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Biographies

Vendredi 2 octobre 2009

Née le 5 juillet 1804 à Paris, Aurore Dupin, qui plus tard sera connue sous le pseudonyme de George Sand, est la fille d'un officier des armées impériales et d'une ouvrière en modes; le sentiment d'injustice qu'elle éprouvera à cause de ce métissage social sera certainement pour beaucoup dans ses convictions démocratiques.

   Très tôt, elle noircit cahier sur cahier: au couvent des Augustines anglaises où elle est pensionnaire, on la surnomme " miss Calepin ". Comme toutes les jeunes filles de son époque, elle pense que sa vocation naturelle est dans le mariage et les soins d'une famille; elle épouse donc Casimir Dudevant, dont elle a deux enfants, mais se sépare de lui au bout de quelques années pour mener une vie indépendante.

   Ardente féministe, elle revendique pour les femmes le droit au divorce et à l'égalité civile que le code Napoléon leur refuse. Ses premiers romans, Indiana et Lélia, connaissent un grand succès, elle devient célèbre, mais provoque l'irritation de certains de ses contemporains par son comportement : elle s'habille en homme, fume la pipe, monte à cheval comme un Cosaque... Elle s'enthousiasme pour la révolution de 1848 ; en Berry, sur ses terres de Nohant, elle tente d'instaurer " La République au village ", sans grand succès. Elle lance également un journal, La Cause du peuple, et collabore à de nombreuses autres publications. Mais elle réprouve la violence sous toutes ses formes et pense qu'aucune idée, si juste et belle soit-elle, ne justifie le sang répandu. Sous le second Empire, elle continue d'écrire, publiant notamment La Petite Fadette; le théâtre est à cette époque son moyen favori d'expression critique.

   A la fin de sa vie, retirée à Nohant, elle rêve encore de changement pacifique: " Apprenons à être des révolutionnaires obstinés et patients, écrit-elle à un jeune poète, jamais des terroristes. " Elle meurt le 8 juin 1876.

   Les œuvres les plus connues de George Sand sont ses romans " paysans " : La Petite Fadette, François le Champi, La Mare au diable (écrit en quatre jours !), Les Maîtres sonneurs, Le Meunier d'Angibault... mais elle a aussi écrit des contes, des légendes, des romans au réalisme social très marqué, tel La Ville noire, et de nombreuses pièces de théâtre, ainsi que 24 volumes de correspondance !

 

Source : http://www.librairie-gaia.com
Un très joli site à voir : http://www.georgesand.culture.fr/fr/index.htm

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Samedi 2 mai 2009

La bataille romantique

Né à Tarbes le 30 août 1811, Théophile Gautier était issu d’une famille de petite bourgeoisie avec laquelle il vint rapidement s’établir à Paris. Il se destinait initialement à une carrière de peintre, mais, le 27 juin 1829, il fit une rencontre décisive, celle de Victor Hugo, qui lui donna aussitôt le goût de la littérature. Fidèle à Hugo, Gautier assista avec éclat et enthousiasme à la première de son drame Hernani, le 25 février 1830. Lors de cette soirée mouvementée, restée dans l’histoire littéraire sous le nom de «!bataille d’Hernani!», il se rangea du côté de la troupe romantique qui défendit Hugo contre les tenants du classicisme - notons, pour la petite histoire, que le gilet rouge flamboyant qu’il arborait ce soir-là fit scandale et resta célèbre. Gautier se déclara toujours fidèle aux choix esthétiques qu’il avait faits en 1830 et, d’une certaine manière, même si son œuvre évolua vers une esthétique formaliste, il resta, en son âme, romantique jusqu’à la fin (ce dont témoigne son Histoire du romantisme).

Les Écrits romantiques

Vers la fin de l’année 1830, Gautier commença à participer aux rencontres du «!petit cénacle!», groupe d’artistes et d’écrivains qui se réunissait dans l’atelier du sculpteur Jehan Duseigneur. Là, il se lia d’amitié avec Nerval, Pétrus Borel, Alphonse Brot, Philotée O’Neddy et Joseph Bouchardy. Il menait à cette époque une joyeuse vie de bohème. C’est le 4 mai 1831 que le Cabinet de lecture publia la Cafetière, son premier conte fantastique.

