar
A voir encore, d'autres oeuvres de Dora Maar
A voir aussi : ses photographies

 

 

Séduite puis abandonnée par Picasso, Henriette Theodora Marcovitch, ou Marcovich, dite Dora Maar, fait partie de cette longue liste d'inconnues célèbres dont la vie et l'oeuvre ont été oblitérées par celle du Grand Homme. 

D
ora Maar, telle qu'en elle-même, fut successivement photographe et peintre. Trop souvent attribuée à Man Ray, auprès de qui la jeune femme travailla initialement, son oeuvre photographique n'a bénéficié que tardivement de la reconnaissance attendue. Le style de Dora Maar est pourtant d'une originalité profonde. Il reste, aujourd'hui encore, insolite, dérangeant. 

A
rrivée de Buenos Aires en 1920, Dora Maar est la fille d'un architecte croate qui a signé nombre d'édifices de la capitale argentine, autre autres l'immeuble Mihanovich, conçu à la demande du puissant armateur du même nom. Grandie à l'ombre des coupoles (cupulas) qui surplombent la ville de Buenos Aires, Dora Maar dédie son oeuvre photographique à l'expression d'une verticalité angoissante dans laquelle, par effet de contre-plongée, elle recrée, en même temps qu'elle en condense et déplace les indices, la muette commination des cupulas. 

Arrivée en France en 1920, Dora Maar va et vient entre Paris et l'Amérique du Sud jusqu'en 1930. Elle dédie nombre de photos aux navires, qui font la navette entre les deux rives, tentent de conjurer le devisement du monde, la disposition en vis-à-vis du sujet et de l'objet, du Moi et du Soi. 

D
'abord assistante de Man Ray, Dora Maar crée en 1935 son propre studio, 29, rue d'Astorg. Elle travaille avec un appareil de marque Rolleiflex. Certains de ses clichés, qu'on oublie de lui attribuer, sont devenus des icônes de la légende surréaliste. 

Après avoir réalisé des photos de mode sous la direction de Harry Ossip Meerson - portraitiste de Marlène Dietrich puis du tout Hollywwod - et des photos de nus pour les revues de charme, Dora Maar à partir de 1932 se consacre à son oeuvre personnelle. On constate toutefois la présence d'invariants stylistiques qui signent d'emblée l'ensemble de ses travaux. 

Ombres, déviations, torsions, effets de plongée, de contre-plongée, de suspension, de renversement, de chute, liés à l'angoisse de la verticalité, dramatisent, dans l'oeuvre de Dora Maar, la vision du réel. Les critiques, à propos de cette dernière, parlent de gauchissement du regard, caractéristique d'une sorte de baroquisme tragique. Ce gauchissement affecte, non seulement la vision de la ville, oblique, pentue, abyssale, mais aussi celle des êtres qui la hantent. 

Condensant et déplaçant à Barcelone, puis à l'Orangerie du château de Versailles l'inquiétante étrangeté de sa vision du réel, Dora Maar réalise, de 1932 à 1936, une série de variations sur le thème obsédant du corps qui s'arque à l'envers. Déjà illustré en 1932 par une photo prise à Barcelone - photo représentant un gamin contorsionniste qui, arc-boutant ses jambes contre la base du mur, semble, vu de face, se maintenir en équilibre sur la tête -, puis en 1935 par la photo ci-dessus, prise sans doute 29, rue d'Astorg, ou par la photo dite du Simulateur, un garçon qui s'arque à l'envers, les yeux blancs, entre des voûtes inversées, le thème du corps renversé trouve son expression la plus mystérieuse sur la photo intitulée Silence (1935-1936). 

A partir de 1936, date où elle débute sa liaison avec Picasso, Dora Maar cesse progressivement toute activité photographique. Lee Miller, autre pionnière de la photographie au féminin, réalise en revanche nombre de portraits de Dora. 

D
ora Maar commence dès lors à peindre, d'abord sous l'inflence de Picasso, puis, de façon de plus en plus résolue, sous la dictée de la nécessité intérieure. Intitulée Cubist Still Life, une huile sur toile témoigne du style de cette période. On retrouve, de façon plus discrète, la déviation des lignes verticales. 

Après la catastrophe psychique de 1945, la cure d'électrochocs à Sainte-Anne, l'officialisation de la rupture avec Picasso, Dora Maar change de style. Elle peint essentiellement des vues du bord de Seine ainsi que des paysages du Lubéron

A partir de 1950, Dora Maar s'enferme chez elle, rue des Grands-Augustins. On ne sait plus rien de son travail de peintre. On a longtemps cru qu'elle l'avait abandonné. On le présumait de toute façon médiocre, voire d'ordre purement thérapeutique. 

A
près la mort de Dora Maar en juillet 1997, la surprise est venue, en 1998-1999, de la dispersion des biens accumulés dans l'appartement de la rue des Grands-Augustins. On découvre alors la richesse de l'oeuvre ultérieure à 1950. 

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