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Sur une idée d'Enriqueta, voici un poème écrit à 5 personnes (Jo, Cacyope, The Scientist, Enriqueta et moi). Merci encore à toutes d'avoir participé et d'avoir abouti à cette jolie poésie :
Mais si la brume caresse ton visage
Si les ondées ont comme un parfum sage
Si la mer déploie ses bras de géant
Alors pour toi je froisserais le temps
(Nanou)
Pour toi j'irais bercer la lune
Si son chant guérit les infortunes
Je déploierai les ailes du matin
Si sa lumière te dérobe au chagrin
(Enriqueta)
Si le soleil réchauffe le cœur
Pour toi j’irais m’y brûler
Si le vent emporte le bonheur
De mon corps je t’y protègerais
(Jo)
Si la pluie sur tes cheveux s'écoule
Si dans ta vie les imprévus déboulent
Et si les cris viennent perturber ta quiétude,
Alors pour toi je changerai les habitudes
(Cacyo)
Si le temps révèle en toi une profonde déchirure
Si pas à pas tes rêves finissent par s’exaucer
Et si tu te tentes à quelconque aventure
Viens sous mon bras je t’emmènerais danser.
(The scientist)

Pastels secs
Anne Fabregoul
Juin 2008

“Nous ne ferons rien d'autre que poignarder la vie” Cernuda
De cette glorieuse génération de 1927 des poètes espagnols, celle des Jorge Guillen, Federico Garcia Lorca, Rafael Alberti, Vicente Alexandre, Maria Zambrano, Luis Cernuda demeure l’un des plus mal connus en France.
L’ombre d’un autre andalou, Lorca, si proche de lui, l’aura précipité dans les fossés oublieux de nos mémoires, et lui aura fait grand tort. Condamné lui aussi comme poète, comme républicain, comme homosexuel, il sera toujours en fuite réelle ou intérieure. Lui aussi aura « assisté vivant à la mort de l’espoir ».
Moins miroitant, moins séduisant et plus secret, Luis Cernuda est le poète de la quête, de l’exil vécu jusqu’au tréfonds.
Il était en fait différent, fasciné par les marges du monde et des amours autres, amours homosexuelles, qu’il va célébrer avec lyrisme, mais sans ces « éjaculations exaltées » comme chez André Gide qu’il lisait avidement et considérait comme son père « adoptif ».
Il a amplifié son exil intérieur par l’exil des terres, loin de son lopin andalou de soleil, de jasmin et d’olives noires. Mais loin aussi de la pourriture franquiste qui va momifier si longtemps son Espagne.
Il s’en ira solitaire en 1938 en Grande-Bretagne. Lui le républicain parti en février 1938 pour militer contre la peste franquiste, il va s’établir comme lecteur d’espagnol dans plusieurs collèges, à Londres, Cranleigh, et à l’Université de Glasgow. Il va y rester neuf ans !
La suite sera une longue route aux Etats-Unis, pour enfin le port d'attache au Mexique, en terre de langue espagnole, mais toujours volontairement loin de cette Espagne devenue mythique et effrayante, étrangère pour avoir été trop chantée, trop aimée de loin.
Il lui fallait le déracinement pour amplifier son combat avec la solitude, à la fois subie et tant désirée. Poète et homosexuel, il se brisait sur les rochers du quotidien et des échecs inéluctables du désir érotique. Ses « amours particulières » comme le dirait Lluis Llach, le tiennent en lisière de ce monde machiste qui lui refusait toute vie sociale, à lui qui voulait vivre de façon tout à fait ouverte son homosexualité. Sans illusions, il veut croire à "Los Placeres Prohibidos" (Les plaisirs interdits), qu’il sait éphémères et sans issue.
Et puis poète voici une autre grande raison suffisante pour être écarté de la société. Cette société il la vomit :
« De même que la ville, façades rouges tachées de suie qui se répètent rétrécies par la perspective, comme un coffre chinois en contenant un autre plus petit, et celui-ci un autre, et celui-ci un autre, de même les êtres qui l’habitent : monotonie, vulgarité repoussante partout. Comment remplir les heures de cette existence sans fond ?
Divinité à deux faces, utilitarisme, puritanisme, c’est à elle que de tels gens peuvent rendre culte, pour eux tout ce qui ne procure pas un profit tangible est un péché. L’imagination leur est aussi étrangère que l’eau pour le désert, ils sont incapables de tout acte superflu, généreux, libre, raison première de l’existence. Et là-bas, au fond de ton être, où vivent des instincts cruels, tu trouves que tu ne saurais condamner ce rêve: la destruction de cette accumulation de niches administratives” (Ocnos).
Tiré du site http://www.espritsnomades.com




