Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne
Alors qu’il réglait l’horloge de M. Trouillard, sauvée in extremis de l’incendie de sa maison, le petit horloger de la rue de Sèvres, entraperçut une sorte de petit mot délicatement enroulé autour d’un élastique, qui probablement coinçait les rouages et était à l’origine de la panne ... Cela faisait des heures qu’il s’était mis à la tâche. Serait-ce la fatigue ou bien un mirage ? La lune pointait déjà son nez sur la ville endormie et la nuit se faisait obscure et profonde. La lumière de son petit atelier vacillait, et lui aussi. Les mains moites et tremblantes, il sortit le papier qu’il ouvrit délicatement. Il put y lire ces quelques mots : « TEMPUS EDAX, HOMO EDACIOR » (Le temps destructeur, l'homme plus destructeur). A peine eut-il relevé ses yeux qu’un frisson l’envahit tandis que des murmures sourds se faisaient entendre derrière lui. Ses oreilles se mirent à enfler. Il se retourna vers le meuble en bois de sapin ou il rangeait tous ses outils et vit alors les boites en buis remplies de rouages, d’aiguilles, de vis et de cadrans se mettre à danser, entrainant dans leur farandole l’araignée qui profitait gentiment du calme pour tisser sa toile autour d’une pendule de cheminée poussiéreuse et fatiguée. Son regard fut soudain attiré par un grondement provenant de l’horloge où le balancier se mit en marche dans un mouvement de va-et-vient de plus en plus rapide. Les aiguilles, elles, totalement affolées, tournoyaient maintenant à une vitesse endiablée. Cette folie gagna tout son atelier. Il tenta de courir vers l’extérieur, mais un à un, chaque objet de la pièce se mit à tourbillonner et à virevolter autour de lui, l’entrainant dans une tornade géante semblant à un tourbillon où il fut absorbé dans une lumière très énergétique. Là, il vit un escalier sans marche sur lequel il ne pouvait s’agripper pour remonter à la surface. L’angoisse. Et puis plus rien. Le silence. Le calme après la tempête. Quand il se réveilla enfin au beau milieu de son atelier, où chaque objet avait désormais repris sa place, il se demanda s’il était mort. L’aube commençait à transpercer l’horizon. Le petit horloger de la rue de Sèvres se leva, ramassa une à une toutes les bouteilles de vin qui gisaient comme des cadavres sur le sol de son atelier et se promit, depuis ce jour-là, de ne plus en boire une seule goutte d’alcool.