Dès lors, son talent dans cette veine très en vogue ne devait cesser de s’affirmer avec des textes comme Arria Marcella (1852), le Roman de la momie (1858) ou Spirite (1866). Parallèlement à ses poèmes, Gautier publia de nombreux textes de prose, comme les Jeunes-France, romans goguenards (1883) - recueil de nouvelles souvent parodiques - ou le roman Mademoiselle de Maupin (1835), qu’il fit précéder d’une préface provocante et scandaleuse, où il affirmait ses principes esthétiques.

Le forçat de la presse

En 1836, Gautier édita son premier article dans la Presse, le nouveau journal d’Émile de Girardin, pour lequel il travailla jusqu’en 1855, puis il se consacra au Moniteur universeljusqu’en 1868. Gautier écrivit quelque mille deux cents articles, tout en se plaignant du joug que lui imposait la presse quotidienne - son seul véritable gagne-pain qui était aussi, selon lui, un obstacle matériel à la réalisation d’une œuvre littéraire. Voir Presse, histoire de la.

Malgré ses difficultés matérielles, Théophile Gautier devint un poète presque officiel à la fin de sa carrière, sous l’Empire!; en 1868, il fut nommé bibliothécaire de la princesse Mathilde.

À sa mort, survenue le 23 octobre 1872, Victor Hugo et Mallarmé témoignèrent de l’importance de cet écrivain par deux poèmes qui furent réunis sous le titre de Tombeau de Théophile Gautier (1873). En 1857, Baudelaire lui avait dédié ses Fleurs du mal par ces vers élogieux : «!Au poète impeccable!/!au parfait magicien ès lettres françaises!/!à mon très cher et très vénéré!/!maître et ami!/!Théophile Gautier…!»

 

Importance de l’œuvre

 

 

L’image que l’on retient aujourd’hui de Gautier est celle d’un partisan presque fanatique de Victor Hugo et d’un romantique échevelé. Or, s’il est vrai que ses poèmes des années 1830 sont marqués par une thématique sombre, voire par un humour macabre (qui caractérise, par exemple, le dialogue entre «!la Trépassée et le Ver!», dans la Comédie de la mort), Gautier se distingue nettement des autres romantiques par son souci formaliste, qui annonce celui de Baudelaire et des Parnassiens.

 

Dans l’ensemble de l’œuvre de Gautier, en effet, le sujet importe moins que les mots et le plaisir de raconter : davantage encore qu’un partisan de l’art pour l’art, il fut un esthète, privilégiant d’une manière provocatrice l’esthétique au détriment des autres fonctions de l’œuvre, en particulier de ses fonctions morales. Cet esthétisme est le principal point commun entre ses poèmes, Émaux et Camées (1852) et ses grands romans, comme le Roman de la momie (1858) ou le Capitaine Fracasse (1863), paru en feuilleton de 1861 à 1863. Émaux et Camées, qui se situe à la croisée du romantisme et de la poésie parnasienne, illustre idéalement les principes esthétiques de Gautier et son exigence de perfection. Chaque poème, composé en octosyllabes, est la représentation textuelle, parfaitement ciselée, d’un objet choisi pour sa beauté, qu’il soit réel ou mythologique, vivant ou minéral, naturel ou produit par l’Homme. Voir Poésie.

 

Situé dans la Gascogne du XVIIe siècle, le Capitaine Fracasse est une parodie joyeuse du Roman comique de Scarron : les péripéties rocambolesques, les personnages archétypiques et les paysages y forment un ensemble admirable de justesse et d’harmonie. Parallèlement à son œuvre de poète et de romancier, Gautier fut aussi un témoin passionné de son époque comme en témoignent des œuvres telles que Voyage en Espagne (1845), les Beaux-Arts en Europe (1855), recueil de critiques d’art, Voyage en Russie (1867) ou son Histoire du romantisme (posthume, 1874), laissée inachevée. Il consacra aussi un essai à la vie d’Honoré de Balzac (1859) et composa des livrets de ballets, notamment Gisèle (1841) et l’Anneau de Sacountâla (1858).

 

 Source : Encyclopédie Encarta (c) Microsoft

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Jeudi 2 avril 2009

Pierre Verne, originaire de Provins, acheta en 1826 une charge d'avoué à Nantes, et épousa l'année suivante Sophie Allotte de la Fuÿe. De cette union naquirent cinq enfants : Jules (le 8 février 1828), Paul, Anna, Mathilde et Marie.

 

L'île Feydeau, où se trouve la maison natale de Jules Verne, était alors vraiment une île, enserrée entre deux bras de Loire. L'immeuble du 2, quai Jean-Bart, où il passa les quatorze premières années de sa vie, dominait le confluent de la Loire et de l'Erdre. De la maison de campagne de Chantenay, on voyait l'activité du port se déployer jusqu'au cœur de la ville.

Jules Verne n'a vu la mer pour la première fois qu'à l'âge de douze ans, mais les îles, les ports et les bateaux, qui seront les thèmes favoris de tant de ses œuvres, étaient depuis longtemps déjà dans sa vie et dans ses rêves.

 

Un poète de quinze ans

Dans la famille Verne, on pratiquait volontiers la poésie de circonstance : naissances et mariages étaient l'occasion de célébrer en vers les joies de l'amour et de la famille. Jules Verne a commencé à versifier très jeune : "Dès l'âge de douze ou quatorze ans", devait-il déclarer en 1904 à un journaliste, "j'avais toujours un crayon sur moi et du temps où j'allais à l'école, je n'arrêtais pas d'écrire, travaillant surtout la poésie".

à l'adolescence, il commença de remplir les deux cahiers de poésies qui l'ont accompagné toute sa vie et qui, restés inédits à sa mort, ne furent publiés qu'en 1989. Poésie lyrique ou satirique, émois amoureux ou rimes de chansonnier, les genres les plus divers s'y côtoient. Plus tard, il fut aussi parolier, fournissant à son ami le compositeur Aristide Hignard des poèmes à mettre en musique. Ces chansons, réunies en recueil, parurent en 1857, sous le titre de Rimes et mélodies.

 

Les tribulations d'un Nantais à Paris

Au début des années 1850, Jules Verne, "monté" à Paris pour y terminer ses études de droit, ne sait pas encore qu'il sera romancier, mais il sait qu'il ne sera pas juriste. L'étude d'avoué de son père attendra vainement qu'il en prenne la succession. En attendant que ses œuvres lui apportent gloire et fortune, il dévore avec appétit les joies de la vie parisienne. dans la mesure où une modeste pension paternelle et quelques travaux alimentaires le lui permettent.

Les lettres qu'il envoie à ses parents témoignent de sa vie quotidienne et de ses difficultés : comment un jeune homme qui envisage une carrière littéraire peut-il fréquenter les salons avec des chemises en lambeaux ? comment pourrait-il résister à la tentation d'acheter (à crédit) un piano ou une collection de livres en parfait état ?

Cependant, il commence à publier ses premiers textes dans le Musée des familles, que dirige son compatriote Pitre-Chevalier.

 

De Graslin au Châtelet

Jules Verne s'est toujours considéré comme un auteur dramatique. A 17 ans, il écrivait des drames romantiques imités de Victor Hugo, mais c'est plutôt avec le vaudeville et l'opérette qu'il obtint ses premiers succès. Grâce à Alexandre Dumas, il put faire jouer au Théâtre-Lyrique, dont il deviendra ensuite secrétaire, Les pailles rompues (pièce reprise ensuite à Nantes au Théâtre Graslin) et Le colin-maillard dont le fidèle Artistide Hignard écrivit la musique.

Bien des années plus tard, les modestes succès deviendront triomphes quand il adaptera pour la scène, en collaboration avec D'Ennery, Le tour du monde en quatre-vingt jours, Michel Strogoff et Les enfants du capitaine Grant. Le savoir-faire du dramaturge uni au faste des mises en scène à grand spectacle remplissent chaque soir, pendant des mois, les théâtres du Châtelet et de la Porte Saint-Martin. C'est donc bien au théâtre, sa première vocation, autant qu'à ses romans, que Jules Verne devra gloire et fortune.

 

31 janvier 1863

C'est la date de naissance d'un romancier. Le 31 janvier 1863, l'éditeur Jules Hetzel met en vente le premier roman d'un écrivain inconnu : Cinq semaines en ballon, par Jules Verne. Le premier tirage est de 2 000 exemplaires ; du vivant de l'auteur, il s'en vendra 76 000 (seul Le tour du monde en quatre-vingt jours fera mieux avec 108 000 exemplaires).

