Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne
Voici une variante de mon texte, "Si j'étais un arbre" qui a beaucoup plu à Cloclo, soeur de plume, et que je voudrais vous faire lire. L'essentiel de mon texte, et son esprit restent inchangés. Mais avec deux ou trois petites touches personnelles, elle a réussi à mon sens, à lui donner encore plus de force et de fougue. Et comme je lui ai dit, je me rends compte justement de l'importance de l'apport du regtard de l'autre, son expérience, son ressenti... Un texte n'est jamais fini, c'est comme dans la peinture. On peut indéfiniment l'embellir, lui rajouter des petites touches par-ci, par-là. Elle a réussi ce pari, et j'en suis toute émue, et très fière aussi. Merci Cloclo.
SI J’ETAIS UN ARBRE...
Si j’étais un arbre, tu serais le vent s’engouffrant dans mes bras comme un ultime assaut par une nuit d’orage....
Sur l’écorce craquelée par le tan de mon corps, je tatouerais ton âme pour que mes jeunes pousses s’en souviennent à jamais.
Tu me plaquerais au sol dans l’élan de tes coups, puis je me relèverais, ébouriffé, chiffonné, mes feuilles au sens dessus dessous de nos ébats passionnés.
Et j’attendrais fébrile l’accalmie de tes sens, jusqu’à ce que ton souffle léger m’effleure à nouveau de ses doux doigts – caresses.
Entre le ciel et la terre, je serais ton jouet et je me nourrirais aux tables de tes forces et de tes faiblesses, tu serais mes tornades, mes bourrasques, mes avis de tempête, mes bises et mes brises, et aussi mes murmures, mon vent léger, mon vent invisible, et même aussi parfois … mon absence de vent. Et je m’adapterais.
A la belle saison, je repeindrais mon corps au vert tendre des feuilles en me parant de bourgeons qui ne seraient qu’à toi, et j’attendrais ton signal pour les faire éclore sous tes expertes caresses.
Puis jusqu’en mes racines, dans les profondeurs oubliées de la terre et de ses grands mystères, tu t'infiltrerais. Et tu prendrais ainsi plaisir à t'attarder en ma demeure. Et je te laisserais faire sans l'ombre d'une résistance. Me balayant de tes désirs, m’insufflant le tourbillon de tes folies pour rassembler puis disperser nos sèves et nos semences bien au-delà de nous, bien au delà des mots, bien au-delà des rêves et des âges de la vie. Vers un pays qui n’aurait pas de nom et qu’il nous faudrait ensemble nommer. Vers un pays de Renaissance.
Mais je ne suis pas cet arbre, et tu n’es pas ce vent. Et le seul souffle en vérité dont je me nourris est celui des regrets. Dans l’infini du doute. Dans l’infini de l’espoir, dans l’infini des rêves possibles et impossibles, des tendresses passées, des aveux retenus, des rendez-vous manqués, des silences imposés, et du vide insurmontable de mes nuits solitaires.
Je ne suis qu’une feuille morte balayée par un jour de grand vent et plaquée au mur de mes espérances déçues.
Mais en toi je garde l’espoir, parce que je sais que le vent a souvent besoin de l’arbre et que l’arbre, pour resplendir, a toujours besoin du vent …
Je t’espère et je t’attends.