Du temps que la nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants
monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune
géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat
voluptueux.
J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son
âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux
;
Deviner si son cœur couve une sombre
flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux
;
Parcourir à loisir ses magnifiques formes
;
Ramper sur le versant de ses genoux
énormes,
Et parfois en été, quand les soleils
malsains,
Lasse, la font s'étendre à travers la
campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses
seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une
montagne.
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Viens sur mon
cœur, âme cruelle et sourde,
Tigre adoré,
monstre aux airs indolents ;
Je veux
longtemps plonger mes doigts tremblants
Dans l'épaisseur
de ta crinière lourde ;
Dans tes jupons
remplis de ton parfum
Ensevelir ma
tête endolorie,
Et respirer,
comme une fleur flétrie,
Le doux relent
de mon amour défunt.
Je veux dormir !
dormir plutôt que vivre !
Dans un sommeil,
douteux comme la mort,
J'étalerai mes
baisers sans remord
Sur ton beau
corps poli comme le cuivre.
Pour engloutir
mes sanglots apaisés -
Rien ne me vaut
l'abîme de ta couche ;
L'oubli puissant
habite sur ta bouche,
Et le Léthé
coule dans tes baisers.
A mon destin,
désormais mon délice,
J'obéirai comme
un prédestiné ;
Martyr docile,
innocent condamné,
Dont la ferveur
attise le supplice,
Je sucerai, pour
noyer ma rancœur,
Le népenthès et
la bonne ciguë
Aux bouts
charmants de cette gorge aiguë
Qui n'a jamais
emprisonné de cœur.
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Mercredi 19 décembre 2007
C'est d'actualité, en cet hiver pluvieux et maussade qui commence...
Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.
Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.
Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,
Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.
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