L'année suivante, Jules Verne signe avec Hetzel un contrat aux termes duquel il s'engage à fournir deux volumes par an. à partir de 1865 , ce sont trois volumes annuels qui naissent de leur collaboration. à la mort de Hetzel, en 1886, son fils prend sa succession et continue la publication des Voyages extraordinaires, qui représentent au total 62 titres regroupés en 47 volumes. Au sein de la maison d'édition, Jules Verne n'est pas seulement un auteur prolifique : il est également codirecteur du Magasin d'éducation et de récréation, périodique fondé par Hetzel et Jean Macé dans le but de proposer aux familles "un enseignement sérieux et attrayant à la fois, qui plaise aux parents et profite aux enfants".

 

18 rue Jacob

Avant d'installer sa maison d'édition au 18 rue Jacob, Hetzel connut une première vie d'éditeur et d'homme politique. Républicain convaincu, il participa à la révolution de février 1848 et servit le gouvernement provisoire comme chef de cabinet de Lamartine, ministre des Affaires étrangères. Il dut donc s'exiler en Belgique sous Napoléon III et ne put rentrer en France qu'en 1859.

En 1844, il avait lancé Le diable à Paris, revue à laquelle collaboraient Balzac, Théophile Gautier, Alfred de Musset, Gérard de Nerval, Charles Nodier, Georges Sand, Stendhal et Eugène Sue, et qu'illustraient Gavarni, Grandville et Bertall. à cette "écurie" déjà prestigieuse se joignirent par la suite Erckmann-Chatrian, Victor Hugo et Jules Sandeau.

à son activité d'éditeur, Hetzel joignait celles de traducteur et d'écrivain. Sous le nom de P.-J. Stahl, il contribuait à remplir les colonnes du Magasin d'éducation et de récréation et se chargeait lui-même d'écrire les textes des albums pour enfants qu'il publiait.

 

Amiens (61 063 habitants)

La vie de Jules Verne, c'est vingt ans à Nantes, vingt-trois ans à Paris, et trente-quatre ans à Amiens, 61 063 habitants, comme il l'écrit dans sa Géographie de la France.

Marié en 1857 à l'amiénoise Honorine de Viane, il s'installe en 1871 dans la ville d'origine de sa femme, avec leur fils Michel et les deux filles nées du premier mariage d'Honorine. Il mène une vie de bourgeois bien rangé et reçoit la bonne société pour faire plaisir à sa femme, mais préfère aux mondanités du salon la solitude laborieuse de son cabinet de travail.

Couronnement de sa vie de notable, il est élu conseiller municipal en 1888. Il est chargé du théâtre, qu'il fréquente assidûment ; il prononce des discours pour la distribution des prix au lycée et inaugure le cirque, en 1889.

 

De la Coralie au Saint-Michel

La légende familiale des Verne rapporte que Jules, âgé de onze ans, fit une fugue et embarqua clandestinement à bord du trois-mâts La Coralie, en partance pour les Indes. L'authenticité de l'incident est loin d'être avéré, mais la passion de Jules Verne pour la mer et les bateaux est une réalité. Quant à l'autre légende, qui veut que les Voyages extraordinaires soient l'œuvre d'un sédentaire endurci, les nombreux romans inspirés des voyages réels de l'auteur suffisent à la démentir.

 

De son premier périple, qui le mena en Grande-Bretagne en 1859, il rapporta non seulement Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse (resté inédit jusqu'en 1989), mais encore Les Indes noires et Le Rayon-vert. Une ville flottante est le récit romancé de sa traversée de l'Atlantique à bord du Great-Eastern, le plus grand paquebot du monde.

Il fut propriétaire de trois bateaux successifs, tous trois baptisés Saint-Michel ; avec le troisième, il fit entre 1878 et 1885 plusieurs grandes croisières en Méditerranée, d'où naquirent Mathias Sandorf et Clovis Dardentor.

