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Edito

 
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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 22:11

 

Voici un petit texte que j'ai écris en souvenir d'une amie. Une histoire vraie. Que j'ai romancée bien sûr, en changeant les prénoms et les lieux. Une belle histoire comme on n'en conte plus assez dans les journaux, à la télé, au coin de nos cheminées. Alors j'ai décidé de vous l'offrir. 

 

 

« Assis près du grand saule, au milieu du jardin

Comme à tes premiers jours, penché sur ton couffin

Quand je berçais tes rêves à la tombée du soir

J´essaie d´imaginer le cours de ton histoire

Les lignes de ta main, si j´étais ton chemin

 

Je me ferais discret dans l´ombre de tes pas

Pour t´aider à grandir et pour t´ouvrir la voie

Je serais la poussière qui s’envole à tes pieds

Un peu de mon bonheur qui colle à tes souliers »

 

Y. Duteil – Si j’étais ton chemin

 

 

L’amour en chemin

 

 

Martin marchait sur le sol caillouteux et escarpé depuis plusieurs heures. Ce paysage-là n’avait vraiment rien à voir avec les boulevards encombrés de Melbourne. Comme chaque matin depuis une semaine, il était parti très tôt de son campement, le soleil pointait à peine le bout de son nez. Son  allure était sportive. A 70 ans, il faut dire qu’il avait encore de l’énergie à revendre. Randonneur chevronné, les kilomètres ne lui faisaient pas peur. Il marchait, machinalement. Un robot. Ses pieds le faisaient souffrir, mais il continuait. Toujours. Aller toujours plus loin. Il ne fuyait pas, il cherchait juste des réponses tandis que ses pas de plus en plus lourds se fondaient dans le sol. C’est à peine s’il levait les yeux devant lui. Il n’en avait pas le besoin car il n’avait pas l’impression d’être seul dans ce paysage désert. Eva l’accompagnait dans tous ces mouvements. C’est elle, quelques heures avant de mourir qui lui avait suggéré de faire le chemin de Compostelle. « Martin, cela fait des mois que tu m’accompagnes dans la douleur, fais-moi plaisir, une fois que je serai partie, rends-toi en France, tu pourras séjourner chez Lizzie quelques temps à Grenoble, puis une fois que tu auras recouvré suffisamment de force, fais le chemin de St Jacques de Compostelle. Tu sais que je rêvais de le faire avec toi, alors fais le pour nous ».

 

Lizzie.  Ils ne s’étaient pas revus depuis une dizaine d’années. A l’époque où il faisait encore ses études de médecine en Afrique du Sud, il avait connu cette jeune anglaise, avec qui Eva et lui avaient fait les 400 coups… Puis chacun avait suivi sa route, Martin s’était retrouvé en Australie avec Eva pour le boulot, où ils s’étaient mariés et avaient eu deux enfants. Lizzie avait rencontré Simon en France, à Grenoble et l’avait épousé. Ils s’étaient tous revus deux ou trois fois, et à chaque fois ils retrouvaient leurs 20 ans… aussi complices que lorsqu’ils étaient tous étudiants en Afrique du Sud. Tous des pigeons voyageurs. Tous des baroudeurs. Une passion en commun : la randonnée. L’amour de la nature, de l’eau, de la pierre, des hauts sommets, tous épris de liberté. A chaque voyage, une petite carte postale pour se dire que tout va bien. A chaque anniversaire de l’un ou de l’autre, une autre avec un mot tendre. A chaque Noël, un petit coup de fil. Jusqu’au jour où Lizzie avait reçu par courrier cette terrible nouvelle, Eva avait succombé en quelques semaines à peine à un cancer du pancréas. Tout était allé vite si bien que Martin ne l’avait même pas informé du début de maladie. Lizzie avait été fortement touchée par son décès d’autant que quelques années plus tôt, son mari, Simon, était également décédé d’un infarctus lors d’une randonnée dans le Vercors. Désormais elle vivait seule et partageait ses loisirs entre sa destination préférée, le Brésil, les œuvres caritatives, les associations, l’Angleterre, et ses amis grenoblois.

