Dimanche 10 juillet 2005
7
10
/07
/2005
00:00
L’âme des peaux
Le cliquetis des clés, lorsque mon père nous ouvrait grand la vieille porte des tanneries, faisait déjà frissonner nos narines d’un bien-être indescriptible...
A peine la porte en bois franchie, nous fermions les yeux et nous nous laissions guider par cette forte odeur de cuir à la fois cruelle et enivrante. Là, du haut de nos sept ans, mon frère et moi étions subjugués par ce monde unique et irréel qui s’exhibait à nous : de vieux ateliers aux vitres poussiéreuses inondées par le soleil, dans lesquels se côtoyaient des machines d’un autre monde.
C’était un univers glauque à la fois intimiste et authentique, presque religieux même, dans lequel flottait encore l’âme des peaux à peine tannées, qui se mourraient les unes sur les autres tout en dégageant une odeur rance de cuir pourrissant, cette même odeur envahissante et presque suffocante que papa dégageait lorsqu’il nous embrassait le soir en rentrant du travail.
Cette délicieuse senteur, exacerbée par la sueur des ouvriers en sabot et tablier bleu que l’on imaginait en traversant les allées à toutes enjambées, nous étourdissait d’un plaisir subtil presque inavouable. Nous imaginions alors les vieilles machines à coudre, dansant et frémissant d’allégresse à l’émanation de ces odeurs piquantes, les étagères bancales se redresser, les outils éparpillés sur le sol, enivrés de ce parfum d’outre-tombe, faire une farandole dans une complicité presque effrayante.
Le plus féerique encore était le monte-charge, d’époque, qui nous amenait alors dans les fins fons de la tannerie d’où s’échappait une odeur moite et détachée, qui allait et revenait sans cesse, et dont le parfum particulier nous laissait, à chaque descente, une émotion profonde.
Anne F. © Proses 2005
Dimanche 10 juillet 2005
7
10
/07
/2005
00:00
Madrid la Divine
Un vieux ticket de métro poussiéreux,
Chiffonné,
Délavé,
Retrouvé dans la boite à secrets de ma table de chevet,
Je le prends,
Le sens,
Doucement,
Affectueusement,
Lentement,
Délicatement,
Puis le respire à pleins poumons,
Et me lance, dans un éphémère tourbillon
Qui m’entraîne,
Sereine,
Dans les ténèbres incertaines
De ta bohème..
Ton parfum me guide, Divine,
Au travers de tes vieilles rues intimes
Aux senteurs épicées d’une belle et longue nuit d’été sucrée - salée
Dont j’en savoure,
Sans détour,
Le contour.
Madrid, ma divine
Madrid, ma câline,
Tu as tamponné mon cœur pour toujours de ton parfum d’amour
Et je m’envole,
Frivole,
Au rythme de ton chant flamenco
Tout en pensées,
Si loin si près,
Toute enchantée,
Emoustillée.
Parfum d’ivresse,
Parfum sauvage et sans partage,
Insoutenable de regrets,
Insoutenable à jamais
Anne F. © 2005
Dimanche 10 juillet 2005
7
10
/07
/2005
00:00
"Le souvenir est le parfum de l'âme" [George Sand]
J’aime me ressourcer sur ces petits chemins oubliés, où Madame Lavande, élégante dans sa robe de soie mauve, esquisse une danse suave au gré du vent du Sud et au rythme du chant des cigales. Et j’y découvre là un petit cabanon de pierre, oublié sur les terres arides de
la Drôme Provençale où les lavandes sauvages abandonnent au vent la fraîcheur de leur parfum.
Ces bleus infinis qui ondulent à l’horizon parfument de leurs effluves tout ce paysage pittoresque jusqu’aux plus lointains villages où, dès le mois de juillet, le pays fête la lavande qui revêt alors sa plus belle parure, douce, fine, sucrée, stimulante et pénétrante. Le pays s’anime de touches de couleurs merveilleuses, petit spectacle insolite et olfactif sous un soleil ardent ! En fermant les yeux je renifle ce parfum suave de fleur et d’herbe qui m’entraîne sur la place du village où les corsos fleuris s’organisent en fanfare : là, les producteurs exposent leurs miels, huiles essentielles, eaux de toilette, savonnettes et fleurs séchés, ou bien encore leurs fromages de chèvre, huiles d’olive, jambons de pays et autres bons pains frais..
Cette douce caresse me transporte dans son voile de paix, et je tourbillonne d’harmonie et de sérénité.
La lavande, qui exhale une odeur fine et forte à la fois, est une senteur sauvage, entêtante, audacieuse et généreuse qui enveloppe tout mon corps et respire le parfum de mon âme. Elle ressuscite l’ambiance de mes jeunes années.
Anne F.© 2005
Commentaires