Edito


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En vers et à contre-pied

(espace de création littéraire)

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Courts récits (atelier d'écriture)

Lundi 19 octobre 2009

Il fait froid. Insidieusement, l'hiver entonne sa litanie des jours mauvais. Recroquevillées sous une épaisse couche de givre, les renoncules des montagnes à fleurs blanches ne sont plus. L'été est bien loin ! Déjà on aperçoit sur les sommets des zébrures immaculées, témoins des premières froidures.  Le paysage bientôt sera enveloppé d'un épais linceul qu'un printemps timide se donnera bien du mal à découvrir.

Mais rien de tel pour se recueillir devant un décor aussi rude ! Les moines du monastère de la Grande Chartreuse, voués à une vie d'austérité ascétique, perdus dans l'immensité de ce désert de silence en savent quelque chose ! Ils ont quitté notre monde pour consacrer leur vie à la prière et à la recherche de Dieu.

Le randonneur qui se rend de ce côté du massif ressent inévitablement cette étrange atmosphère de recueillement, ce silence à la fois pesant et paisible, source de méditation et de réflexion. Devant la béance infinie, nul ne peut se dérober.  C'est un peu comme si nos yeux, tournés vers le ciel, ne cillaient plus et se perdaient dans ce désert silencieux, ou bien encore comme si le temps était lisse et ne présentait plus aucune boursouflure.

Il est des lieux magiques, tellement distants de notre monde de consommation, des lieux purs, bâtis sur des valeurs essentielles comme l'abandon et l'oubli de soi, que le simple effleurement de leurs contours vous donne la chair de poule.  Notre cœur à ce moment précis se fait l'écho d'une coque vide et notre corps, d'une vie qui tangue...

En dehors de quelques tâches quotidiennes, de travaux agricoles ou de petit artisanat, en particulier la fabrication de la liqueur, ces hommes passent leur temps à prier dans leurs cellules, loin de l'effervescente de nos villes tentaculaires où nous nous prétendons libres et maîtres de notre petite vie... Pourtant nous y recevons plus de crachats que de valeurs humaines.

Mais lorsque vous allez au Monastère de la Grande Chartreuse, vous vous demandez fatalement si ce n'est pas vous qui vivez en cellule... ne soyez pas moqueurs, allez-y et regardez-vous en face. L'espace d'un instant, vous comprendrez.

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Jeudi 24 septembre 2009
Sur une proposition d'Ecriture Créative, écrire un texte avec les titres des chansons ci-dessous tirées de l’œuvre de G. Brassens.

 

- Boulevard Du Temps Qui Passe

- Mourir Pour Des Idées

- Sauf Le Respect Que Je Vous Dois

- Les Amoureux Des Bancs Publics

- Auprès De Mon Arbre

- L'enterrement De Verlaine

- Montélimar

- Les Lilas

- Fernande

- La Balade Des Gens Qui Sont Nés Quelque Part

 




Ah, si j'avais pu être Verlaine !