 

Quelques semaines plus tôt Martin l’avait donc contactée selon les derniers vœux de sa femme, lui expliquant son désir de faire le Chemin de Compostelle en souvenir d’Eva.  Nous étions au mois de juin et le printemps laissait petit à petit la place à l’été. Lizzie était venue le chercher à Satolas. Les retrouvailles avaient été chaleureuses et l’émotion les avait laissés l’un et l’autre sans voix.

Sans doute parce qu’il avait suffit d’un instant pour qu’un flot de souvenirs les happe et les déstabilise.

Certainement parce que Lizzie avait oublié à quel point Martin était séduisant avec son crâne rasé, ses muscles et son teint hâlé.

Incontestablement parce que Martin n’avait pas imaginé à quel point Lizzie avait pu rester une belle femme souriante, sportive et si jeune malgré ses 63 ans.

Tous deux étaient restés un peu interdits et ébahis en se découvrant mutuellement après tant d’années. Au point qu’une fois la surprise passée, ils avaient retrouvé leur complicité d’antan comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Lizzie avait passé les trois jours suivants à lui faire découvrir la région, d’abord Belledonne et ses lacs puis la Chartreuse et le Vercors, lui servant de guide sur chaque chemin de randonnée, lui racontant des anecdotes par ci, par là… Car Lizzie, anglaise d’origine, était plus passionnée par sa région que le plus grenoblois des grenoblois ! Pour rien au monde elle ne reviendrait à Chemsfield, pour rien au monde elle ne quitterait définitivement le bassin grenoblois. Si elle avait une certitude au moment où elle retrouva Martin, c’était bien celle-là.

Puis vint le dernier soir. Avant de partir pour son périple, Martin qui avait retardé le plus possible l’heure de se coucher, avait ressenti une immense tendresse pour Lizzie. Une tendresse infinie. Des frissons avaient même parcourus tout son corps. Mais Eva brouillait ses pensées et il était hors de question de se laisser aller… Les retrouvailles, l’émotion, la chaleur du début de l’été, tout ça lui faisait tourner la tête et il était temps d’enfourcher son baluchon et de se lancer sur les chemins de Compostelle. Seule dans son lit, Lizzie, de son côté, avait volontairement laissé la porte de sa chambre ouverte, comme un accès secret sur l’avenir, une suggestion… Surtout ne pas le brusquer, s’était-elle entendu répéter dans sa tête… et pourtant dieu sait qu’elle aurait été terrorisée à l’idée de voir apparaître une ombre dans le seuil de cette porte…

 

Cela faisait douze jours et environ 200 kms maintenant que Martin marchait. Il avait décidé d’emprunter le chemin du Puy. A Conques, ses pas étaient déjà plus lents, ses appuis moins confiants, son visage mal rasé, fatigué. Les pentes caillouteuses avaient eu raison de lui. La vision d’Eva, à qui il ne cessait de parler tous les jours, se brouillait de plus en plus, effacée peu à peu par le visage de Lizzie. Douze jours qu’ils s’étaient quittés. Plus il avançait plus il avait le sentiment qu’Eva l’avait mis sur les pas de Lizzie, volontairement. Il souriait à cette idée. Eva avait été la plus extraordinaire des femmes. Elle le comprenait et le connaissait presque mieux que lui-même. C’était une altruiste, une personne très généreuse. Avait-elle déjà deviné à l’époque le penchant de Martin pour Lizzie, sa meilleure amie comme il disait ? Avait-elle pu imaginer, pendant sa maladie, que cette rencontre improbable pourrait à jamais guérir Martin de sa tristesse après sa mort ? A y penser, c’était un pari fou et insensé. Mais comme tout pari, il avait une chance sur deux de marcher. M’aimait-elle à ce point d’imaginer ma vie future dans les bras d’une autre, qu’elle connaissait et qu’elle appréciait ? se demanda-t-il . Cette idée saugrenue au fil des heures et des jours de marche s’imposait maintenant comme une évidence. Comme un accord tacite. Eva voulait que Martin soit heureux. Que sa vie continue sans elle. A condition toutefois qu’elle la choisisse pour lui, avec des personnes qui pourraient être dignes de confiance et dont elle serait sûre qu’elles ne lui feraient pas de mal. Eva, son ange gardien. Lizzie son nouvel espoir. Au 26ème jour, armé de certitudes et de sérénité, il regagnait Grenoble et sonnait chez Lizzie.

