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Petit blog sans prétention sur mes centres d'intérêt, en particulier la littérature, la poésie, le dessin et l'Espagne

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Boris Vian et Ursula Kübler

vian-et-ursula.jpgLe 8 Juin 1950, Boris fait une rencontre fortuite à un cocktail chez Gallimard avec Ursula Kübler qui appartenait à la troupe de ballet de Roland Petit. Elle est la sœur du cycliste Ferdinand Kübler, vainqueur du tour de France 1950.

Il la retrouve lors d’une semblable réception. Elle lui parle de chanson, lui explique qu’elle est tentée par le chant apprennent à se connaître.

Ursula vient de plus en plus lui rendre visite rue Faubourg-Poissonnière, leur complicité s'installe. Un jour, Vian, grand timide, va chez elle et lui donne à lire L'herbe rouge s'évitant ainsi de se délivrer par la parole.

En Avril, Boris met dans une valise les œuvres complètes de Queneau, les livres de Marcel Aymé et les disques de Duke, et part rejoindre son ourson (Ursula) boulevard de Clichy dans une chambre de bonne.

Boris Vian écrit la plupart des poèmes qui seront rassemblés sous le titre Je voudrais pas crever. Il passe une partie de l’été 1952 à Saint-Tropez avec Ursula. Vian n’a plus assez de souffle pour interpréter « Ah ! Si j’avais un franc cinquante » à la trompette avec Don Byas. Son cœur s’emballe et les médicaments sont parfois sans effet ce qui provoque d’interminables nuits d’insomnie. Son médecin lui conseille le repos, mais il continue de vivre sans se ménager.

Le divorce de Boris Vian d’avec sa première femme, Michèle Léglise, est prononcé en sa défaveur le 20 Janvier 1953.
Ursula a trouvé un appartement 6 bis Cité Vernon, derrière le Moulin Rouge qui le leur loue. Ils ont pour voisins Jacques et Janine Prévert nouvellement installés aussi. Ursula pousse Boris à faire des travaux, ses amis de Colombe l'aident aussi.

Il épouse Ursula Kubler en 1954. Boris fait le tour des music-halls parisiens avec Ursula. Ils prennent tous les deux des cours de chant. Ursula a toujours envie de chanter.

 

En septembre 57, une seconde crise d'œdème pulmonaire survient. Ursula arrête de travailler pour être plus présente à ses côtés.

Début janvier 1958, il se repose deux semaines en compagnie d’Ursula au cap de la Hague dans la Manche.

Il meurt d'une crise cardiaque, le 23 juin 1959, lors de la projection cinématographique de l'adaptation de son roman "J'irai cracher sur vos tombes" avec laquelle il n'était pas d'accord.

Depuis la mort de Boris Vian, elle préside la fondation Boris Vian qui organise le Festival Nits de Canco i Musica à Eus. Désireuse de voir se perpétuer l'esprit humaniste et novateur de Boris Vian, Madame Ursula Vian Kübler, la seconde épouse de Boris Vian, a souhaité, depuis 1959, faire connaître et promouvoir l'œuvre de Boris Vian. En 1963, Madame Ursula Vian Kübler fonde en premier lieu une Association. (http://www.borisvian.org/fondation.html)

EXTRAIT d’une interview du Nouvel Observateur sur la rencontre d’Ursula et de Boris :

Le Nouvel Observateur. – Comment avez-vous rencontré Boris Vian?

Ursula Vian Kübler. –C’était lors d’un cocktail, chez Gallimard. J’habitais alors à Paris, après avoir vécu en Suède et à Zurich. Je logeais dans une pension pour jeunes filles de bonne famille, avenue des Champs-Elysées. J’avais 19 ans, je prenais des cours de danse au studio Vacaire, où tous les danseurs allaient s’entraîner. Il y avait Roland Petit, Maurice Béjard, Zizi Jeanmaire.

N. O. –Quelle a été votre première impression en le voyant?

U. Vian Kübler. – Il était très séduisant, très pâle, grand, avec un beau sourire. Je ne savais pas encore qui il était. Je l’ai revu chez lui, avec Django Reinhardt. Parlotte de ceci, petite parlotte de cela. Il avait une réputation très sulfureuse à l’époque. On m’avait dit: c’est le diable.

N. O. –Et vous l’avez épousé…

U. Vian Kübler. –Oui. Ça n’a pas été toujours facile. D’abord on n’avait pas un rond. On habitait au 8e étage dans une seule pièce-cuisine. Moi, je dansais, j’avais mon métier. J’étais souvent en tournée, ou bien sur scène. Et lui-même a commencé à chanter, donc on se voyait après le spectacle. C’était la nuit, on se racontait notre soirée, s’il y avait eu du monde...

N. O. –Vous viviez dans une seule pièce, mais Boris Vian allait d’un talent à un autre.

U. Vian Kübler. –C’est vrai. Par exemple il était très bricoleur. Il avait fait des aménagements lui-même, pour mettre le lit, le pick-up. Il travaillait beaucoup; il faisait des traductions pour vivre. Je me souviens qu’il avait traduit en deux semaines les 900 pages des «Mémoires» du général Bradley. Comme il n’écrivait pas à la machine, mais à la main, il avait la crampe de l’écrivain. Après, il s’est vengé en écrivant «le Goûter des généraux».