Verlaine, c'était mon ami. Je l'ai rencontré dans une annexe de mairie parisienne, non loin de la Porte Maillot où se trouve le très réputé restaurant "Les Lilas". A l'époque, c'était un simple employé comme moi. Mon bureau jouxtait le sien. Il ne nous a pas fallu longtemps pour nous rendre compte que nous avions une passion en commun, la littérature... Sauf que lui, il y a cru ! D'ailleurs, il croyait en tout ce qu'il faisait, ce jeune homme, et je suis convaincu maintenant que c'était surtout pour cela qu'il m'impressionnait... J'ai tout de suite su qu'il ne resterait pas longtemps à la mairie, car très vite, il s'est mis à fréquenter des cafés et même des salons littéraires le soir. Le lendemain, il me faisait le compte rendu précis de ce que les amoureux des bancs publics lui inspiraient : de magnifiques poèmes ! Et il n'était pas le seul à en écrire ! Il avait une bande de copains poètes avec qui il délirait toutes les nuits en abusant de l'absinthe ! C'était terrible, j'en étais vert de jalousie... C'est peut-être comme ça que nos chemins se sont peu à peu éloignés. Il avait des fréquentations que je jugeais douteuses, comment dire...des relations non conventionnelles parfois !  En ce temps, je vivais déjà avec Fernande, et elle a sans doute joué un rôle dans la distance que j'ai mise peu à peu avec Verlaine. C'est vrai qu'elle était trop rigide, Fernande, ces histoires littéraires pour elle qui venait d'un milieu ouvrier, ça l'agaçait et surtout ça ne nourrissait pas son homme. Et puis elle craignait beaucoup que les fréquentations amoureuses de mon ami ne me mettent des idées en tête ! Mais je l'aimais, ma belle, et je lui avais même écrit un poème dont le titre me fait encore frissonner aujourd'hui : La balade des gens qui sont nés quelque part. Par ce poème je voulais lui faire comprendre que peu importe où nous étions nés, d'où nous venions, que ce qui comptait pour moi c'était le présent et la façon qu'elle avait de me regarder avec ses yeux de biche.... Mais elle aussi, un jour, a pris une autre direction. C'est arrivé à peu près à l'époque de cette terrible histoire avec Rimbaud, l'ami de Verlaine. Je lui avais bien dit qu'il était sur le point de faire une bêtise lorsqu'à peine marié et père de famille il a décidé de s'enfuir avec ce dernier, mais, sauf le respect que je vous dois, quelque part au fond de moi je crois que je trouvais cette histoire pétillante, une histoire que j'aurais pu écrire à la lumière de la bougie dans mes nuits tristes et monotones, une histoire que, secrètement, je rêvais de vivre... Alors, vous pensez bien, ma Fernande, elle a pris ses cliques et ses claques et elle est allée voir ailleurs, du côté de Montélimar, je crois, où elle m'avait dit avoir de la famille...

Après son départ avec Rimbaud, je n'ai plus jamais eu de nouvelles directes de mon ami, sauf, bien entendu, lorsqu'il est mort. J'en étais malade à pleurer ! D'ailleurs, à l'enterrement de Verlaine, j'ai compris que je ne serais jamais écrivain et que mon destin serait bien plus "classique" que le sien... Malheureusement, je ne saurai jamais mourir pour des idées, par amour ou par l'alcool, néanmoins je me sens aussi incompris que n'importe lequel de ces artistes connus !

 Même si nous ne nous voyions plus, j'essayais de suivre le parcours de mon cher Paul dans les revues littéraires que j'achetais, et que je lisais secrètement, auprès de mon arbre dans le jardin. C'était incroyable ce que l'on y racontait ! Ses voyages en Angleterre et en Belgique, son incarcération pour avoir violenté son ami, sa vie ensuite auprès du jeune Lucien,  sa déchéance annoncée, la misère et la pauvreté... J'ai voulu lui écrire, et lui dire combien tous ses recueils étaient extraordinaires, mais je me demande encore aujourd'hui s'il se serait souvenu de moi... le vulgaire employé de mairie de la Porte Maillot... car sur le boulevard du temps qui passe, je n'ai sans doute été qu'un petit sentier dans la vie du poète...

 



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Mardi 30 juin 2009
Consigne d'écriture
Utiliser tous les mots suivants :

Pacte – flasque - terre-plein – flanquer –usine - rock and roll –fuite –épanoui – malodorant –grimacer –coquille – coulpe – vain – veule – vivre

Ces mots pourront être utilisés dans l’ordre comme dans le désordre, conjugués ou non, au pluriel comme au singulier.

Texte libre et sans contrainte.


 

Le diable s’habille en rock and roll.

