Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne
L’univers poétique et pictural d’Henri Michaux est animé par la même exigence. Celle d’une non-pesanteur, d’une dynamique où la parole et la peinture comme énergie donne à voir et à éprouver. Toujours à la recherche d’une langue intime, Michaux désémantise le langage pour atteindre l’essentiel. La parole poétique est à la fois le dire sans parler, lieu de passage et de silence, et le parler pour ne rien dire, avec l’exploitation des ressources phonétiques qui met à l’épreuve le langage. Ecriture instable qui refuse le figé, qui relance perpétuellement le mouvement et percute de plein fouet les conventions traditionnelles du discours. Eclats d’encre noire ou formes humaines qui restent fantomales, imprécises, voire diaphanes, qui d’un instant à l’autre semblent disparaitre et s’évanouir dans l’abstrait. Ses peintures, aquarelles, gouaches, encres, ses dessins mescaliniens ou de "désagrégation", ses idéogrammes...projettent sur le papier une vie immédiate qui est au plus profond de l’intime. Peinture abstraite à la limite de la figuration, peinture référentielle qui renvoie au langage du corps, qui englobe l’intérieur et l’extérieur, transmet l’affect dans son intensité et n’a pas pour fin la ressemblance mais la métamorphose, la déformation de ce qui lie la forme à l’être. Le texte poétique de Michaux ne s’embarrasse pas non plus du respect de la ressemblance, il ne recrée pas l’image de l’amour, de la souffrance ou d’un tempérament mais l’exprime - écriture de l’affect. Ainsi, la langue s’allège des règles logiques de la syntaxe et s’opère sur le mode du mouvement et du dynamisme.
Extrait de "Ma vie"
MA VIE
Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
À tant de choses, à presque l'infini...
À cause de ce peu qui manque, que jamais n'apportes.
(Extrait de "La Nuit Remue" Poésie/Gallimard)
Quelques oeuvres


