Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne

Publicité

L'oustalet

l-oustalet-copier.jpg

Cela faisait près de 15 ans que je n’y étais pas retournée... et j’appréhendais nos retrouvailles, même si je savais qu’elles étaient inéluctables. Le passé rattrape bien souvent le présent. Mais je ne me faisais pas trop d’illusions, je risquais de retrouver ce petit village de pécheurs enfoui dans ma mémoire, totalement travesti par le monde moderne et les affres du monde touristique. Pendant près de 20 ans, j’y avais passé tous les mois d’août, dans une maison de pécheurs datant de 1880 construite à même le sable. Mon grand-père l’avait achetée après la guerre, en 1946. A l’époque, mes grands-parents habitaient Nîmes,  et ce petit havre de paix était une modeste maison de famille où nous nous retrouvions l’espace d’un été. Mon grand-père avait choisi Palavas-les-Flots, parce que tous les Nîmois avaient l’habitude d’aller passer leurs vacances au Grau du Roi, et qu’il n’avait aucune envie de les retrouver encore sur son lieu de villégiature ! A l’époque, le monde était petit. C’était un petit négociant de pommes de terre à Nîmes, et il n’avait aucunement envie de retrouver ses clients là-bas !

Dans mes souvenirs d’enfant, Palavas, c’était ces petites rues, et tous ces petits toits en quinconces, couverts de tuiles romaines formant un assemblage savant.

Nos retrouvailles furent très chaleureuses. « L’oustalet » se dressait là depuis tant d’années, comme si il m’attendait. « L’oustalet » était une maisonnette en occitan ou langue d’Oc. Le lambrequin de bois peint et savamment dentelé me défiait. Il soulignait la pente du toit et était surtout utilisé pour masquer joliment le chéneau. Ce balcon est d’ailleurs le seul exemplaire réalisé en bois encore existant à Palavas.

Cette maison a vraiment une âme, comme toutes les autres modestes habitations toutes en hauteur qui protègent le piéton des ardeurs du soleil.  Ce fut l’une des premières maisons de pêcheurs construites dans le centre du village, entre l’église et le vieux château d’eau qui n’est plus maintenant qu’un horrible édifice moderne abritant un restaurant tournant, appelé le Phare de la Méditerranée.

Elle est conçue comme les autres, selon les mêmes caractéristiques, et conservée pratiquement en son état d’origine : au rez-de-chaussée, la porte d’entrée jouxte le portail du magasin à filets du pêcheur ; ces remises, d’accès direct sur la rue, sont aujourd’hui devenues commerces ou studios. La porte d’entrée masque un escalier très pentu qui mène à l’habitation de la famille : au plus deux pièces par niveau, d’un confort rudimentaire. Au fil des ans et avec la mode, les ouvertures sont agrémentées de balcons et portes-fenêtres apportant à la maisonnée plus de lumière et un peu de bien-être. La maisonnette était restée en l’état, au contraire de toutes celles de la rue qui avaient subi diverses transformations, et c’est toute mon enfance qui remonta dans mon esprit.

En rentrant dans la maison, ma mémoire s’est mise en suractivité, comme si j’avais réussi à mettre en marche une vieille voiture qui n’aurait plus fonctionnée depuis de nombreuses années. Et le ronronnement de mon enfance qui vint bourdonner à mes oreilles, le parfum iodé de ses folles années s’agrippèrent à moi comme une évidence. De toutes les villages que j’avais connus enfant, lors de déménagement successifs, celui-là était le plus fidèle à ma mémoire, le plus fort, même si je n’y passais qu’un mois  par an.

A présent, c’était un peu comme si je planais au-dessus des pièces et que je revivais des morceaux de moi.

J’y ai vite retrouvé mes repères, comme le vieux chauffe-eau et tous ces objets qui avaient tapissé mes rêves d’enfant. Certains avaient toutefois disparus : l’horloge rectangulaire couleur crème dont seul papa avait le secret du fonctionnement et qu’il mettait en route chaque été à notre arrivée, les vieux ciseaux rouillés pendus au mur de la cuisine...