 

29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 17:03

Texte écrit selon la consigne de la proposition 65 d'Ecriture Créative

 

 


 

DES MOTS VERMEILS

 

Assis sur sa vieille table, dans la tourelle qui lui sert de pièce de travail, le dos légèrement vouté, Martin se livre à son exercice matinal préféré : l’écriture.

Mais aujourd’hui comme tous les autres matins depuis des mois, les mots ne viennent pas. Pire, ils fuient sous sa plume dorée. Alors Martin s’énerve. Il insiste, griffonne un mot, puis deux. Péniblement viennent le troisième et le quatrième. Il n’est pas satisfait, sa phrase est bancale. Pour couronner le tout, sa cartouche d’encre s’essouffle. Il la change en grommelant quelques mots que lui seul peut comprendre, se concentre à nouveau sur sa copie, puis lève la tête au plafond pour chercher l’inspiration. Un frisson parcourt alors ses bras émaciés et sa frêle silhouette toute entière semble soudain se tordre dans tous les sens. Son stylo plume vole en éclat. Les deux mains sur le visage à présent, il se met à pleurnicher.

Une fois de plus, l’inspiration lui a échappé. Martin ne comprend pas. En effet, lorsqu’il se couche le soir, Martin écrit dans sa tête. Beaucoup. Dans cet état de torpeur et de somnolence, les mots lui viennent spontanément au fil et à mesure que ses yeux se ferment. Il les tord dans tous les sens, les coud entre eux, en joue comme un jongleur, tisse des histoires, et se dit qu’il faudra qu’il couche tout ça sur papier le lendemain matin. Et chaque matin, il n’échappe pas au joug de la déchéance que pour y retomber.

Il a même essayé plusieurs fois le soir de briser cette inspiration grouillante en se réveillant de son demi-sommeil pour prendre quelques notes. En vain. Dès lors que Martin devient totalement conscient, les mots dans sa tête s’effeuillent pour ne devenir que cendre sur le papier. Dans ses jeunes années, Martin a été accro à la cocaïne. Il se dit alors que sa cervelle doit être bourrée de larves impures qui le menacent jusque dans son intellect.

Ce matin plus que les autres, Martin semble s’alanguir, morose et lent dans chacun de ses gestes, dans une atmosphère de dégoût et un panache de poussière. Par le fenestron, il aperçoit la fontaine sur la place du marché. Le village semble être encore assoupi. A côté des vieilles latrines publiques, se dandine un vieux chat gris. Seul le boulanger est debout depuis quelques heures. Le soleil embrase timidement les montagnes environnantes, prêt à pénétrer le sein de la terre. Martin s’approche de l’ouverture, prend une profonde respiration, ferme les yeux et ne pense plus à rien. Il essaie de retrouver le fil de l’histoire qu’il a écrit dans sa tête la nuit précédente. Mais il a mal jusque dans sa chair. Aucun souvenir, quelques images ni plus ni moins, aucun mot. Pourtant il pensait avoir trouvé l’idée pour un roman, une bonne idée qui tenait la route, une histoire palpitante qui tiendrait le lecteur en haleine jusqu’au bout, le roman du siècle et non pas une imitation servile des autres Levy, Muso ou Gavalda. Il se voit déjà passer dans les grandes émissions littéraires et dédicacer ses livres sous le regard envieux de toutes les personnes qui l’ont fuit. Il recule, se prend les pieds dans un jouet brisé trainant sur le sol. Une vieille poupée. Celle de sa fille. Retour à la réalité. La vie ne l’a pas épargné. Il se replie à nouveau sur son existence vaseuse, aperçoit son stylo plume parterre, le récupère. Puis d’un geste irréfléchi, se plante la plume en plein cœur. Avant de tomber, il couchera enfin quelques mots sur la feuille de papier qui se teintera peu à peu d’un ton vermeil.