N. O. –Il a beaucoup souffert des attaques dont il a été l’objet, à la sortie de «J’irai cracher sur vos tombes»?

U. Vian Kübler. – C’est un titre maudit. Il a essayé de se défendre, mais en vain. On était moralement épuisés, il était malade, et on vivait toujours dans ce studio minuscule. Donc j’ai dit qu’on ne pouvait plus rester là. On a déménagé pour aller habiter cité Véron. C’est ainsi qu’on est devenus les voisins de Jacques Prévert. Il y avait une terrasse, où l’on a organisé les grandes soirées pataphysiques.

N. O. –Vous vous souvenez de ses concerts, des folles nuits de Saint-Germain-des-Prés?

U. Vian Kübler. – Quand je l’ai connu, cette époque était déjà presque terminée. Je l’ai entendu une seule fois jouer de la trompette, à un bal de banlieue, avec Abadie. Comme il était gravement malade du cœur, il ne pouvait plus jouer, il avait donc fait cadeau de son instrument au fils d’un ami. Ça le rendait triste de ne plus pouvoir jouer, alors son frère Alain lui a offert une guitare lyre, et il a appris à jouer là-dessus, et à composer.

N. O. –Il avait aussi la passion des voitures de sport.

U. Vian Kübler. –Il adorait ça. On a eu la fameuse Brasier de 1911, qu’il avait trouvée chez un vieux monsieur qui s’en est séparé en pleurant. Boris s’occupait de l’entretien du moteur, moi j’étais préposée aux cuivres. Seulement quand on l’a sortie, pour la première fois, on s’est aperçu qu’elle buvait 40 litres aux 100. On a fait des virées mémorables à Saint-Tropez, où on louait une petite maison de pêcheurs. Après il s’est acheté une Morgan. Je l’ai toujours ici dans un garage. Moi, j’avais une BMW. Et attention, toutes des voitures décapotables. Il aimait conduire très vite, mais il détestait les voyages. Il n’a jamais été aux Etats-Unis, par exemple, alors qu’il était immergé dans ce décor et cette mythologie. Mais le jazz lui suffisait. Quand il avait besoin de renseignements, pour un livre, sur telle ou telle ville américaine, on achetait la carte et il se repérait sur le plan.

N. O. –Pourquoi a-t-il arrêté d’écrire des romans?

U. Vian Kübler. –A cause de ce silence autour de son œuvre. Personne n’en parlait. Donc il s’est mis à écrire des chansons, d’abord parce que ça va plus vite, et puis parce qu’on peut écrire un roman dans une chanson. Il était dégoûté du milieu littéraire. C’est difficilement imaginable aujourd’hui, mais ses romans étaient totalement inconnus de son vivant. Sauf d’une poignée d’admirateurs et d’amis, comme Raymond Queneau.

N. O. –Il a également assuré la direction musicale de plusieurs grosses maisons de disques.

U. Vian Kübler. –Oui, pour gagner sa vie. Il est entré chez Fontana, où il s’occupait du catalogue de jazz. Puis chez Phillips, où il a enregistré des tas de jeunes complètement inconnus, au désespoir de la maison.

N. O. –Depuis sa disparition, vous avez lutté pour que son œuvre soit accessible dans son intégralité. C’est maintenant chose faite.

U. Vian Kübler. –Quand Boris est mort, j’ai commencé à classer, à chercher, à mettre de l’ordre. Ce qui m’a le plus ému, c’est quand j’ai retrouvé «Je ne voudrais pas crever». J’ai retrouvé aussi «Quand j’aurai du vent dans mon crâne», un manuscrit à l’écriture un peu désespérée avec en bas une signature qui descendait. J’ai tout fait taper, tout classer, puis Nicole Bertolt a repris le flambeau. C’est un travail qui a pris quarante-cinq ans.

N. O. – Ce qui frappe, c’est l’ampleur de l’œuvre, qui est à la fois celle d’un moraliste et d’un touche-à-tout, d’un humoriste et d’un grand sentimental. Comment parvenait-il à concilier toutes ces écritures différentes, de la comédie musicale à la traduction, de la chanson à la critique de jazz?

U. Vian Kübler. C’est le signe d’une vraie liberté d’esprit. Je ne sais pas comment il faisait. Il passait de l’un à l’autre, il était toujours en retard pour remettre la copie. Je me souviens que les gens de «Jazz Hot» attendaient à la porte pendant qu’il finissait ses articles. Il les écrivait d’une traite, vite et bien, sans ratures, sans fautes.

N. O. –Vous sentiez, vers la fin, qu’il allait mourir?

U. Vian Kübler. – Il m’avait toujours dit de ne pas trop m’attacher à lui. Il avait même senti, je ne sais pas comment, qu’il ne vivrait pas jusqu’à 40 ans. Et en effet il faiblissait. Je restais près de lui. Il regrettait que la médecine ne puisse rien pour lui. Je me souviens qu’il m’avait dit: «Si je pouvais changer de cœur, je le ferais tout de suite.» Mais on n’a rien pu faire. Vous savez qu’il est mort dans une salle de cinéma, à la projection de «J’irai cracher sur vos tombes», un film contre lequel il s’était beaucoup battu. C’était un crève-cœur pour lui d’assister à cette chose qu’on lui avait volée. Il m’avait dit de ne pas venir. Voilà. Ça l’a tué, ce film, ce livre, tout le reste. Après sa mort, j’ai reçu une lettre anonyme où il y avait seulement ces quelques mots écrits: «Si j’allais cracher sur sa tombe maintenant?» Vous voyez, toujours ce titre maudit.

Propos recueillis par Didier Jacob

"LA VIE C’EST COMME UNE DENT" (extrait)

La vie, c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ca vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie

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