 

 

Je ne me souviens plus si c’était un matin ou un soir. Peu importe. La mémoire a tendance à me jouer des tours à mon grand âge...  Je sais, en revanche, que le temps est venu de faire ma coulpe. J’ai gardé ce secret trop longtemps en moi et je ne quitterai pas ce monde sans laisser ce témoignage à qui tombera sur ces quelques lignes. Grâce à Dieu je manie encore le stylo avec dextérité. Certes, c’est la confession d’une pauvre femme avachie et veule qui s’abîme à longueur de journée sur les chaises poisseuses d’un asile de fous, mais c’est mon histoire, celle que l’on ne m’a pas laissé raconter durant ces longues années sous prétexte que je n’avais plus toute ma tête. Comment d’ailleurs garder sa tête lorsque l’on passe un pacte avec le diable en personne !

 

Les rails de chemin de fer qui jouxtaient l’usine désaffectée étaient mon terrain de jeux favori lorsque je n’étais encore qu’une enfant. En rentrant de l’école je passais un moment à jouer à l’élastique entre ces longs couloirs métalliques. Les autres gamins de mon âge ne m’approchaient jamais, ils avaient peur de moi... Déjà en ce temps là, je ne donnais pas cher de mon avenir dans une société qui d’emblée me punissait d’être une petite fille différente. Très timide et peu affable, sale et malodorante, je n’étais pas ce qu’on pourrait appeler une môme épanouie. Plutôt sauvageonne, les cheveux noir ébène toujours emmêlés, les habits crasseux. Lorsque je rentrais au camp où ma famille avait élu domicile sur le terre-plein abandonné gentiment « prêté » par la mairie aux gens du voyage, je ne recevais pas un accueil des plus empressés de la part des miens non plus. Parfois je me demandais si j’existais pour quelqu’un en ce bas monde, en dehors de mon institutrice, Mathilde, qui prenait le temps patiemment, de m’apprendre à lire et à écrire. C’est peut-être la seule qui croyait en moi et qui avait des desseins pour moi. Mais sûrement pas ceux qu’elle avait projetés..

 

Puis tout est allé très vite. Il y a eu d’abord ma fugue. Si tant est que l’on puisse parler d’une fugue ! J’avais tout de même vingt ans.... J’ai fui mon camp. Pour avoir rôdé quelque temps non loin de là, je peux vous dire que mon départ n’a fait verser aucune larme, bien au contraire. Un jour, ils sont même partis. Puis il ya eu le temps de la débrouille. Je vendais des paniers que je confectionnais moi-même et je sentais bien que l’on m’en achetait plus volontiers parce que je faisais peur que par nécessité ou par complaisance. Je vivais de petits riens, seule et finalement bien dans ma petite coquille. J’écrivais beaucoup, je décrivais. Leur vie. Leur routine. Leur stress. La façon dont pour moi ils passaient tous à côté de leur propre vie.

 

Et puis un jour j’ai vu arriver ce jeune homme sombre à l’allure rock and roll. Il était flanqué d’une drôle de guitare sans cordes qu’il portait comme un sac en bandoulière, et d’un énorme couteau à la ceinture, si luisant qu’il devait le polir et l’astiquer  tous les jours. J’ai compris très vite qu’il était redouté par les autres jeunes du village. Il semblait entendu d’avance que sa supériorité était incontestée. Il utilisait envers eux une familiarité protectrice et ô combien malsaine, basée uniquement sur la peur, grâce à laquelle il pouvait obtenir tout d’eux.

Il n’obtiendrait rien de moi, c’était clair. Après tout ce que j’avais vécu, j’étais aguerrie contre ce genre de personnage... Sauf qu’en réalité le pacte qu’il me proposa n’avait rien à voir avec ce que j’imaginais. Je me souviens encore de ses paroles tranchantes comme la lame de son couteau : « Si tu couches avec moi, tu auras mon respect et je te laisserai tranquille. A l’inverse, si tu refuses, je ferai de ta vie un véritable enfer »....  C’est comme cela que nous devinrent amants, un peu parce que j’étais seule et que je ne savais pas ce qu’était l’amour, un peu par peur de mourir sans le savoir et de finir mes jours seule. Je me demande finalement quel était le plus fou de nous deux...

