Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne
Toujours dans le cadre de l'atelier d'écriture auquel j'essaie de participer régulièrement (pour ceux qui seraient tentés, le lien se trouve dans mes "coups de coeur"), voici une autre histoire de porte...
J’ai poussé la porte... après tant d’années à être passé devant sans jamais n’avoir osé l’entrouvrir... Il faut dire qu’elle en imposait ! Majestueuse de sensualité, toute de bois vêtue, sa longue robe trainant à terre, et une longue chevelure en lierre cachant un regard sombre et mystérieux. Elle n’avait pas été épargnée par les époques, ni même par les intempéries et des brèches béantes laissaient deviner sur son corps des cicatrices à peine estompées. Elle avait du en subir des meurtrissures et des claquements !
Ridée, fatiguée, défraîchie, rongée par l’usure des années, elle était pourtant toujours là, se dressant comme un défi aux avant-postes de mes souvenirs, adressant un clin d'œil à ces années volées.
Je l’ai tellement contemplée, tellement aimée, que je pourrais la dessiner au milieu de n’importe quel paysage, village, ou ruelle, sur mon corps même, sans jamais ne la défigurer. Elle vit en moi comme un lourd secret.
J’ai poussé la porte... comme on ouvre un livre ancien, délicatement pour ne pas la dénaturer ni la mutiler davantage.. Je l’ai feuilletée, caressée, parcouru tout son corps. Elle s’est donnée à moi dans un interminable gémissement à m’en couper le souffle... Puis dans un profond et soudain vacarme, je me suis senti happé par son histoire.. là, des hurlements, des pleurs venant d’outre-tombe et je ne sais quels horribles froissements m’ont alors englouti. Je voulais reculer, mais un vent impur et d’une violence inouïe me poussait à franchir le seuil et à passer de l’autre côté. Je sentais que si je le faisais, la porte refermerait ses entrailles à jamais derrière moi. Un sentiment de peur et de doutes m’envahit alors. Le passé et le futur se trémoussaient devant moi, un duel d’images inexplicables et inexpliquées se faisait violence devant mes yeux et des ricanements confus troublaient tous mes sens. Je regrettai ma curiosité, et mes muscles tétanisés commençaient à donner les premiers signes de faiblesse. Je m’accrochai soudain à une main tendue, qui me ramena devant la porte, que le vent referma dans un claquement sourd.
J’ai poussé la porte, et je n’ai jamais su à qui appartenait cette main tendue. Ce que je sais aujourd’hui, c’est qu’il y a des portes, même les plus attirantes, qu’il ne faut jamais ouvrir... tant que certaines portes derrière nous, ne sont pas encore totalement refermées.