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(espace de création littéraire)

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Poèmes de Verlaine

Samedi 30 août 2008
Hélas ! je n'étais pas fait pour cette haine
Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai.
Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine
Et pourquoi m'avoir fait ce coeur outragé ?

J'étais né pour plaire à toute âme un peu fière,
Sorte d'homme en rêve et capable du mieux,
Parfois tout sourire et parfois tout prière,
Et toujours des cieux attendris dans les yeux ;

Toujours la bonté des caresses sincères,
En dépit de tout et quoi qu'il y parût,
Toujours la pudeur des hontes nécessaires
Dans l'argent brutal et les stupeurs du rut ;

Toujours le pardon, toujours le sacrifice !
J'eus plus d'un des torts, mais j'avais tous les soins.
Votre mère était tendrement ma complice,
Qui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.

Elle n'aimait pas que par vous je souffrisse.
Elle est morte et j'ai prié sur son tombeau ;
Mais je doute fort qu'elle approuve et bénisse
La chose actuelle et trouve cela beau.

Et j'ai peur aussi, nous en terre, de croire
Que le pauvre enfant, votre fils et le mien,
Ne vénérera pas trop votre mémoire,
Ô vous sans égard pour le mien et le tien.

Je n'étais pas fait pour dire de ces choses,
Moi dont la parole exhalait autrefois
Un épithalame en des apothéoses,
Ce chant du matin où mentait votre voix.

J'étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,
Pour les consoler un peu d'un monde impur,
Cimier d'or chanteur et tunique de flammes,
Moi le Chevalier qui saigne sur azur,

Moi qui dois mourir d'une mort douce et chaste
Dont le cygne et l'aigle encor seront jaloux,
Dans l'honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,
Dans la gloire aussi des Illustres Époux !
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Mercredi 30 mai 2007

alouette.jpg


Despotique, pesant, incolore, l'Eté,

 

Comme un roi fainéant présidant un supplice,

 

S'étire par l'ardeur blanche du ciel complice

 

Et bâille. L'homme dort loin du travail quitté.

 

 

L'alouette au matin, lasse, n'a pas chanté,

 

Pas un nuage, pas un souffle, rien qui plisse

 

Ou ride cet azur implacablement lisse

 

Où le silence bout dans l'immobilité.

 

 

L'âpre engourdissement a gagné les cigales

 

Et sur leur lit étroit de pierres inégales

 

Les ruisseaux à moitié taris ne sautent plus.

 

 

Une rotation incessante de moires

 

Lumineuses étend ses flux et ses reflux...

 

Des guêpes, çà et là, volent, jaunes et noires.

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Jeudi 5 avril 2007

Le ciel si pâle et les arbres si grêles

Semblent sourire à nos costumes clairs

Qui vont flottant légers avec des airs

De nonchalance et des mouvements d'ailes.

 

Et le vent doux ride l'humble bassin,

Et la lueur du soleil qu'atténue

L'ombre des bas tilleuls de l'avenue

Nous parvient bleue et mourante à dessein.

 

Trompeurs exquis et coquettes charmantes,

Coeurs tendres mais affranchis du serment,

Nous devisons délicieusement,

Et les amants lutinent les amantes

De qui la main imperceptible sait

Parfois donner un souffle qu'on échange

Contre un baiser sur l'extrême phalange

Du petit doigt, et comme la chose est

Immensément excessive et farouche,

On est puni par un regard très sec,

Lequel contraste, au demeurant, avec

La moue assez clémente de la bouche.

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Dimanche 21 janvier 2007
J'ai presque peur, en vérité
Verlaine

Nu - Dessin aquarellé - Philippe Janin

J'ai presque peur, en vérité

J'ai presque peur, en vérité,

Tant je sens ma vie enlacée

A la radieuse pensée

Qui m'a pris l'âme l'autre été,

 

Tant votre image, à jamais chère,

Habite en ce coeur tout à vous,

Mon coeur uniquement jaloux

De vous aimer et de vous plaire ;

 

Et je tremble, pardonnez-moi

D'aussi franchement vous le dire,

A penser qu'un mot, un sourire

De vous est désormais ma loi,

 

Et qu'il vous suffirait d'un geste.

D'une parole ou d'un clin d'oeil,

Pour mettre tout mon être en deuil

De son illusion céleste.

 

Mais plutôt je ne veux vous voir,

L'avenir dût-il m'être sombre

Et fécond en peines sans nombre,

Qu'à travers un immense espoir,

Plongé dans ce bonheur suprême

De me dire encore et toujours,

En dépit des mornes retours,

Que je vous aime, que je t'aime !

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