 

La bête d'une somme

Accablé de travail par Hetzel, Jules Verne, fraîchement installé en Picardie, signait plaisamment une lettre à son éditeur : "Votre bête de Somme". Comme Balzac avec La comédie humaine ou Zola, son contemporain, avec les Rougon-Macquart, il a conçu avec Les voyages extraordinaires, un vaste cycle romanesque qui ne représente toutefois, malgré ses dimensions impressionnantes, qu'une partie de sa production.

Les manuscrits de ses œuvres, dont la plus grande partie est conservée à la Bibliothèque municipale de Nantes, sont le témoignage de presque soixante ans de travail acharné. Des premiers essais de théâtre, écrits sur des cahiers de tous formats et corrigés dans tous les sens, aux romans de la maturité, à la présentation méthodique et immuable, l'examen des manuscrits montre bien que, si les thèmes et la méthode de travail ont évolué, c'est autant à l'inspiration fulgurante d'un visionnaire qu'au labeur quotidien d'un homme rivé à son bureau que nous devons De la terre à la lune et Le tour du monde en quatre-vingt jours.

Non content de corriger sans cesse et de récrire plusieurs fois chaque œuvre, Jules Verne correspondait plusieurs fois par semaine avec son éditeur et terminait souvent ses lettres en réclamant avec insistance de nouveaux jeux d'épreuves qui n'arrivaient jamais assez vite !

 

* Biographie extraite du fascicule Le monde de Jules Verne - bibliothèque municipale de Nantes 2001.


Un très beau site à voir : http://www.jules-verne.net/

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Dimanche 8 mars 2009

Guillaume Apollinaire Guillaume Apollinaire (pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky) est né à Rome le 26 août 1880 et mort à Paris le 9 novembre 1918. Fils d'une Polonaise fantasque et de goûts nomades, et d'un Italien que la légende a voulu prélat romain, évêque de Monaco ou gentilhomme et officier de l'armée italienne, Français lui-même de langage, de culture et d'élection, Apollinaire est le plus original, le plus divers, le plus grand aussi des poètes qui ont cherché la rénovation de la poésie en France au début de notre siècle. 

 

Après de bonnes études effectuées dans des collèges religieux à Monaco, puis à Cannes et à Nice, qui formèrent son humanisme classique et le teintèrent de quelque mysticisme frondeur, il se rendit à Paris (1899), et trouva peu après l'occasion de suivre, en qualité de précepteur, une famille en Allemagne. Par la suite il parcourut, le plus souvent à pied, la Rhénanie, la Forêt-Noire, puis la Bohême, enfin la Hollande, au cours de trois ans de vagabondage qui fourniront à sa poésie, à ses contes, une foule de motifs et d'images.

 

A son retour à Paris après la faillite de la banque où il avait trouvé à gagner de quoi vivre, il devint rédacteur à différents journaux, signa pour la collection "Les Maîtres de l'Amour" l'édition d'ouvrages libertins français (Sade, Mirabeau, Andrea de Nerciat, abbé de Grécourt, etc.) et traduits (Arétin, Giorgio Baffo, F. Delicado, etc.), en écrivit lui-même ou les signa : Les Mémoires d'un jeune Don Juan (1905), Les Onze mille verges (1907). Entre-temps il avait fondé avec André Salmon une revue éphémère, Le Festin d'Esope, s'était lié avec Max Jacob, Jarry, les peintres Picasso et Braque, avec toute l'avant-garde de l'Art. En 1908 il publia L'Enchanteur pourrissant, roman qui paraphrase avec bonheur la légende de Merlin et de la fée Viviane, en 1910 L'Hérésiarque et Cie, récits fantastiques d'une rare perfection de style ; en 1911, son premier volume de vers, Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée, dont presque chaque poème parvient à enfermer dans le raccourci de quelques vers tout un microcosme. En 1911, sa nonchalante insouciance le fit impliquer dans un vol de statuettes phéniciennes au musée du Louvre ; avant le non-lieu qui termina l'affaire, le poète connut un court séjour à la Santé qui nous vaudra quelques-uns des vers les plus poignants d'Alcools (1913), son œuvre maîtresse où se déploie dans toute sa diversité et sa richesse le jeu multiforme de son génie poétique. Il n'a pas laissé pour autant d'allonger la liste de ses ouvrages libertins  : les romans La Rome des Borgia (en réalité de son ami René Dalize) et La fin de Babylone sont l'un de 1913, l'autre de 1914 ainsi que Les trois Don Juan (Don Juan Tenorio, Don Juan Manara, Don Juan d'Angleterre) ; de 1913 date le catalogue descriptif de l'Enfer de la Bibliothèque Nationale (en collaboration avec F. Fleuret et L. Perceau). Le combat pour un art nouveau, en peinture comme en poésie, commencé avec l'exaltation du douanier Rousseau, se poursuit avec la revue Les Soirées de Paris, fondée en 1912 ; avec les "méditations esthétiques" sur Picasso, Braque, Marie Laurencin, Fernand Léger, Picabia, etc., dans Les Peintres cubistes (1913) ; enfin avec le manifeste L'Antitradition futuriste (1913).