D’autres en revanche, étaient toujours là : la vieille statuette ornée d’un collier vert que ma tante avait offert à sa mère, ma grand-mère, alors que très jeune, elle avait été opérée d’un œil qu’elle avait perdu ; cette même statuette qui avait angoissé toutes mes nuits n’avait pas changé d’emplacement, et je crois bien que j’aurais préféré qu’elle fût partie des objets disparus !

 

Rares sont les maisons de pêcheurs qui disposent d’un jardinet. Je me souviens, le soir venu, « papés et mamés » sortaient leurs chaises dans la rue pour «prendre le frais et faire la blaguette tandis que nous jouions dans la rue. Je cherchais d’un œil fuyant tous ces personnages haut en couleur qui avaient marqué mon enfance : à commencer par nos voisins d’en face, de vrais concierges ! La femme restait cloitrée dans sa maison à regarder par la fenêtre comme si son mari lui imposait de ne jamais sortir. Au coin de la rue, il y avait aussi les Richaux, de vraies pipelettes à l’accent du Sud que l’on essayait d’éviter en revenant de la plage pour ne pas être pris à partie. Et surtout, Mme Lavergne. Une pêcheuse ! Une vraie, qui m’amenait toute petite au bord de la Canalette pour pêcher. Ces maisons fermées ou occupées par des touristes maintenant sont bien tristes sans eux. La vie était plus douce, nous étions plus proches des gens, nous discutions, un sentiment de vie. Le petit village de pêcheur vivait ainsi, entre soleil, pêche et traditions.

Le matin tôt, j’aimais me promener avec maman sur les quais de la Rive Gauche, en allant chercher le bon pain chez Domingo. Ah, ce pain, c’était un peu comme les madeleines de Proust, un petit moment fort en émotion.  Puis nous passions par le « Au bon lait », chercher le lait pour le petit déjeuner. Sur notre chemin, j’admirais  les pêcheurs rentrant au port pour y vendre leur poisson frais, à peine pêché et mes yeux se délectaient de cette lueur particulière d’un jour qui se lève sur la mer. Je flânais sur le port. Autrefois, des ramades ombrageaient la promenade de glaciers en limonadiers. A l’étage des maisons, des galeries courraient le long des façades, reposant avec élégance sur de fines colonnettes de fonte. Fermées dans la journée par des jalousies, ces galeries évoquaient le plus pur style colonial. Mais les rares anciennes constructions ont été emportées, les unes après les autres, par la vague de modernisme qui souffla, sans concession, dans les années 60 et 70. Les vacanciers flânent maintenant en dégustant des glaces, les jouteurs s’y affrontent. Les quais sont sans conteste le lieu de vie du village.

Ensuite j’allais dans les vieilles ruelles tout en admirant les niches dans les murs des maisons abritant une statue de la vierge… en remerciement de la protection accordée à la maisonnée.


Je ne me rendais pas compte à quel point certains lieux pouvaient avoir autant d’importance pour des yeux d’enfant. C’est ici que j’ai eu mes plus beaux et plus heureux souvenirs d’enfant, mais aussi mes premiers chagrins d’amour, et malgré l’évolution inéluctable de ce monde moderne, je suis heureuse d’avoir retrouvé malgré tout mon Palavas d’avant et d’avoir pu revivre certains moments de mon passé.

Palavas.jpg

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
On s'appelle, Nine, ok , pour organiser tout ça !Nanou
Répondre
N
on se voit quand tu veux ! la semaine prochaine ?bises
Répondre
N
Oui, Polly, il faut toujours garder dans notre coeur toutes ces belles images de notre enfance, pour les faire revivre malgré les transformations;Nanou
Répondre
P
Ah! ces lieux de notre enfance... j'évite désormais de retourner dans le village de mes grands-parents car à mon dernier passage la place où je jouais avait été ravagée: un immeuble l'occupait... et bien d'autres choses aussi avaient changé, la maison de mes grands-parents était hautement protégée par un grand portail plein. Impossible de la voir. Heureusement, elle reste tour entière dans mon coeur.
Répondre
N
Il y a toujours un brin de moi dans mes écrits !Merci Nine, et quand est-ce qu'on se voit alors ? La rentrée est un peu rude, mais j'espère que cela va se calmer.BisousNanou
Répondre