 

Et puis mon ventre flasque a commencé à durcir puis à s’arrondir. J’ai accouché seule, à côté des rails du chemin de fer. Une petite fille. Je l’ai prénommée Mathilde, en souvenir de mon institutrice. Une adorable petite diablesse... Je me souviens encore de ce ravissant minois grimaçant... En la mettant au monde, j’ai rompu le pacte. Elle n’en faisait pas partie. Il n’en voulait pas.

 

Alors il l’a arrachée de mes entrailles et j’ai bien cru ne plus jamais la revoir. Ni lui, d’ailleurs. J’ai passé plusieurs mois à la chercher désespérément, du côté des églises des villages environnants car je savais qu’il l’avait déposée sur le parterre d’un de ces édifices. En vain.  La plupart des gens me tournaient le dos ou n’étaient guère bavards. J’ai erré... combien de temps, je ne peux le dire. Mais un jour ils m’ont trouvée au bord de la chaussée, sale, crasseuse, dégageant des odeurs nauséabondes, l’air totalement égaré, et m’ont internée. Je ne leur ai jamais parlé de mon passé, je suis restée prostrée et n’ai jamais plus ouvert la bouche. Jusqu’au jour où une  jolie jeune-fille, nouvellement engagée dans l’institution où je suis, ouvrit la porte de ma chambre – devrais-je dire ma cellule ? – pour m’apporter la médication douce du soir à laquelle je finissais par m’accoutumer. Elle avait les mêmes  traits fins du visage que moi et des cheveux ébène remontés en chignon d’où quelques mèches sauvages glissaient en désordre sur ses épaules... C’était elle. La ressemblance était frappante. Ma fille. Ma Mathilde. Je l’avais retrouvée enfin. Avec le temps, nous avons pris l’habitude de papoter quelques minutes en fin de soirée alors qu’elle m’administrait les soins mais jamais elle n’a fait mention de son passé.  Je voyais bien pourtant de la tristesse au fond de ses yeux et je sentais fortement que notre ressemblance la dérangeait. D’ailleurs tout le personnel se posait des questions devant la complicité qui nous unissait. Une connivence qui ne pouvait être que celle du sang. Elle comme moi avions choisi de ne pas briser ces instants d’affection par peur qu’un passé trop lourd ne vienne les ébranler. Mais au fond de nous, nous savions qu’un jour le diable, habillé en rock and roll, avait croisé notre chemin...

 

Aujourd’hui, elle a quitté son travail pour se marier, mais ne rate jamais une occasion de venir me saluer...

Cette histoire peut vous paraître insensée, mais quand vous vous êtes livré un jour corps et âme au diable, il faut savoir se contenter de ces petits bonheurs et faire table rase de son passé.

 


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Lundi 1 juin 2009

Texte écrit sur la consigne suivante (Ecriture Créative) :

Regarder à la fenêtre comme se regarder soi-même. Voir le monde non pas tel qu'il est mais tel que l'homme le saisit...

 « Par la fenêtre nous prenons des nouvelles du monde. Mais ouvrir une fenêtre, c'est non seulement s'ouvrir au monde, y plonger par le regard, c'est aussi le faire entrer, élargir notre propre horizon. Jadis, la fenêtre, via la peinture, a dessiné les territoires du monde, métamorphosant dans son cadre le pays en paysage. On a cependant négligé que cette fenêtre qui ouvre sur l'extérieur trace aussi la limite de notre propre territoire, qu'elle dessine le cadre d'un « chez soi ». Gérard Wajcman

Ecriture Créative vous suggère d'utiliser ce thème de la fenêtre comme lieu de passage de l'intérieur (ce que l'on voit chez soi, ce que l'on pense, ce à quoi l'on rêve...)  à l'extérieur (le spectacle que vous observez, l'évasion de votre esprit) et réciproquement... Votre texte devra passer d'un univers à l'autre à plusieurs reprises et vous refermerez votre fenêtre par «Ce qu'on voit au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. » . (Baudelaire, Le Spleen de Paris 1863).