 

Non mobilisable, Apollinaire se fit naturaliser, s'engagea volontairement, se battit comme artilleur d'abord, puis, sur sa demande, dans l'infanterie. Blessé gravement à la tête en mars 1916, il fut affecté à divers services à Paris où, affaibli par les opérations subies et par les suites de sa blessure, il mourut emporté par l'épidémie de grippe de l'automne 1918.

 

De la guerre il avait rapporté les poèmes de la Case d'Armons qui seront repris dans Calligrammes, publié en 1918, après sa mort. Dans ce recueil, de très beaux poèmes d'avant la guerre et de la guerre alternent avec les jeux graphiques, parfois funambulesques, souvent amusants ou touchants, qui lui donnent son titre. De son vivant furent encore publiés Le Poète assassiné, fantaisie surréaliste et polémique (1916), un recueil de poèmes, Vitam impendere amori (1917) en collaboration avec André Rouveyre, la Très plaisante histoire [...] de Perceval le Gallois (1918) d'après les anciens textes, Le Flâneur des deux rives (1918), évocations de Paris teintées de surréalisme. Rappelons encore les deux pièces de théâtre, le "drame surréaliste" Les Mamelles de Tirésias, joué sans lendemain le 14 juin 1917, publié après sa mort (1918), transformé par Francis Poulenc en opéra-comique (représenté en 1945 à Paris), et un autre drame, Couleur du temps, en 3 actes et en vers, joué une seule fois au Théâtre Lara (24 nov. 1918) et publié en 1920. Des nombreux ouvrages publiés à titre posthume citons La Femme assise (1920 ; rééd. 1948), centon d'éléments assez disparates sous forme de roman, inégal mais intéressant ; Il y a (1925 ; rééd. 1947) et Ombre de mon amour (1947), deux recueils de poèmes inédits, Les Epingles (1928), contes inédits, Anecdotiques (1926), Contemporains pittoresques (1929), L'Esprit nouveau et les Poètes (1946), recueils des articles publiés au Mercure de France et ailleurs, Lettres à sa marraine (1948), écrites pendant la guerre, Le Guetteur mélancolique (1952), poèmes inédits, Tendre comme le souvenir (1952), lettres.

 

Cinq figures de femmes traversent son couvre, inoubliables, depuis Annie, la jeune anglaise de la Chanson du mal aimé, et Marie qui déchire le poète de Zone ou du Pont Mirabeau (Marie Laurencin), et Lou, puis Madeleine, ses amours du temps de la guerre, jusqu'à Jacqueline, l'"adorable rousse" de Calligrammes, qu'il épousa en mai 1918. Les poèmes d'Apollinaire ont souvent inspiré les compositeurs : Honegger mit en musique six poèmes d'Alcools, Francis Poulenc de nombreux poèmes, ainsi que Louis Durey, Jean Rivier, et autres. Dans la poésie d'Apollinaire passent souvent des échos de tous les grands poètes qui l'ont précédé depuis Villon et Ronsard jusqu'à Verlaine, Rimbaud et Mallarmé : mais il n'en possède pas moins une personnalité, une originalité indiscutable. Magicien un peu mystificateur pour ceux qui l'ont connu, il laisse souvent percer la mystification sous la magie musicale de ses vers. Les tentatives d'une poétique nouvelle s'accompagnent inévitablement de faux pas et laissent des scories : cela n'enlève rien à la vraie grandeur d'Apollinaire ; et son influence, qui a été profonde sur l'art de tout le demi-siècle dernier, est très loin d'avoir cessé aujourd'hui.

  

Pierre Ferrari.

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