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Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne

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Guillaume Appolinaire et Madeleine Pagès

 Le 2 janvier 1915, le poète rencontre, dans le train qui le mène de Nice, Madeleine Pagès. Il a 34 ans. Elle en a 22. Il est poète. Elle est un professeur de lettres qui s’en retourne à Oran. Lui regagne son casernement. Il vient de laisser Lou, après une courte permission à Nîmes, où il doit rejoindre son régiment. Fin mars, il rompt avec Lou. En avril, il se porte volontaire sur le front et est affecté en Champagne. Il connaît l’épreuve du feu. Le 16, il est nommé brigadier et il écrit son premier message à Madeleine (1). Leur correspondance nourrie va durer exactement un an. Une sorte de miracle se produit. Alors qu’il lui raconte sa guerre, en lui narrant mille détails de la vie martiale, ses expériences, l’étrangeté et les inquiétudes de sa condition de soldat qui a quelque chose d’irréel, il décide de se fiancer avec elle et, le 10 août, il écrit une lettre à la mère de Madeleine pour lui demander la main de la jeune femme. Cela ne semble d’ailleurs pas lui interdire de continuer à écrire à Lou, de manière moins fréquente. Mais il poursuit son rêve et, à la fin de l’année, il embarque à Marseille pour se rendre à Oran où se trouve Madeleine. (2)

Quand il retrouve son régiment à Damery, les lettres qu’il envoie à Madeleine sont moins passionnées, moins longues, plus autant constellées de poèmes, dont les Poèmes secrets qu’il a tant aimé composer à son intention. En mars 1916, il est naturalisé français, et quelques jours plus tard, il est blessé par un éclat d’obus. Le voici hospitalisé et trépané avec succès. Il publie ses poèmes de guerre dans le Mercure de France. Il dissuade Madeleine de venir le rejoindre. Puis, il lui donne toutes sortes d’instructions, dont la longue liste commence par l’injonction de ne pas lui adresser des lettres tristes. Il cesse de lui écrire en novembre. Il a fait la connaissance de Jacqueline-Amélia Kolb, surnommée Ruby, avec qui il se marie le 2 mai 1918. Son aventure terrestre s’achève quelques mois plus tard, il est emporté par la grippe espagnole.

 

(1)          Apollinaire fait ses classes au 38e régiment d’artillerie de campagne de Nîmes. Il raconte à Madeleine sa visite des tranchées.
11 mars 1915
« Voici donc mon dernier voyage à ces fossés qui défendent la France. Je suis parti avec un conducteur et un servant. Nous nous sommes arrêtés pour regarder quelques obus boches ou autrichiens non éclatés, puis ayant continué notre chemin nous nous sommes trouvés parmi les servants d’une batterie d’un autre régiment qui s’installait sur cette position. Zm pan, un 88 autrichien explose à 4 pas de nous, les servants de l’autre régiment nous crient de nous réfugier avec eux dans leurs cagnats souterraines à peine installées, mais l’arrosage continue. Nous étions à plat ventre et nous rampions. Un obus de canon revolver, tout petit obus, vient s’enfoncer sans éclater à l’endroit que nous avions abandonné en rampant. Nous arrivons à la cagnat et dès que nous y sommes, un obus éclate à l’entrée et fait voler des feuilles et de la terre sur nous. Nous attendons la fin de l’orage et en route! Nous arrivons sans encombre aux tranchées des fantassins, fossés blancs creusés dans la craie, c’est d’une propreté, d’un silence, inconcevables. J’ai écrit à quelqu’un que j’imaginais ainsi la muraille de Chine, mais ici c’est un fossé, des fossés, car ces boyaux s’enchevêtrent à l’infini. Ils ont des noms. L’un de ces cheminements porte le vôtre: allée Madeleine. »

 

(2)          Apollinaire a rendu visite à Madeleine, à Oran, à l’occasion d’une courte permission. A son retour au front, il s’en détache de manière irréversible.
14 mars 1916
Mon cher amour,
Je reçois deux lettres de toi. On va en ligne tout à l’heure. Je t’écris en toute hâte. Casqué ne sais pas bien ce que l’on va faire. En tout cas je te lègue tout ce que je possède et que ceci soit considéré comme testament s’il y avait lieu.
Enfin j’espère que pour le moment il n’y aura rien. Je t’adore. Il fait un très beau temps.
Je veux que tu sois forte en ce moment et toujours.

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