 

L’oiseau liberté

 

J’ouvre la fenêtre sur le grand fleuve qui serpente à travers la ville. L’air frais du matin réveille un à un mes membres encore engourdis. Quelques frissons, la sensation d’être en vie. Un tressaillement. L’espoir, dessiné par cet oiseau qui virevolte dans les airs. Une nouvelle journée, un nouveau départ. Qui sait ?

 

Un bruit derrière la porte de ma chambre. Je me retourne. L’oiseau disparaît de mon champ et le fleuve déjà s’endort sous la brume.

 

Il est derrière la porte. Je sens son odeur, j’entends son râle. J’entrevois une ombre. Il va recommencer. Je ne bouge plus. Je suis figée. Sclérosée dans mon existence. Pétrifiée dans ma peur. Mon esprit s’évade. L’oiseau géant se pose finalement sur ma fenêtre et m’offre un aller-simple pour la vie. J’hésite. Un instant se passe. Il bat frénétiquement des ailes comme pour m’inviter à partir avec lui. Rester ou fuir. Toujours la même question. Les mêmes doutes. Chaque matin en ouvrant ma fenêtre. Je voudrais crier, lui dire qu’à moi aussi, elle me manque. Que me faire du mal ne la fera pas revenir. Elle m’a donné la vie et je l’ai tuée. Mais je n’avais rien demandé. Je voudrais qu’elle soit là, qu’on soit tous les trois. Qu’elle me dise ce que je dois faire. Comment je peux le sauver, nous sauver ?

 

L’oiseau m’observe. Son regard est humain. Ses traits adoucis. Ce pourrait être elle. Douce, souriante comme dans mes rêves. La douceur contre la brutalité. La prison contre la Liberté. Il n’y a qu’une fenêtre à franchir. Et l’espace pour m’accueillir. Là, je m’envolerais vers un nouvel horizon, me poserais sur des monts sauvages et parfumés, j’irais cueillir les baies, m’enivrerais des parfums printaniers, et qui sait, peut-être je la retrouverais...

 

Des pas. Il s’en va. Il a du changer d’avis. A présent je vois sa masse lourde se faufiler sur le trottoir. L’ombre de son ombre.  Il pousse la porte du bar d’en face. Il est 9 heures du matin. J’ai deux heures de répit. Deux heures pendant lesquelles, comme chaque matin, il noiera son chagrin dans les affres de l’alcool avant qu’on ne le jette dehors à grands coups de pieds. Et quand il rentrera, penaud, les yeux défoncés de sang, titubant et me suppliant de l’aider, je lui prêterai mon épaule pour pleurer. Il me demandera pardon, comme un enfant inconsolable, me parlera tout bas, m’implorera, s’attendrira, s’enfonçant un peu plus dans les abymes de son passé. Il me prendra pour elle, gémissant son prénom, me dévisageant comme si j’étais elle. Il m’embrassera, et par pitié je me laisserai faire, fermant les yeux pour ne pas mourir sur place. Il m’entrainera sur le carrelage, dans une violence indescriptible, fera sa basse besogne, puis dans un éclair de lucidité, se remettra à pleurer, me suppliant de le pardonner une fois encore. Je le laisserai là, gisant comme une bête meurtrie sur les carreaux, vomissant sa haine et sa souffrance et regagnerai ma tanière le ventre en feu. Sur ma table de chevet, enfin, je me replongerai dans « le speen de Paris » et relirai une fois de plus  ces lignes qui me font si mal « «Ce qu'on voit au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. ».

 

Ce soir, esclave, au point de ne plus savoir discerner le soleil du trou noir, j’ouvrirai la fenêtre et, perchée sur l’oiseau Liberté, j’irai par monts et par vaux réparer l’irréparable.

Voler vers elle. Et vivre, enfin.

La retrouver et lui dire combien elle m’a manquée. Alors ensemble, nous reviendrons le chercher. Pour le sauver à son tour et devenir cette famille heureuse que nous aurions dû être.




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