Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne
Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; Il me semble, bercé par ce choc monotone, II J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
L'automne, c'est d'actualité, non ?
Voici donc, "Chant d'Automne", de Baudelaire, peut-être une peu moins "chantante" que la chanson d'Automne de Verlaine (à consulter dans la rubrique "Poésie de Verlaine", dans ce même blog (article http://nanou.over-blog.org/article-702437.html).. A vous de comparer !
I
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !